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Jeudi dernier, le Vérificateur général, autorité indépendante chargée de traquer les irrégularités, les fraudes et autres détournements de deniers publics, mais aussi de faire une évaluation qualitative du fonctionnement de nos administrations et de la dépense publique, a remis son rapport annuel, le troisième de son mandat, au président de la République.

La particularité de ce troisième rapport réside surtout dans l’accent mis par le Bureau du Vérificateur général sur les vérifications de performance qui sont au nombre de 14 en 2007, contre 4 seulement en 2006. C’est dire donc que cet exercice s’installe dans la tradition.

Ce rapport annuel 2007 constitue la synthèse de trente-trois rapports individuels totalisant plus de 800 pages et annexes et portant sur des secteurs de grande importance stratégique pour notre pays dont : les services de l’assiette et du recouvrement qui procurent au Trésor public l’essentiel de ses recettes ;

le secteur de la sécurité alimentaire à travers les performances du Commissariat à la sécurité alimentaire concernant entre autres la disponibilité et l’accessibilité des denrées de première nécessité ; le secteur des mines, notamment la taxation de l’or qui est le premier produit d’exportation du Mali ;

les domaines de l’Etat, des affaires foncières et du logement en raison des défis que pose l’urbanisation rapide et de l’importance des ressources publiques investies pour les relever ; le secteur hospitalier, compte tenu de la place des établissements publics hospitaliers dans la stratégie nationale de couverture sanitaire.

Les vérifications de performances qui ont été multipliées grâce à l’assistance canadienne donnent désormais une visibilité claire de la gouvernance des ressources publiques et surtout l’impact des investissements consentis sur le cadre et la qualité de vie des citoyens.

Aux dires de Sidi Sossoh Diarra lui-même, qu’il s’agisse de la sécurité alimentaire, de la santé, notamment la lutte contre le Sida et le secteur hospitalier, ou du secteur social avec les importants programmes de renforcement de l’équité hommes-femmes, et de la lutte contre l’excision, les vérifications effectuées par le bureau, ont permis de faire des constats et des recommandations susceptibles d’améliorer l’efficacité d’institution, projets et programmes déjà très méritoires au regard des résultats obtenus.

Et de souligner après que «les données recueillies au cours de la vérification des hôpitaux publics font qu’aujourd’hui le bureau est capable de produire une photographie d’ensemble du système hospitalier public de notre pays, de même qu’une cartographie précise des forces, faiblesses, opportunités et risques qui caractérisent ce système».

Près de 20 milliards de manque à gagner en 2007

Parlant des vérifications financières de 2007, le vérificateur général fera savoir qu’elles ont révélé près de 20 milliards de F Cfa de manque à gagner.

Ce montant, dira-t-il, est issu de 21 missions, et couvre trois exercices en moyenne. Et de préciser que «la moitié de cette somme est imputable à la mauvaise gestion, et l’autre moitié à la fraude donc recouvrable». Mais Sidi Sossoh Diarra tiendra cependant à informer le président de la République que les recommandations formulées par un service indépendant du bureau du vérificateur général à la suite d’une enquête réalisée ont été mises en œuvre à plus de 80 % par les structures vérifiées.

Quant au taux de leurs recommandations jugées inapplicables par les structures vérifiées, le vérificateur général affirme qu’il n’atteint pas 5 %, ce qui démontre le caractère réaliste de ces recommandations.

De cette même enquête, il ressort selon lui que, sur un montant total de 31 milliards de F Cfa, dont a été saisi le procureur en charge du pôle économique pour 2006, plus de 21 milliards de F Cfa avaient été régularisés ou justifiés avant juin 2008. Toutes choses qui poussent le vérificateur général d’aller plus loin dans le suivi de la mise en œuvre des recommandations formulées par son bureau dans le cadre de son programme 2008.

Quand Sidi Sossoh Diarra sort de sa réserve !

