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La peur de quitter la tête d’un département ministériel hante tous les ministres tant qu’ils sont en poste, d’où leur fidélité au chef de l’Etat.
Chez nous, pratiquement depuis l’indépendance, la politique au niveau supérieur est considérée comme source d’enrichissement. Les postes ministériels sont pratiquement devenus des mines d’or où il faut s’enrichir pour ne plus retomber dans la pauvreté.

Rares sont les ministres qui deviennent ministres étant riches. Ils ne le deviennent qu’après leur nomination, d’où la double tentation de chercher à être ministre et à s’accrocher à ce fauteuil par la suite.

Aujourd’hui, la peur de quitter le ministère coupe le sommeil à tous les ministres tant qu’ils sont en poste. C’est ce qui justifie leur fidélité au chef de l’Etat et au chef du gouvernement. Dans la plupart des cas, dès qu’un ministre cesse ses fonctions, il devient méconnaissable parce que « les sources de rentrée » se tarissent, les opportunités manquent et difficilement il peut assurer le train de vie quotidien.

Dans le tableau général, l’expérience a prouvé que certains fonctionnaires comme les enseignants, les médecins renouent beaucoup plus facilement avec la vie antérieure. Mais, ceux qui n’arrivent pas à s’habituer sont des politiciens professionnels et certains hommes d’affaires qui quittent le premier cercle du pouvoir.

Le président de la République, Amadou Toumani Touré, on le sait, a procédé le 3 octobre 2007 à un « large remaniement ministériel », renouvelant environ 2/3 du gouvernement, moins d’une semaine après la nomination de Modibo Sidibé au poste de Premier ministre.

Ce remaniement a été marqué par le départ de certains membres du gouvernement. Il s’agit en l’occurrence des anciens ministres de la Santé, de l’Agriculture, de la Fonction publique, des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, de la Justice, de la Communication, du Plan et de l’Aménagement du territoire, de l’Industrie et du Commerce, etc.

Le nouveau gouvernement qualifié de « gouvernement de relance » par les proches du chef de l’Etat compte 27 membres contre 28 pour le précédent. Aucun membre des 3 formations de l’opposition malienne (RPM, Sadi et le Parena) ne sont représentés. Mais que deviennent 8 mois après les ministres qui ont été « remerciés » par le président ATT.

Diverses fortunes

Après plus de 3 ans passés à la tête du département de la Santé, Mme Maïga Zeïnab Mint Youba, quoi qu’on dise d’elle a laissé l’image d’un ministre de terrain à travers notamment ses nombreuses missions à l’intérieur du pays et des visites inopinées qu’elle a effectuées au niveau des hôpitaux du Point G et de Gabriel Touré.

A l’époque, elle avait été observée avec beaucoup de méfiance par des agents socio-sanitaires. Selon nos recoupements, l’ancienne ministre de la Santé n’a pas fait encore l’objet de redéploiement et aurait été interpellée à maintes reprises au niveau du Pôle économique.

L’ancien ministre de la Communication et des Nouvelles technologies, Gaoussou Drabo, est retourné vite à la maison à l’Essor en occupant son créneau « l’Avenir politique » qu’il n’a jamais abandonné même s’il signait sous un pseudonyme. Il se dit dans les coulisses que M. Drabo devra regagner la grande famille diplomatique.

Est-ce la raison pour laquelle on le voit fréquemment aux côtés du chef de l’Etat comme ce fut le cas lors de l’inauguration de la station régionale ORTM de Koulikoro ?

Arrivé avec Ag Hamani II, Gaoussou est apprécié pour la pertinence de ses analyses, il s’est fait néanmoins très peu remarqué par des actions d’éclats en tant que ministre. En réalité, ses actions ont été moins visibles. Le journaliste chroniqueur a-t-il péché sur son terrain de prédilection ?

Ministre des médias sans en avoir la tutelle, Choguel Kokalla Maïga qui a dirigé le département de l’Industrie et du Commerce était à la fois abonné aux débats et à la controverse et donc présent dans les médias. L’homme a marqué son environnement, son ministère par cette présence physique qui en réalité n’a pas été synonyme de résultats concrets sur le terrain. En témoigne la catastrophe électorale à la Chambre de commerce et d’industrie du Mali.

De même, en tant qu’avocat du coton contre les subventions américaines, Choguel Kokalla Maïga a laissé beaucoup de plumes dans les foras.

