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En vue de dégager une vision partagée de la mission de notre école face à l’avenir, l’ensemble des sensibilités et forces vives de la nation, réunis du 30 Octobre au 2 Novembre 2008 au sein du Forum National sur l’Education, ont, dans un diagnostic sans complaisance de notre système éducatif, appréhendé les causes profondes de la crise scolaire dans toutes ses dimensions et complexités.

C’est dans ce cadre que toutes ces sensibilités du pays ont convenu d’une déclaration solennelle adoptée par l’ensemble des acteurs de l’éducation.


Déclaration

L’éducation est la première des priorités. Et en tant que gestionnaire de la société globale, la première responsabilité de l’éducation incombe à l’Etat. A ce titre, le gouvernement doit garantir au système éducatif les ressources humaines, financières et matérielles nécessaires pour atteindre ses objectifs quantitatifs et qualitatifs ; créer un mécanisme de financement interne de l’éducation ; rendre effectives la gratuité de l’enseignement fondamental et l’obligation scolaire ; instaurer des filières courtes et qualifiantes, en particulier au niveau de l’enseignement supérieur

Il s’agira d’harmoniser les systèmes de recrutement, de formation et de rémunération des enseignants fonctionnaires et contractuels de l’Etat, des collectivités et des communautés, des éducateurs du préscolaire, des centres d’éducation pour le développement, des animateurs des centres d’alphabétisation et centres d’apprentissage féminin ; concevoir, élaborer et mettre en œuvre une stratégie alliant l’adéquation
Demande/offre scolaires ; faire, de l’achèvement universel de six années de scolarisation, un objectif prioritaire

Il faudra ensuite aussi promouvoir les voies et moyens propices à l’émergence d’une école qui répond aux besoins de ressources humaines compétentes et qualifiées du secteur privé et du développement du pays ; refonder et se réapproprier l’enseignement technique et professionnel, moteur de tout développement moderne, économique et social ; mettre un accent particulier sur la recherche scientifique ; promouvoir une politique d’encouragement de la production du livre.

Il s’agira enfin d’engager une politique rigoureuse en vue de l’amélioration significative de la qualité des apprentissage scolaires ; adopter une politique et des stratégies adaptées pour la gestion des flux, de la maternelle à l’université ; assainir et moraliser le système éducatif, y compris le secteur privé, laïc et confessionnel ; réhabiliter et promouvoir les langues nationales en vue de leur utilisation efficiente dans les apprentissages.

La situation actuelle de notre système éducatif nécessite des ajustements, voire des remises en cause. De ce fait, il devient nécessaire de revaloriser les conditions de rémunération, de vie et de travail des enseignants et chercheurs, au regard de l’évolution des coûts de la vie ; d’oeuvrer à la tenue régulière des évaluations ; de renforcer les services déconcentrés de l’administration d’Etat et des administrations scolaires et universitaires, conformément à la politique de décentralisation adoptée par le gouvernement.

Il a aussi la nécessité d’assurer un contrôle régulier de toutes les structures de l’éducation ; réaliser un audit de l’enseignement privé laïc et confessionnel en vue d’établir une convention appropriée conformément aux textes en vigueur ; garantir la sécurité des personnes et des biens au sein de l’espace scolaire et universitaire ; respecter rigoureusement les engagements pris par l’Etat face aux partenaires sociaux.

Les rôles, responsabilités et règles du jeu entre les différents partenaires que sont l’Etat, les collectivités territoriales, les communautés, les syndicats d’enseignants, les APE et CGS, les organisations d’élèves et d’étudiants, les promoteurs d’écoles privées, les ONG et associations, doivent être mieux clarifiés et refondés de manière consensuelle et respectueuse de la renaissance de notre système éducatif, en y restaurant ses valeurs fortes : éthique, discipline, déontologie, travail, réussite et responsabilité.

Face à l’émergence des nouveaux rapports de force du 21ème siècle qui bousculent toutes nos certitudes et appellent à plus d’imagination, de créativité et d’anticipation, les participants au Forum National sur l’Education sont déterminés à rompre avec tout ce qui handicape notre école et s’engagent solidairement, unanimement et solennellement, à œuvrer pour que l’administration scolaire et universitaire puisse faire son travail, que les enseignants enseignent et évaluent, que les élèves et étudiants étudient dans le respect strict des règlements intérieurs, que l’Etat accompagne tous les acteurs, en temps réel. Aussi s’avère-t-il nécessaire de mettre en place un mécanisme de suivi.

L’appel du Premier ministre

Dans son discours de clôture, comme pour réagir à cette Déclaration qui contient les recommandations du Forum, le Premier ministre, Modibo Sidibé, a indiqué que le forum ne saurait être une panacée pour gommer d’un trait toutes les difficultés auxquelles notre système éducatif est confronté. Mais il constitue la première étape d’une marche commune vers une Ecole réconciliée avec ses propres valeurs et à celles qui ont toujours fait la grandeur de notre nation, a-t-il fait savoir.

Un tel projet se construit dans le temps, sur la base d’une vision partagée, des efforts de chacun pour l’avenir, de la confiance et du pardon, a-t-il poursuivi. Aussi, pour l’atteinte de l’objectif principal, qui demeure la restauration d’un système éducatif performant pour notre pays, le Premier ministre a fait savoir que dans les prochaines semaines, il prendra les dispositions nécessaires pour mettre en place un mécanisme pour assurer le suivi du Forum.

Placée sous son autorité, “ce mécanisme adoptera une démarche participative, qui va nécessiter, de la part de chacune des parties prenantes, de s’impliquer fortement dans l’application des recommandations du forum”, a-t-il ajouté avant de conclure : “C’est en toute solennité qu’au nom du Président de la République et du Gouvernement, je prends acte de la Déclaration du Forum et de la même manière ,je prends l’engagement que ce forum ne sera pas un énième forum sur l’éducation”.


Moussa TOURE

04 Novembre 2008