Victime d’une cabale savamment orchestrée depuis quelques temps malgré son travail remarquable, le Vérificateur général a profité de la remise de son Rapport annuel 2007 au président de la République pour répondre indirectement à ses détracteurs.
Aux citoyens maliens qui pensent que le Bureau du Vérificateur général ne produit pas de résultats à la hauteur de ses moyens, il tiendra à leur dire que le rapport indépendant sur le point de recommandations formulées dans son rapport annuel 2006 confirme l’utilité maintes fois questionnée du bureau.

Il confirme ensuite qu’en matière de gouvernance des ressources publiques, le remède le moins coûteux et le plus efficace réside dans la prévention, c’est-à-dire donc la mise en place et le respect des procédures de gestion et de contrôle internes.
Et d’ajouter après qu’à mi-parcours de son mandat de Vérificateur général, il a des raisons d’espérer.

En effet, Sidi Sossoh Diarra fera savoir que le bureau, parti de zéro a été mis en place et doté de moyens conséquents grâce aux efforts personnels du président de la République. Selon lui, il a produit à cette date 74 rapports sectoriels et 3 rapports annuels. Il dispose d’un personnel non seulement compétitif, mais bénéficiant également d’opportunités de formation continue.

Conscient des points faibles de son bureau, Sidi Sossoh Diarra promet de les corriger parce que «notre ambition est de devenir un centre d’excellence». Mais ce qui l’inquiète le plus et qui constitue aujourd’hui des sujets de crainte pour lui, «ils sont surtout liés aux subtiles campagnes de décrédibilisation du bureau, aux contre-expertises de ses rapports, à l’interprétation que font certaines structures vérifiées de la notion du principe du contradictoire».

N’a-t-il pas en effet raison d’évoquer ces sujets de crainte devant une institution par la volonté de laquelle le bureau est né ? Sans pour autant accuser ouvertement le proche entourage du président de la République d’être l’instigateur sinon le commanditaire de ces subtiles campagnes de décrédibilisation du bureau du Vérificateur général, Sidi Sossoh Diarra a voulu simplement attirer l’attention du président ATT sur les conséquences dommageables d’une telle campagne sur la vocation de son bureau qui est de contribuer de façon significative à la réduction de la corruption dans notre pays.

A ses détracteurs, il leur dira qu’il n’a pas d’autres préoccupations que d’accomplir sa mission dans le strict respect de la loi et avec la seule ambition d’aider le président de la République à mieux protéger les deniers publics et trouver les ressources nécessaires à la réalisation de ses projets pour le Mali.

ATT renouvelle son soutien au Vérificateur général

En réponse aux craintes manifestées par le Vérificateur général, le président de la République dira qu’il comprend l’impatience que manifeste souvent l’opinion au sujet du rythme de traitement judiciaire des infractions économiques et financières, ainsi que les interrogations de bon nombre de nos compatriotes sur l’exploitation des rapports de contrôle.

Selon lui, le respect des règles prescrites par la loi en matière de procédure ainsi que la complexité des dossiers expliquent, pour une large part, cet état de fait. Et de rassurer après que «le gouvernement et la justice, conscients de cette situation, trouveront les moyens d’une communication adéquate sur la lutte contre la corruption dans le respect du secret de l’instruction».
ATT rappela en outre que c’est face à la persistance du phénomène de corruption qu’il lui est apparu nécessaire d’étoffer notre dispositif de contrôle, tout en renforçant les structures existantes.

Le bureau du Vérificateur général qui est né de cette volonté et de cette conviction est donc d’abord et avant tout «un choix politique majeur» fera-t-il savoir. Et il fallait de l’audace pour créer un bureau du Vérificateur général dans notre pays.
Selon ATT, «notre souhait à tous, le mien en tout cas, c’est de voir cette autorité indépendante réussir sa mission».

Tout en rassurant le bureau du Vérificateur général et toutes les autres structures de contrôle de son engagement sans faille à leurs côtés dans ce combat pour une gestion plus transparente et rationnelle de nos ressources publiques, ATT promet de réaffirmer ce soutien indispensable à l’efficacité de la lutte contre toutes les formes de délinquances économique et financière lors de la tenue prochaine des Etats généraux de la lutte contre la corruption.


Birama Fall

04 Aout 2008