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L’Adéma-Pasj pouvait ne pas sortir indemne du processus électoral de 2007 et de l’affrontement de ses chefs. Jamais bataille électorale de l’ancien parti au pouvoir de 1992-2002, sous la houlette de Alpha oumar Konaré, ne s’est annoncée aussi risquée que celle de l’année dernière !

Dans son statut de chef de file de la coalition qui constituait la majorité à l’Assemblée nationale sortante, ce parti, comme beaucoup d’autres, n’échappait pas à cet exercice imposé de positionnement, de redéfinition de stratégie et de distribution des cartes et rôles dans une présidentielle au cours de laquelle il n’avait pas présenté son propre candidat.

Les leçons de 2002

Pour aborder 2007, l’Adéma-Pasj avait procédé, semble-t-il, à une analyse de sa situation et de l’environnement politique du pays, afin de dégager les objectifs et résultats à atteindre. Tout porte à croire que les adémistes ont compris que leur parti n’avait pas bien préparé les élections présidentielles de 2002 ; contrairement à ATT qui a une aura bâtie autour du fait qu’il reste le seul militaire qui a accepté, après un putsch, de remettre le pouvoir au vainqueur d’élections au cours desquelles il n’était pas lui-même candidat.

Aussi, son passage au pouvoir en 1991-1992 a laissé une image positive qu’il suffisait tout juste de valoriser. Sans oublier que sur le plan international encore, ATT s’est imposé comme le principal médiateur dans les conflits qui secouent le continent. Ce qui lui a permis de se faire une envergure d’homme d’Etat. Tout ceci constitue des atouts certains pour un candidat à la magistrature suprême.

Par ailleurs, des analystes estiment qu’en 2002, l’Adéma a pêché par excès de confiance en soi. Mais la vérité est qu’il n’avait pas à proprement parler de stratégie électorale. Bien qu’encore un parti en construction, il reste traversé par de nombreuses contradictions qui ont été exacerbées par les primaires et la convention.

C’est pourquoi le candidat investi par le parti n’a été soutenu que par une fraction des militants et des élus nationaux. Pis, au sein du Comité Exécutif (CE), certains responsables se sont portés candidats, et d’autres ont mené la campagne contre le candidat du parti. Cette situation a affecté considérablement le parti qui, semble-t-il, n’est pas totalement guéri des turbulences internes.


Le parti et l’environnement politique

En abordant 2007, la situation du parti était contrastée. Présence dans tout le pays, succès éclatant aux communales de 2004, participation à la gestion des affaires publiques, ralliements importants d’élus et militants d’autres partis, contrôle du Haut Conseil des Collectivités, étaient, entre autres, quelques points forts du parti.

Mais ces atouts cachent mal la faible cohésion interne du CE, la faible animation des structures à la base, la faiblesse des ressources financières, l’absence de discipline au sein du parti, car à l’Adéma, chacun fait ce qu’il veut, parce qu’il n’y a pas de sanctions. A ces faiblesses s’ajoutent la mauvaise gestion des regroupemetns politiques, la faible mise en oeuvre du programme d’activité.

Pis, les mouvements affiliés sont presque et toujours non fonctionnels. Depuis plusieurs années, les mouvements nationaux des femmes et des jeunes de l’Adéma n’ont pas pu tenir leurs instances statutaires.

Pour ce qui concerne l’environnement politique, il est toujours caractérisé par la faiblesse des partis politiques qui n’arrivent pas à s’assumer, vu l’existence du Mouvement Citoyen réputé être le premier allié du Président de la République. Il faut également prendre en compte l’engagement des partis et non des moindres, dont l’Adéma et de nombreux petits partis à soutenir ATT.


Les stratégies

Dans un tel contexte, il était important que la direction nationale du parti définisse sans ambigüité le type de relation que l’Adéma devrait avoir avec les multiples forces de soutien à ATT. Parce que l’objectif recherché était de renforcer la position politique du parti en vue d’en faire le premier partenaire d’ATT.

Ainsi l’Adéma avait besoin, sans doute, d’assurer sa présence et sa visibilité dans la conduite du processus électoral. Ce qui passe vraisemblablement par l’élaboration et la mise en oeuvre de la stratégie électorale du parti pour les élections des conseillers nationaux, du Président de la République et des députés.

Par ailleurs, il a été donné de constater une tactique favorisant le regroupement autour de l’Adéma des partis politiques et des associations adhérant à une plate forme de soutien à ATT.

C’est ainsi qu’est née l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) qui compte 43 partis politiques. Même si aujourd’hui l’Adéma a fait fusion avec 3 de ces partis. Et bien que membre de l’ADP, la mouvance présidentielle, le parti de Dioncounda Traoré ne perdait pas de vue sa volonté de produire et de diffuser ses propres supports de campagne.

Pour ce faire, la stratégie électorale a concerné le renforcement des capacités d’intervention du parti qui devait passer par celui de la cohésion interne du Comité Exécutif, la relance de l’animation des organes du parti, avec l’organisation surtout des missions à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Entrent dans ce cadre l’élaboration et la mise en oeuvre d’une autre stratégie visant l’élargissement de la base du parti, la mobilisation des ressources humaines et financières internes et externes. On comprend alors le sens de l’adhésion massive de militants provenant d’autres partis et de la société civile.

Ce qui est d’ailleurs à la base des retards constatés dans la mise en place des organes des structures du parti et de la prolongation des délais des renouvellement au 31 mai au 30 juin 2008.


L’ADP pour convaincre ATT

Le recours à l’ADP s’explique par le fait que les adémistes devraient être certains que ATT pouvait être réservé par rapport à une demande de leur parti. Puisque l’Adema tout seul ne lui donne pas la majorité. Dans ce cas, il était indispensable de rassurer le Président de la République de l’engagament et de la collaboration loyale du parti, et surtout, de sa capacité de mobilisation de ses militants.

C’est à partir de là que ATT pouvait être rassuré de la traduction en soutien électoral à lui le soutien politique actif de l’Adéma. Aussi faudrait-il que le Pasj fédère autour de lui les principales forces politiques qui soutiennent le Président de la République tout en restant vigilant pour contrecarrer toute coalition qui se mettrait en place pour barrer la route à l’Adéma.

Mais cela ne doit marcher que si le CE fait preuve de fermeté en ne tolérant pas des candidatures parallèles, aussi bien aux présidentielles qu’aux législatives. Et la conférence nationale de 2005 lui avait donné carte blanche dans ce sens.

C’est ainsi que le parti est parvenu à pousser le RPM loin d’ATT- la candidature d’IBK aux élections présidentielles de 2007 étant une évidence-, tout en obligeant l’URD et les autres de passer par lui pour exprimer ou manifester leur soutien au Chef de l’Etat.

En tout état de cause, la reconquête du pouvoir en 2012 étant en passe de devenir une obsession dans la Ruche, l’Adéma-Pasj continuera-t-il alors à rester le premier partenaire du Chef de l’Etat jusqu’à la prochaine présidentielle?

Oumar SIDIBE

13 Juin 2008