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Depuis 2002, le gouvernement de ce pays ne produit que lettre de cadrage, déclaration de politique générale et feuille de route, autant de papiers destinés à améliorer la qualité de nos services et de nos prestations, mais qui restent lettre morte parce que ce sont les grands commis de l’Etat eux-mêmes qui les premiers les piétinent, vite suivis par d’autres.

Le cabinet du Premier ministre, Modibo Sidibé a publié le 27 mars 2008 un fameux parchemin baptisé feuille de route pour le renouveau de l’action publique, mais c’est maintenant que les chefs de service sont appelés à l’exposer sous forme de lecture expliquée à leurs agents.

Il s’agit d’un document de 3 pages qui décrit par le menu les tâches qu’un travailleur consciencieux (fonctionnaire ou conventionnaire) doit accomplir dorénavant pour relancer la machine administrative que le gouvernement estime grippé, voire bloqué.

Le procédé n’est pas nouveau puisqu’en 1986 (mars), le régime de l’UDPM, alors très fragilisé par la contestation populaire, en avait produit de même type appelé « Charte d’orientation nationale et de conduite de la vie publique », qui était resté sans effet parce que les problèmes du Mali incombent plus à l’Etat (gouvernement) qu’aux travailleurs qui, dans mille difficultés, font leur possible pour faire fonctionner son appareil poussif.

L’on fera remarquer d’ailleurs que ce genre de document officiel, qui n’est rien d’autre qu’une compilation de vieilles recettes qui, nulle part, n’ont servi à quelque chose, apparaît le plus souvent à des périodes critiques, quand l’Etat est en crise et veut cacher sa panique par la formulation de vœux pieux.

Depuis 2002, le gouvernement de ce pays ne produit que lettre de cadrage, déclaration de politique générale et feuille de route, autant de papiers destinés à améliorer la qualité de nos services et de nos prestations, mais qui restent lettre morte parce que ce sont les grands commis de l’Etat eux-mêmes qui les premiers les piétinent, vite suivis par d’autres.

Pourtant dans les premières années de l’indépendance et jusqu’en 1968, le travailleur de ce pays était un véritable patriote, prêt à se faire sacrifier pour son peuple. Mais, les politiques agressives des différents régimes politiques qui s’y sont succédé ont progressivement transformé ses meilleurs cadres en délinquants et en prédateurs de l’économie nationale peu soucieux du bien public, mais très actifs dans la défense de leurs profits personnels.

En suivant le document publié par la Primature, on se rend compte que rien de ce qu’il dénonce n’est nouveau. De la ponctualité au boulot à la stricte application des textes en passant par le respect de la chose publique, tout est vieux et a été dit et écrit au moins dix fois depuis 1968.

Le document, qui se contente d’énumérer pêle-mêle les tâches attendues du fonctionnaire, s’interdit d’expliquer comment d’un parangon de vertu, le travailleur malien est devenu un voyou en cravate produit par une politique de clientélisme, presque de magouille et de favoritisme qui écrasent le talent et la compétence au profit de la relation et de l’intérêt.

Voyous en cravate

Dans ces conditions où les normes sont inversées, il est peu motivé et désespère même de cet Etat qui l’emploie, surtout si dans le même temps, toute augmentation de salaire lui est interdite pendant qu’en sous-main, le gouvernement encourage la flambée des prix par le biais de certains de ses membres devenus plus commerçants et hommes d’affaires qu’agents de l’Etat.

Tout cela est connu et bien connu et ceux qui nous gouvernent, pour avoir été des fonctionnaires ou des soldats avant d’être au sommet de l’Etat, le savent plus que les autres.
Ils savent également que tous les problèmes des travailleurs de ce pays tournent autour des salaires qui sont les plus bas de la sous-région.

Tous les problèmes évoqués par la feuille de route et qui sont supposés être des freins aux efforts du gouvernement, partent d’eux (des salaires) et reviennent à eux. Il est évident qu’on ne peut valablement pas demander l’impossible à des travailleurs sous-payés et criblés de problèmes sociaux qu’ils ne peuvent résoudre.

Il revient donc au gouvernement de faire ceci et les travailleurs feront cela.
S’il y a une partie de la feuille de route qui peut donner l’illusion du nouveau, c’est bien celle qui traite de la nécessité de la restauration de l’autorité de l’Etat qui serait en souffrance.

Personne ne met en doute qu’elle prend des coups, mais ce qu’on néglige de dire c’est que c’est par sa propre faute, son refus d’être ferme dans les situations de souveraineté comme les revendications territoriales à caractère racial et ethnique où récemment, on a vu le gouvernement se projeter dans des négociations ou des pourparlers où ses émissaires sont partis en position de faiblesse face à des rebelles de plus en plus convaincus qu’il n’y a plus d’enfants de Diby Silas Diarra dans l’effectif de l’armée nationale.

On ne peut plus cacher que l’autorité de l’Etat est de plus en plus mise à mal par des rebelles et des bandits armés (la différence est maintenant mince entre les deux), mais c’est à l’Etat lui-même, non aux travailleurs, de rétablir sa propre autorité.

Chacun sait que l’histoire contemporaine de ce pays est celle de la dégradation continue des conditions de vie et de travail de son peuple qui n’attend plus rien de son gouvernement, lequel en retour exige tout de lui.

Mais aussi longtemps que les salaires seront maintenus à un bas niveau, le travailleur de ce pays fera semblant de s’investir et l’Etat aussi fera semblant de le payer en lui versant la portion congrue à chaque fin de mois, sans évidemment oublier de produire, de temps à autre, de petites feuilles de route qui seront autant de feuilles mortes avec le temps.


Yiriba

12 Mai 2008