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Le montant des factures impayées au niveau du Trésor public, a été l’un des points d’achoppement de la rencontre que le Premier ministre a eue vendredi dernier à la Primature avec le Front pour la démocratie et la République (FDR).


« Je respecte l’opposition que je dois rencontrer.

J’entends le faire si toujours l’opposition est disponible. Je suis favorable au dialogue, à l’écoute, aux discussions. Je pense que chaque Malien et chaque Malienne a le droit d’avoir son opinion, ses convictions par rapport au développement de notre pays. Et d’avoir la possibilité de les exprimer et de les discuter », déclarait le Premier ministre, Modibo Sidibé, dans une interview exclusive parue dans « Les Echos » du 25 juillet 2008.

Liant la promesse à l’acte, le chef du gouvernement a reçu le même jour à la Maison du peuple l’opposition parlementaire composée du Parena, de la Sadi, du RPM et du COPP. Si Tiébilé Dramé du Parena et Me Mamadou Gakou accompagnés de leur staff étaient de la partie, le RPM d’Ibrahim Boubacar Kéita et le parti Sadi de l’ancien ministre de la Culture, Cheick Oumar Sissoko, étaient représentés.

Loin des micros et des caméras, la rencontre du chef du gouvernement avec le FDR-Sadi a eu le mérite de se pencher sur les questions brûlantes de l’heure. De la vie chère, à l’école en passant par la crise au nord, la corruption… les deux parties ont manifesté leur volonté d’examiner les questions avec rigueur, sérieux et responsabilité afin qu’une solution définitive leur soit trouvée.

Mais là où le Premier ministre et ses interlocuteurs ne sont pas parvenus à accorder leurs violons, c’est bien sur la question de la dette intérieure du Mali qui constitue aujourd’hui l’un des sujets qui fâche. Si Modibo Sidibé prétend qu’il est de l’ordre de 75 milliards de F CFA, des sources proches de la rencontre, l’on apprend qu’elle frôle à ce jour les 200 à 260 milliards de F CFA. Ce que le Premier ministre réfute vigoureusement.

L’on se rappelle que Tiébilé Dramé avait annoncé au cours d’une conférence de presse le 5 juin 2008 que le Trésor public traîne une ardoise de 100 milliards de F CFA vis-à-vis des fournisseurs locaux. Un peu plus tard, d’autres avaient estimé l’ardoise à 120 milliards F CFA.
Quelque peu irrité par la polémique, le président de la République a rétorqué le 8 juin que la dette intérieure du pays se chiffrait à 80,5 milliards de F CFA au 5 juin au lieu de 100 milliards à la fin mai 2008.

ATT a dit ne pas comprendre le retard de règlement des factures qui s’accumulent. « Je ne sais pas ce qui se passe, mais chaque fois qu’on met 30 milliards de F CFA à la disposition du Trésor, on se retrouve avec un trou de 30 milliards », avait-il confessé.

L’Etat, mauvais payeur

Moins de deux mois après cette polémique, l’on s’aperçoit que les factures impayées au niveau du Trésor public montent en flèche. D’ailleurs, peu importe le montant à partir du moment où l’Etat reconnaît qu’il doit à des fournisseurs.

Des stations comme Total ont rompu leur contrat avec des départements ministériels au motif qu’il y a des factures impayées. « Nous pouvons faire un semestre sans avoir du carburant. Nous étions à la station Total mais ce contrat a été cassé à cause du non-paiement des factures.

Présentement, nous sommes à Star. C’est la preuve que l’Etat est un mauvais payeur et de nombreux autres fournisseurs sont dans la même situation », nous a récemment confié un agent de l’Etat.

Selon nos informations, le ministère du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées doit à lui seul quelque 60 millions de F CFA à Total.

Pour avoir le cœur net sur la question, le Premier ministre vient d’autoriser le Vérificateur général à aller au Trésor public… pour y voir clair. Mais aura-t-il les mains libres pour faire son travail ? Rien n’est moins sûr d’autant qu’on dit que le président ATT est fâché contre lui à cause de son prochain rapport qui mettrait en cause les conditions d’attribution des logements sociaux.

En attendant, le chef du gouvernement et l’opposition parlementaire ont convenu de maintenir ce courant d’échanges qui doit déboucher sur une rencontre entre les deux parties tous les deux mois.

Mohamed Daou

28 Juillet 2008