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Selon toute vraisemblance, le premier ministre Tatam Ly est en passe d’être reconduit au grand dam de tous ceux qui cherchaient à briguer la Primature. Il bénéficie toujours de la confiance du Président de la République et du soutien infaillible et nécessaire du RPM que Téréta s’attèle à lui assurer.jpg_une-2521.jpg

La Tout porte à croire qu’on va vers la surprise du chef avec l’éviction ou la non reconduction de l’ancien N°2 d’ATT, actuel ministre de la Défense et des Anciens combattants, Soumeylou Boubeye Maiga. Non pas par incompétence, mais parce que la majorité RPM qui s’est dégagée au sortir des législatives, appelle une redistribution des cartes au sein de l’attelage gouvernemental qui devra suivre les contours d’une cohérence politique similaire. Rien ne justifie plus la recherche d’un consensus de façade, d’un attelage de récompense ou d’amitié. Pour être performant, le Président a besoin de s’adosser principalement sur la force politique du RPM et sur des personnalités aux compétences avèrées, pas trop marquées politiquement et auxquelles il ne doit rien.

Selon les sources proches du pouvoir et de certains états majors politiques, plusieurs ministres seront débarqués. Le doyen Boubeye Maiga est sur le départ pour revenir plus tard, après la fin de la procédure d’inculpation d’ATT. Tout dépendra de sa posture politique au sein de l’hémicycle où se jouera l’avenir judiciaire d’ATT. Boubèye aura le choix entre défendre son mentor ATT au profit de qui il cherchera à réunir le maximum de parlementaires à sa cause pour empêcher son inculpation devant la haute cour de justice. Bien que ses aveux de taille sur l’occupation d’une partie du Mali, faits en février 2012, en sa qualité de chef de la diplomatie malienne, résonnent encore dans nos oreilles sensibles:

‘’ la violence que nous connaissons, n’aurait jamais été possible s’il n’y avait pas eu l’arrivée sur notre sol, d’éléments et de matériel venus d’ailleurs’’. No comment !

Il a aussi toutes les chances de revenir un jour dans l’attelage gouvernemental s’il fait l’option difficile, mais cohérente de travailler activement dans le sens de l’inculpation de son mentor; ce qui pourrait signifier une marque de solidarité avec le Président IBK et son gouvernement où siège une partie de ses anciens collègues. Dans ce cas, le seul risque encouru par Boubèye consiste, pour le Président ATT, de disposer d’éléments probants qui le confondraient en tant que Ministre des Affaires étrangères, au moment de la survenue de nombreux évènements douloureux, de l’agression d’Aguel-Hoc en janvier 2012 ou plus de 150 militaires maliens ont été égorgés avec à leur tête le bouillant capitaine Sékou Traoré alias BAD, jusqu’à l’occupation des 2/3 du territoire, avec la désagrégation de la chaîne de commandement qui l’a facilitée. Sans perdre de vue le fait que jusque-là aucune des familles des victimes de ce massacre n’a été officiellement informée de la disparition de son (ses) enfant(s)pour lui permettre de d’observer le deuil.

Aucune liste officielle n’a été publiée par les autorités du pays aux fins de d’honorer la mémoire de ces martyrs qui ont pourtant largement mérité la reconnaissance de la patrie pour services rendus. La preuve de la complicité manifeste de l’Etat, s’il en était encore besoin, l’aveu fait par Boubeye, l’actuel ministre de la Défense, lors d’un entretien accordé à RFI le mardi 14 février 2012. Il évoquait pour la première fois l’éventualité du report de la présidentielle qui était prévue le 29 avril. En réponse à une des questions de notre confrère Christophe Boisbouvier, Boubeye soutenait ceci : « ….Et l’explosion de la violence que nous connaissons, n’aurait jamais été possible s’il n’y avait pas eu l’arrivée sur notre sol, d’éléments et de matériels venus d’ailleurs.

RFI : Du matériel venu de Libye?

S.B.M. : «Venu de Libye en particulier, oui. D’ailleurs, ceux qui agissent aujourd’hui au nom du mouvement en question, sont des personnes venues de Libye, avec la prétention même de conduire une révolution armée sur le sol malien.»