Présentement à la tête du Comité de régulation des télécommunications (CRT), les dossiers brûlants sur son bureau sont relatifs à un certain nombre de dysfonctionnements entre les deux opérateurs téléphoniques et l’ouverture d’une deuxième chaîne de télévision dans notre pays.

Ancien ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat, Bady Oul Ganfoud est parti comme il est venu. Sa trop grande présence à la télévision nationale s’expliquait par l’ébullition du front social qu’il n’a pas pu conjurer. Selon nos recoupements, M. Ganfoud mène actuellement une vie associative active.

Malgré ses critiques virulentes contre un système judiciaire en deçà des attentes des populations, l’ancienne ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Fanta Sylla a laissé la justice dans l’état où elle l’a trouvé. Elle n’a pas été capable de rehausser l’image de la justice encore moins de renforcer la confiance entre celle-ci et les justiciables. Au contraire, le fossé s’est élargi.

Après son limogeage, le bâtonnier est retourné dans son cabinet.
Discrète quand elle était aux affaires, dit-on, pour une spécificité à son poste, l’ancienne ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières, Mme Soumaré Aminata Sidibé n’a pas réussi à mettre de l’ordre dans le foncier et le cadastre.

Pourtant, elle avait sillonné en 2006 les 4e et 5e régions pour annoncer l’organisation des Etats généraux sur le foncier.

Une fois rentrée de sa mission, cette volonté a été classée dans au placard des oubliettes. Cependant, son successeur s’engage à organiser les Etats généraux en octobre prochain. En attendant d’être affectée officiellement, l’ancienne ministre des Domaines mène présentement une vie associative intense.

Son travail était de loger des Maliens. Il a réussi à remettre les clefs dans les délais. L’ancien ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Modibo Sylla, qui faisait la navette entre son champ et sa famille vient récemment de bénéficier de la confiance du chef de l’Etat. Selon nos informations, il serait promu à la tête d’une cellule contre le blanchiment d’argent.


Ces ex que personne ne regrette

A la tête du département de l’Equipement pendant plusieurs années, Abdoulaye Koïta a laissé le secteur de transport dans l’inorganisation. Or, il pouvait réussir à s’illustrer si au-delà des visites de terrain, il avait eu le tact nécessaire pour organiser le secteur des transports. M. Koïta a laissé un secteur disparate qui ne répond pas à des normes de modernité.

Pour ceux qui le connaissent, le départ de l’ancien ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, Marimanthia Diarra n’a pas été regrettable pour la simple raison qu’il n’a été l’artisan d’aucun remodelage de la communauté villageoise. Actuellement, il est plus versé dans les activités politiques.

Actif dans l’entourage du président de la République pour des missions sensibles à l’intérieur du pays et même à l’extérieur, l’ancien chef du défunt ministère de la Promotion des investissements des petites et moyennes entreprises, Ousmane Thiam, serait à ce jour un conseiller occulte du président ATT.

Pendant qu’il était au gouvernement et ne jurant que par ATT, le ministre Thiam occupait une position stratégique en tant que porte-parole du gouvernement.

Malgré ses mérites, il a eu du mal à atteindre le niveau qu’il voulait en termes de flux d’investissements étrangers à cause de l’environnement judiciaire non assaini. Mais il est resté confiant sur ses capacités de réussite. A son actif, l’on peut citer l’organisation des foras économiques mais les retombées réelles sur le pays restent mitigées.

Elles ont été les mêmes : Mme Diallo M’bodji Sène et Mme Hawa Kéita, respectivement ministre de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille ; de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Elles ont honoré le train-train quotidien, c’est-à-dire, présidé les actions de peu de portée.

Au lieu d’affronter les vrais problèmes, l’une et l’autre n’ont pas posé d’actes améliorant les conditions des femmes ou créneaux porteurs d’emplois pour les jeunes. Sans affectation officielle, les deux comme à leur habitude participent aux activités du monde féminin.

Si l’ancien ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, Oumar Hamadoun Dicko qui a joué plus un rôle de prestige vis-à-vis des Maliens de la diaspora a repris ses activités de consultant dans les domaines de la gouvernance, de l’expertise de la population, l’ancien ministre du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées, Djibril Tangara, lui, a quitté le Mouvement citoyen pour créer son propre parti : Force citoyenne démocratique (FCD), pour dit-il, soutenir les actions du président ATT.

On suppose qu’à 62 ans, l’ex-Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, en ce qui le concerne, doit faire valoir ses droits à la retraite. Un repos bien mérité par cet économiste réputé pour sa rigueur.

Mohamed Daou

18 Juin 2008