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A table, le 3 mars, lors d’un déjeuner à la Tour Hassan, un imposant hôtel de Rabat, un Malien laisse entendre : « nous sommes en retard, hein. Pourtant, nous avons commencé (à organiser notre diaspora, ndlr) avant beaucoup de pays présents ici. Mais ils nous ont dépassé…Même le siège du Conseil des marocains à l’étranger (une tour de 5 étages) est révélateur ».

Amadou Soullalé, conseiller du nouveau président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur, venait de parler ainsi, séduit par des pays qui accordent des statuts importants à leur expatriés. C’est l’exemple du Chili qui considère sa diaspora comme un département virtuel de son territoire. « L’idée d’un département virtuel dont parle le Chili n’est pas récente. En Haïti il y a eut la même chose sous le président Duval », rappelle Cecilia Baeza, doctorante en sciences politiques en France.

Et les pays, comme l’Espagne et la France, qui n’évoquent rien de bon habituellement aux Africains en matière de migration étaient autrement vus. Chacune d’entre elles ont révélé qu’elles ont beaucoup d’émigrés et une vieille tradition dans l’implication politique et économique, au-delà le développement de leurs pays d’origine. « C’est ainsi que des Français de l’étranger seront élus comme députés à l’Assemblée nationale en 2009 pour représenter leurs zones de résidence », explique une chercheuse française.

Cependant, certains avaient trouvé de quoi se réjouir de l’expérience malienne en matière de l’implication des migrants dans le processus de développement de leur pays. « Des expériences comme celle du Mali, un pays sans grand moyen, sont intéressantes et on peut s’en inspirer. Je retiens que la participation politique et économique des migrants dans leur pays d’origine n’est pas une question de moyen », explique un Marocain de l’étranger.

Le message du Roi aux conférenciers

Ces témoignages font écho au message que le roi du Maroc, Mohammed VI, a envoyé aux conférenciers. « Les problèmes que connaissent les immigrés sont devenus de plus en plus similaires, tant pour ce qui est de faciliter leur intégration dans les pays d’accueil, que lorsqu’il s’agit de leur garantir les conditions nécessaires pour pouvoir vivre dignement et apporter une contribution efficace au développement et au progrès de ces pays », souligne le Roi Mohammed VI.

Les problèmes des migrants sont également analogues, selon le roi du Maroc, lorsqu’il s’agit de consolider les liens culturels et les attaches sociales et préserver l’identité de la mère patrie.

Par ailleurs, poursuit le roi du Maroc, « le monde vit aujourd’hui une globalisation civilisationnelle, à laquelle toutes les cultures apportent leur contribution. Se nourrissant de la dialectique d’une interaction mutuellement enrichissante, à la mondialisation à vocation à être au service du progrès de l’humanité entière. Elle devrait contribuer à la dissémination des valeurs d’entente, de paix, de tolérance, de coexistence et de solidarité entre les différentes communautés humaines. Ce sont ces idéaux qui confèrent leur dimension civilisationnelle positive aux migrations actuelles et qui alimente les enjeux à venir pour les migrants, partout où ils se trouvent ».
Mais cette dimension positive ne devrait pas occulter les mutations profondes qui sous-jacentes à l’émigration, et qui tendent à ébranler les valeurs spirituelles et culturelles portées par tous les migrants. « Par conséquent, une approche collective et un traitement concerté de ces questions sont de nature (…) à contribuer à la recherche de solutions appropriées, qui se mueront à terme en une démarche universelle », estime Mohamed VI.

Soumaila T. Diarra

Envoyé spécial à Rabat.

05 mars 2009