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Cette réunion d’harmonisation doit permettre de déboucher sur des propositions concrètes pour l’adoption d’un concept stratégique clair et réaliste

Les experts militaires de notre pays ainsi que leurs collègues de la CEDEAO, de l’Union Africaine, des Nations Unies, de la France, d’Allemagne, du Canada, d’Algérie sont en en réunion à Bamako jusqu’au 4 novembre.

La cérémonie d’ouverture de la rencontre a été présidée par le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel-major Yamoussa Camara. Il avait à ses côtés, le général Jean Baillaud, représentant des opérations militaires et du maintien de la paix ; Jao Tody Jean De Mattah, émissaire du représentant de l’Union Africaine à Bamako ; l’ambassadeur Cheaka Aboudou Touré, représentant spécial du président de la Commission de la CEDEAO pour le Mali et le chef d’Etat major des forces armées maliennes, Ibrahima Dahirou Dembélé.

Il s’agit pour les experts militaires, selon Cheaka Aboudou Touré, « d’élargir et de renforcer le consensus entre toutes les parties concernées ou intéressées, dans l’esprit des résolutions 2056 et 2071 du Conseil de sécurité des Nations Unies, et surtout, à la lumière des conclusions de la réunion en date du 19 octobre 2012 du Groupe de soutien de suivi de la situation du Mali qui s’est doté, en l’occurrence d’un cadre stratégique de gestion de sortie de crise complexe ».

Quatre approches clefs.

L’ambassadeur de la CEDEAO au Mali, Cheaka Aboudou Touré, a annoncé la mise en place d’une « force internationale sous la direction africaine, et qui soit à même d’offrir toutes les garanties de succès contre le sanctuaire du terrorisme international qui semble prospérer dans les régions occupées du nord du Mali. C’est pourquoi, sur recommandation du Groupe de soutien et de suivi, le concept opérationnel de la CEDEAO sera soumis à un examen croisé de tous les partenaires présents à la rencontre aux fins de bénéficier des avis éclairés d’éminents experts de la sous-région et de la communauté internationale ».

Cheaka Aboudou Touré a soumis à la réflexion des experts militaires quatre paramètres. Le premier rappelle que chaque jour qui passe sans dissuasion significative, accroît les capacités de nuisance des groupes criminels et terroristes et augmente ainsi leurs chances de s’incruster davantage et de manière durable dans le tissu social des populations envahies. Le second paramètre recouvre l’urgence de développer une stratégie concertée régionale, avec l’appui multiforme de la communauté internationale, pour l’éradication, sous le leadership des forces armées de défense et de sécurité maliennes, des réseaux mafieux de narcotrafiquants et de djihadistes incompatibles avec la promotion des valeurs humaines de paix, de justice sociale et de démocratie éclairée.

Le troisième paramètre est le renforcement à court terme des capacités organisationnelles et opérationnelles des forces de défense et de sécurité maliennes pour le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays. Il s’agit aussi, à moyen et long termes, de reformer totalement les secteurs de défense et de sécurité.

Dernier paramètre cité par l’ambassadeur de la CEDEAO aux participants : garder à l’esprit les dispositions pertinentes de l’Accord-cadre du 6 avril 2012 pour une transition de 12 mois, à compter du 6 avril 2012, qui devra se terminer par l’organisation d’élections présidentielles transparentes, inclusives et équitables. Cet engagement, du reste, a été confirmé par la résolution 2071 de l’ONU, réaffirmé dans les conclusions finales du Groupe de soutien et de suivi du 19 octobre 2012, et réitéré par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine en sa réunion du 24 octobre 2012.

« Au total, nous devrons aller vite, mais en tenant compte des conditions objectives de réussite pour permettre au Mali de retrouver sa place dans le concert des nations démocratiques, prospères et de la paix totale », a conclu Cheaka Aboudou Touré.

La cérémonie d’ouverture de la rencontre a été présidée par le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel-major Yamoussa Camara

Un contrat moral à honorer.

Le ministre de la Défense a fait une brève génèse de l’agression dont est victime le Mali en en rappelant que les pays du champ avaient initié en son temps, des mesures visant à mutualiser les moyens et à conjurer la menace qui se précisait. Des organes furent mis en place pour conduire des opérations concertées à travers notre espace commun. Malheureusement, au-delà des déclarations de principe et de l’élaboration des procédures opérationnelles, très peu de chose a été fait sur le terrain. Les rares initiatives furent sans lendemain, en tout cas parcellaires, plus ou moins improvisées et sans une réelle coordination entre les acteurs.

