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Certaines pratiques ont la vie dure. Le moment était solennel hier au palais de Koulouba. La Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration remettait au président de la République, les conclusions de ses analyses des rapports de contrôle et d’inspection des structures de l’administration publique.
La cérémonie de remise du bulletin annuel de la CASCA a réuni dans la salle de banquet du palais présidentiel, autour du chef de l’État, le Premier ministre, Modibo Sidibé, les membres du gouvernement, les membres de la Cellule, la présidente de la Cour suprême, le Vérificateur général, le contrôleur général des services publics, les inspecteurs en chef des ministères, les représentants des syndicats, de la société civile et du barreau malien.

Le bulletin d’information remis au président Touré concerne les rapports étudiés par la CASCA entre le 1er janvier et le 31 décembre 2007. Au total, ce sont 117 rapports qui ont été examinés et analysés au cours de cette période, parmi lesquels 35 dossiers ont été transmis à la justice.

« La CASCA publie chaque année un bulletin d’information sur les rapports de contrôle et d’inspection que vous recevez des structures de contrôle de l’administration et que vous soumettez à son analyse. L’analyse de ces rapports a révélé des insuffisances et des irrégularités graves et communes aux structures contrôlées« , a introduit le président de la CASCA, Bréhima Noumoussa Diallo, en précisant qu’il s’agit du 11è bulletin d’information de la structure.

Parmi les insuffisances et irrégularités relevées, Bréhima Noumoussa Diallo, a cité pêle-mêle, l’ambiguïté ou l’inadaptation de certains textes, l’absence de coordination au sein de certains services publics, l’inexistence ou la mauvaise tenue des documents de comptabilité, le non respect du code des marchés publics, le faible taux de recouvrement des impôts et taxes.

Il a aussi noté la non sécurisation des biens de l’État, le manque de formation continue pour les agents de l’État, la mauvaise gestion du patrimoine foncier de l’État.

UNE BATAILLE DE LONGUE HALEINE

Ces constats, a poursuivi le patron de la CASCA, ont amené celle-ci à suggérer entre autres mesures, la mise en œuvre des recommandations formulées, l’approfondissement des contrôles et la saisine des autorités judiciaires compétentes.

Le nombre des dossiers transmis aux autorités judiciaires (35) est inférieur à celui de 2006. Mais Bréhima Noumoussa Diallo a noté la récurrence des irrégularités relevées et la gravité de leurs conséquences sur l’image de notre administration.

« C’est dire que les problèmes évoqués par le bulletin d’information 2007 requièrent une intervention urgente dans un élan à la fois pédagogique et dissuasif. Certes la lutte contre la corruption et la délinquance financière est une bataille de longue haleine qui s’inscrit dans le long terme. Des efforts sont certes faits dans l’application de nos recommandations et dans le recouvrement des sommes d’argent détournées. Cependant nous souhaitons plus de diligence de la part des autorités administratives et judiciaires dans le traitement des dossiers dont elles sont saisies« , a ajouté le président de la CASCA.

Il a ensuite estimé que le contexte du renouveau de l’action publique et de la restauration de l’autorité de l’État prônés par le président Touré pour son second mandat, nécessite que personne ne puisse bénéficier de protections et que l’autorité de l’État s’exerce dans toute sa rigueur.

En clair, il s’agit de punir tous les coupables d’actes de délinquance financière, mais aussi de récompenser les agents intègres et compétents. Il y va de la crédibilité de la CASCA et de toute la politique de lutte contre la corruption, a poursuivi Diallo.

Il ressort des constats de la CASCA que malgré l’érection de différents organes de contrôle, ceux-ci ne vérifient qu’une infime partie des dépenses publiques. Conséquence, des mauvaises pratiques comme les dépenses réalisées en violation des règles et procédures, la sous-évaluation des recettes et le fonctionnement des services publics avec des faibles procédures, se sont installées.

Le patron de la CASCA a noté les lenteurs dans la transmission des rapports et programmes des services d’inspection et de contrôle. Certaines irrégularités tiennent selon lui à l’absence de base d’action, à la confusion dans les rôles et responsabilités, au pilotage à vue comme mode de gestion et à l’inexistence de base de suivi-évaluation des performances des services et des hommes.

« L’occasion m’est offerte aujourd’hui encore de m’acquitter d’un devoir de rendre compte, un élément essentiel de la bonne gouvernance« , a répondu le président de la République, en saluant le président de la CASCA et ses collaborateurs pour la qualité de leurs analyses des rapports.

UN DEVOIR PATRIOTIQUE

« Je veux rassurer tout le monde : tous les dossiers soumis à l’appréciation des autorités judiciaires, seront traités dans le strict respect des procédures prévues. Je salue tous les services de contrôles pour le travail remarquable qu’ils font dans la discrétion et avec efficacité. Peut être que le peuple se pose des questions sur deux points essentiels. Primo, à quoi servent tous ces rapports ? Ensuite quel sort leur sera réservé ? Il faut que les gens comprennent que la production des rapports n’est que la première étape de toute une procédure. Il faut aussi éviter de violer le secret de l’instruction et tenir compte de la notion de la présomption d’innocence« , a indiqué Amadou Toumani Touré, ajoutant que l’on doit toujours attendre d’abord que les intéressés soient effectivement retenus dans les liens de l’accusation.

« Je pense sincèrement que ce n’est pas la peine de salir des personnes sur la base d’un simple rapport. Dans la lutte contre la corruption, nous avons voulu éviter de faire du spectacle. Nous préférons travailler efficacement et en toute discrétion« , a précisé, le président de la République.

Il a noté, à ce propos, que la lutte contre la corruption et la délinquance financière est un devoir patriotique. « Nous ne pouvons plus nous permettre de perdre des fonds. Nous allons demander que la justice fasse le point des actions engagées contre les délinquants financiers« , a indiqué Amadou Toumani Touré.

Dans un autre registre en rapport avec l’actualité brûlante, le chef de l’État s’est réjoui de la signature d’un protocole entre le gouvernement et certains opérateurs économiques importateurs de céréales. « J’assure de mon soutien à cette entente entre l’État et ces opérateurs privés. L’objectif étant de faire en sorte que nous puissions avoir les céréales à des prix raisonnables sur le marché national« , a conclu le président Touré.

M. N. TRAORÉ

L’Essor du 08 avril 2008.