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C’est la suite logique de la rencontre secrète que le Mnla a eue, il y a quelques jours, avec des éléments d’AQMI : le nord-Mali s’embrase avec attentats suicides meurtriers et agressions physiques se multiplient. Comme à son habitude, le Mnla veut s’acoquiner avec les groupes terroristes pour le contrôle du grand désert.

Ce qui n’est pas sans conséquence fâcheuse sur le processus de dialogue en cours.

Prompt d’ordinaire à s’égosiller sur les ondes des télévisions nationales, pour s’en prendre aux autorités nationales, le Mnla n’a pas osé mettre sur la place publique la rencontre secrète que certains de ses hauts dignitaires ont eue récemment avec des groupes terroristes.

Eh bien ! C’est pourtant le cas : dans le secret des dunes de sable, loin non de la frontière algérienne, dans la localité malienne d’Infara, à seulement 30 km de là, une forte délégation du Mnla, comprenant certains de ses hauts dignitaires, a rencontré des membres influents d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

La rencontre, qui a eu lieu le 3 septembre dernier, tenue au secret, n’a été révélée qu’en ce moment du fait de la résistance de certains groupes armés, favorables au processus de dialogue, et qui ne partagent pas cette nouvelle accointance du Mnla avec les réseaux terroristes dont, on le sait, il s’était emparé de plusieurs villes des régions nord-Mali avant qu’il ne soit chassé, défait et pourchassé par ces mêmes terroriste qui seront vaincus, à leur tour, par les troupes françaises, en appui à l’armée malienne et les forces africaines.

Voilà donc que le Mnla, qui multiplie, ces derniers temps, les actes de violence à l’encontre des forces maliennes et des populations civiles, récidive encore en allant nouer, quelque part dans le désert, des accords secrets avec les mêmes groupes terroristes.

Dans le but de déstabiliser le pays et au même moment où le pays, conformément à l’accord d’Ouagadougou, s’apprête, avec le soutien de la communauté internationale, à organiser les discussions inclusives avec toutes les composantes du nord pour un retour définitif de la paix.

De cette rencontre secrète avec les groupes terroristes, dont le but était de jeter les bases d’éventuelles négociations pour la gestion concertée du nord-Mali, le Mnla a obtenu de son allié, les terroristes d’AQMI, le contrôle des réseaux du trafic de toutes sortes (cigarettes, armes, logistique de ravitaillement…). AQMI, selon des sources crédibles, en a décidé ainsi à charge, pour lui, de faire bande commune avec le Mnla qui lui sert comme une base d’infiltration, lui permettant de se fondre parmi les populations.

Dans cette nouvelle alliance avec le Mnla, les terroristes d’AQMI envisagent même de se servir de certaines possessions du Mnla comme des camps d’entraînement.

C’est donc dans cette perspective de remise en cause de l’accord d’Ouagadougou que la branche radiale du Mnla s’emploie actuellement à multiplier les actions de violence dans les régions nord du pays. Et cela, avec la main tendue des terroristes d’AQMI, lesquels ont d’ailleurs revendiqué l’attentat suicide perpétré à Tombouctou, le dimanche dernier.

Même si, selon toujours les mêmes sources, un tel rapprochement fâcheux avec AQMI n’est pas le goût de tous les mouvements armés, y compris une franche du Mnla (favorable au dialogue avec les autorités maliennes), il n’empêche que c’est désormais une nouvelle donne à prendre très sérieux.

Un véritable jeu trouble des radicaux du Mnla qui interpelle aujourd’hui tous les acteurs impliqués dans le processus de paix au Mali et dont le leitmotiv, on ne l’oublie pas, est que tous les groupes armés, qui s’acoquinent avec les forces rétrogrades et terroristes d’AQMI, s’excluent d’office du processus politique, car non crédibles pour une telle initiative de paix, incluant la communauté internationale.

Dans sa volonté d’obstruer le processus en cours, le Mnla, du moins sa franche radicale qui cherche à s’allier avec les djihadistes, ne manque pas de culot, allant jusqu’à formuler de nouvelles exigences qui s’apparentent, dans bien de cas, à de nouvelles provocations à l’encontre des autorités gouvernementales.

Ainsi, pour l’entremise de son porte-parole, Mossa Ag Attacher, le Mnla, contre toute attente, demande une rencontre d’urgence afin d’exposer ses doléances, comme il le soutient. Cette rencontre qui réunirait, selon lui, les groupes armés, la médiation burkinabé, la Minusma et la force Serval, le Mnla en écarte les autorités maliennes.

Comme quoi le Mnla s’enracine davantage dans la surenchère propagandiste, destinée, à coup sûr, à masquer l’alliance secrète qu’il a nouée avec les djihadistes terroristes et qui ne manquera pas, si on n’y prend garde, à entrainer une nouvelle escalade de violence dans le nord-Mali en un moment particulier où l’espoir de paix n’a jamais été une réalité, comme il l’est présentement.

Sékouba Samaké

Info-matin du 3 Octobre 2013