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Rien ne va plus entre Me Kassoum Tapo et le FDR. Tout porte à croire que Me Kassoum Tapo, connu de tous comme le porte parole du FDR, ne porte plus que sa seule parole. En tout cas, le communiqué du FDR en date du 14 août 2012, signé de la plume de Siaka Diakité, Président du FDR, dans des termes très durs, mais clairs, le laisse entendre

« Le FDR a appris avec surprise et indignation l’intervention de Maître Tapo sur les ondes de RFI à propos de la rencontre avec le Président de la République ». Telle est le libellé de l’introduction du communiqué signé par Siaka Diakité au nom du FDR. Il précise : « Cette rencontre avait pour objet d’obtenir des éclaircissements sur le processus de mise en œuvre du Gouvernement d’Union Nationale avant une décision de participation ou non à ce gouvernement ». Selon le communiqué, « Le FDR rappelle qu’en aucun moment le Président n’a parlé de quota ni de clef de répartition, mais plutôt de réconciliation nationale et de cohésion sociale face aux défis de l’heure ».

Plus précis, Siaka Diakité dans son communiqué dira que le Président a souhaité « l’accompagnement de toutes les forces vives de la nation en ces moments difficiles que vit notre pays ».

Et, pour tout cela, le FDR est formel : « Les déclarations de Me Tapo qui sont de nature à semer le trouble dans les esprits et faites à son initiative personnelle n’engagent que sa personne ». Avant de se désolidariser de Me Kassoum Tapo. « En conséquence, le FDR se désolidarise de ces propos qui ne reflètent pas la réalité des conclusions issues de la rencontre avec le Président », poursuit le communiqué.

Et pour conclure, le regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile, qui a dit non au coup d’Etat militaire dès les premières heures, a renouvelé son « engagement pour la Démocratie et la République » et a pris la décision de participer au gouvernement d’union nationale. « Le FDR, respectueux du rôle d’arbitre dévolu au Président de la République a décidé de participer au gouvernement d’union nationale et invite toutes les parties prenantes à accompagner le processus de consultations en cours », note le communiqué.

Les propos de la discorde

On se souvient que Me Kassoum Tapo, le 13 août 2012, aux environs de 22 heures 34 minutes, sur les antennes de RFI, a déclaré : « Un nouveau gouvernement suppose la dissolution du précédent. Ce n’était pas simplement un rafistolage, c’est un nouveau gouvernement d’union nationale. Nous allons accompagner ce gouvernement.

Et le FDR sera prêt à apporter toute sa contribution pour la réussite de ses missions. Le Président nous a donné les principes de répartition des postes. Effectivement, il y a la moitié des 30 postes qui sera réservée à la classe politique et à la société civile. C’est l’ensemble des regroupements politiques qui auront 15 postes.

Et le président a insisté sur la représentation des femmes et des jeunes. Maintenant, il y aura un autre qui sera réservé au président lui-même, au Premier Ministre et puis aux militaires. Le Président lui-même a un quota, le Premier Ministre et puis les militaires qui étaient déjà dans le précédemment gouvernement. Donc, un véritable gouvernement d’union nationale qui respectera les diversités et les prérogatives des uns et des autres. C’est-à-dire, l’union nationale. Le bateau Mali continue, nous sommes pour le Mali… »

Dans son Communique le FDR s’est désolidarisé de ces propos. Me Kassoum Tapo a-t-il oublié qu’en temps que porte parole, son rôle est de porter la parole validée et acceptée par tous. Mieux, il doit convenir avec nous que le porte parole, le vrai, est celui-là qui est à l’écoute de ses mandataires, d’autant plus que sa parole engage un groupe, dont il est la bouche et le visage. Le porte parole d’un groupe ne doit pas se donner des libertés pour dire ce qu’il pense d’une question donnée. Son rôle se limite à dire ce qui reflète le mieux le point de vue et les intérêts du groupe qui lui a confié sa communication.

Admettons qu’une telle tache ne peut s’accomplir qu’avec beaucoup d’humilité et sans impulsivité, surtout à un moment où les regards à l’international sont tournés sur la crise politique au Mali.

En cette période cruciale pour notre nation, toute déclaration de nature à porter préjudice aux voix de résolution de cette crise sont à bannir, à proscrire. Par ailleurs, il est à rappeler qu’au beau milieu de la lutte pour la remise en place des Institutions de la république, le même Kassoum Tapo s’était positionné pour occuper le poste de Président de l’Assemblée nationale, en lieu et place de son occupant actuel.

A l’époque, sa propension à se positionner et à s’accrocher comme nouveau Président de l’Assemblée nationale avait fortement décrédibilisé son combat pour le retour à une vie constitutionnelle normale, laissant apparaître qu’il avait son propre agenda et que l’a conviction qu’on lui prêtait cachait une ambition toute personnelle.

Ambition certes légitime, mais dont le moment semblait mal choisi. Me Kassoum Tapo, homme politique d’expérience et un avocat qui connait le poids des mots et l’influence de la presse, saura sans doute mesurer ce que le FDR attend de lui.

Assane Koné

Le Républicain du 16 Août 2012