Le déficit capacitaire de l’Armée malienne plusieurs fois mis en exergue, n’explique pas tout en réalité. Du reste, très peu de nos armées auraient tenu face à l’assaut conjugué de la faune de groupes armés présents dans le nord, a assuré le colonel-major Yamoussa Camara en indiquant que l’armée malienne a pris un coup mais reste debout et fait le serment d’honorer le contrat moral qui la lie à la nation.

« Nous sommes en outre d’accord sur le diagnostic de la situation et sur l’état final recherché. Ce qui se passe aujourd’hui au nord du pays est le fruit des décennies de mal gouvernance politique sécuritaire. Il est inacceptable et nécessite une solution urgente. Permettez-moi de suggérer que malgré le caractère transnational de la menace, toute stratégie de sortie de crise que vous adopterez devrait être axée sur le rôle politico-militaire central du Mali.

L’action militaire, qui reste l’ultime recours, devra créer des conditions favorables à la reprise de l’incontournable round des négociations politico-diplomatique, cette fois-ci dans les conditions et modalités définies par toutes les composantes des populations des régions occupées, pas seulement de la frange armée comme ce fut toujours le cas, et dans le strict respect des intérêts et de valeurs qui fondent notre nation », a préconisé Yamoussa Camara.

Selon le ministre, le mandat assigné à la mission de la CEDEAO au Mali (MICEMA) par la conférence des chefs d’États et Gouvernement, réunie à Abidjan le 16 avril 2012 est une mission d’assistance et d’appui dans le cadre de la solidarité régionale, acceptée d’accord parties par les États membres. Le peuple du Mali, notamment les forces de défense et de sécurité nationales, sont et doivent rester le fer de lance de toute stratégie de sortie de crise. Les initiatives, qui s’inscrivent toutes dans la logique d’un accompagnement positif, quelle que soit par ailleurs leur pertinence, doivent s’inscrire dans cette logique. Et, il est heureux de constater que cette convergence de vues a toujours caractérisé nos échanges, a-t-il constaté.

Toutes les décisions de la CEDEAO, de l’union Africaine et des Nations Unies, l’appui de la CEDEAO, à travers elle, celle de la communauté internationale, n’ont d’autre but que d’assister le gouvernement de la République du Mali à rétablir son unité et son intégrité territoriale, à créer un environnement favorable à la conduite d’élections libres, transparentes et crédibles, a énuméré le ministre. Cette assistance, de son point de vue, vise à déterminer et à entreprendre les actions nécessaires pour combler les déficits capacitaires des forces de défense et de sécurité du Mali afin que celles-ci puissent remplir pleinement leur mission et permettre au gouvernement malien d’assurer le plein exercice de son autorité sur l’ensemble du territoire.

Une mission d’assistance.

Pour préciser le rôle des forces internationales, le colonel-major Yamoussa Camara a cité le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré : « …je fais entièrement confiance aux services de sécurité maliens et à l’Armée malienne pour assurer la sécurité du Président de la République et celle autres institutions de la République. Les dispositions déjà prises ou envisagées pourront, bien entendu, être affinées et améliorées en fonction des moyens et équipements que nous pourrons réaliser ».

Les initiatives d’accompagnement envisagées doivent donc être en synergie avec les efforts de réhabilitation des capacités opérationnelles de nos forces de souveraineté, a indiqué le ministre Camara en soulignant que l’objectif recherché est et demeure la recherche rapide d’une solution qui mette fin aux maltraitances et aux souffrances indicibles de nos populations martyrisées.

Reconnaissant que notre pays se trouvait « à la croisée des chemins », Yamoussa Camara a cependant estimé que l’Etat malien demeurait « un interlocuteur incontournable dans le cadre de la recherche de solution pour une sortie de crise ». Cet interlocuteur, a-t-il cependant ajouté, « a besoin de toute votre attention, et plus que jamais de votre solidarité, de votre assistance et de votre accompagnement ». Insistant sur « la sensibilité » du peuple malien, il a demandé aux experts : « Agissez comme vous aimeriez que l’on vous traite dans des circonstances similaires ».

Avant la photo de famille entre hauts gradés militaires, le ministre de la défense à répondu aux journalistes sur la possibilité d’une négociation entre les autorités maliennes et les rebelles du MNLA : « Ce sont des Maliens : il faut voir s’ils sont d’accord pour revenir au sein de la République, pour abandonner les idées sécessionnistes, pour faire la paix, pour abandonner les autres groupes criminels ».

L’ancien chef de la transition en Guinée, le général Sékouba Konaté, chargé par l’UA de rendre opérationnelle la future force ouest-africaine au Mali, est attendu à Bamako avant le 4 novembre pour participer à la rencontre.

ADAMA DIARRA

31Octobre 2012.

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