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Les autorités maliennes n’ont trouvé rien de mieux que de remplir le lit du fleuve Niger pour aménager un espace et un monument dit du cinquantenaire. Une mauvaise nouvelle pour les environnementalistes qui n’ont malheureusement rien vu ou entendu.

S’ils avaient fait une sortie « musclée » pour dénoncer, voire empêcher le remplissage du lit du fleuve Niger par les autorités du Mali, qui sont en train d’ériger un monument, il est certain qu’ils seraient soutenus par le peuple. Du moins, l’Histoire allait retenir qu’ils ont joué leur rôle dans le combat contre les prédateurs de l’environnement. Hélas ! Les défenseurs de l’environnement semblent indifférents sur le sort aujourd’hui réservé au fleuve Niger.

Tous ceux qui empruntent la corniche du côté de l’EN Sup ont dû constater la présence de camions, Caterpillar et autres engins versant des dizaines de tonnes de terre dans le lit du fleuve avec son corollaire de conséquences selon des spécialistes. La flore et l’écosystème subissent durement les conséquences de cette « pollution ».

Sans être contre la construction d’un tel monument (une bonne chose d’ailleurs), c’est sa réalisation dans le lit du fleuve qui intrigue plus d’un. Pour de nombreux Bamakois, il était loisible de trouver d’autres sites mieux indiqués que le lit du fleuve. Ils désapprouvent le remblayage du Djoliba pour les besoins d’un monument.

Ironie du sort, ces travaux interviennent au lendemain de la tenue à Bamako en juin de la 13e conférence ministérielle africaine sur l’environnement et la remise au chef de l’Etat d’un prix spécial par le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Achim Steiner « pour ses efforts consentis en faveur de l’environnement ». La rencontre de Bamako avait au centre de ses préoccupations la question brûlante de la protection de l’environnement.

A travers cet acte, ATT démontre que M. Steiner s’est visiblement trompé de personne pour le prix. Que dire du département de l’Environnement et de l’Assainissement et qui ne cesse de tirer la sonnette d’alarme pour le Niger considéré comme l’artère nourricière du pays, voire de l’Afrique occidentale ?

Les autorités viennent une fois de plus démontrer qu’elles font pire que ceux qui polluent le fleuve avec des quantités considérables de déchets industriels, hospitaliers et domestiques. Selon les statistiques, le fleuve reçoit une bonne partie des 2000 m3 d’ordures ménagères et 2200 m3 d’eaux usées que produit quotidiennement Bamako. « La flore, la faune et l’écosystème subissent durement les conséquences de cette pollution« , avait constaté le directeur de l’Agence du bassin du fleuve Niger.

Outre les problèmes de pollution, le Djoliba est menacé par l’ensablement, la vallée du fleuve étant soumise à des sécheresses périodiques, déficits pluviométriques et autres diminutions des débits. « Nous avons notamment l’avancée des dunes dans le lit majeur du fleuve, l’assèchement des lacs, la dégradation de la végétation et la raréfaction de certaines espèces animales… »
Décidément, le cinquantenaire a le dos large !


Amadou Sidibé

16 Aout 2010