Dire après cela que l’Etat n’était pas conscient de la menace que représentaient les groupes venus de la Libye est par conséquent un mensonge. Sans préjuger du niveau de responsabilités des uns et des autres, force est de constater que l’inculpation de ATT pour Haute trahison fera de Boubèye, au mieux, un témoin à charge ou à décharge selon qu’il soutient la procédure visée ou la condamne et au pire un co-accusé. L’abandon des poursuites contre ATT annulera immédiatement toute comparution, comme témoin ou co-accusé, de Boubèye dans cette affaire. Mais si cette éventualité qui est dans l’intérêt de Boubèye (non comparution) est en même temps souhaitée par Boubèye, alors cela pose la question de la solidarité gouvernementale qui, sans être un principe juridique, est une nécessité politique. Il est donc nécessaire et urgent de poser la question du respect de solidarité gouvernementale, avant même la formation du nouveau gouvernement et d’en faire un critère important pendant les consultations. Cela concerne tout membre du gouvernement qui a été ministre durant le magistère d’ATT, mais dont la présence dans ce gouvernement ne s’est pas fait avec le mandat de son parti d’origine, mais plutôt à partir d’affinités personnelles avec lui. A part les membres du RPM (Parti de la majorité présidentielle), qui est l’émanation politique de l’exécutif, demandeur des poursuites, tout autre ministre ou prétendant à un poste ministériel, devra nécessairement montrer patte blanche et convaincre sur son respect de la solidarité gouvernementale et son soutien infaillible à la procédure d’inculpation du Président ATT.

Parce qu’il ne sert à rien de laisser prendre racine une crise gouvernementale prochaine qui est évitable aujourd’hui.

L’autre fait marquant de cette interview a été la volonté du gouvernement de dissimuler le massacre d’Aguel-Hoc. Une méprisable rétention d’informations relatives à cette ignoble liquidation physique de nos soldats, confessée par Boubèye, à travers sa fameuse boutade: « nous avions voulu préserver la divulgation de ces faits, jusqu’à en avoir une maîtrise totale, et jusqu’à pouvoir informer les familles, après avoir identifié les victimes. Or, malheureusement, vous savez qu’aujourd’hui il y a plusieurs canaux de communication possibles, et les images ont circulé en dehors du contrôle du gouvernement et nous avons dû, après, agir pour rattraper les débordements qui pouvaient être liés à ces images-là ».

Voici chers lecteurs, l’élément déclencheur de la mutinerie de Kati ayant ensuite conduit à la chute de la dynastie criminelle d’ATT et de son clan. Ayant négligé de faire la lumière sur

cet ignoble et scandaleux massacre pour lequel l’armée malienne a perdu en une fois 150 de ses jeunes soldats parmi les plus valeureux; à l’image du commandant du camp d’Aguel-Hoc, le capitaine BAD, l’Etat déploie toute son énergie autour des sanctions (emprisonnement et radiation) des responsables de l’encadrement de l’EMIA de Koulikoro, suite au décès accidentel de cinq jeunes officiers dont une sénégalaise et quatre jeunes maliens, tous fils de haut gradés de l’armée malienne, lors d’une séance de bizutage. Tandis que les pauvres parents des braves soldats tombés à Aghéloc allaient désespérément à la recherche vaine d’un minimum d’informations sur leurs enfants engagés au front pour la défense de la patrie, des cérémonies ostentatoires sont alors organisées au nom du peuple malien pour inhumer, avec les honneurs, les enfants plus ‘’méritants’’ des tenants du pouvoir.

Ce déséquilibre manifeste constaté au sommet de l’Etat, dans le traitement de ces deux évènements malheureux, a eu pour conséquence immédiate d’exacerber les frustrations de la troupe qui a fini par mettre un terme au magistère d’ATT, en guise d’exutoire.

Dieu ne Dort pas et ne Somnole pas. Voici le Mali d’ATT.

Troisième raison invoquée par notre interlocuteur, la réconciliation au sein de l’armée. Car selon lui le ministre de la Défense Boubeye serait animé par un esprit de vengeance contre les putschistes du 22 mars 2012 et se servirait de la guerre des bérets pour régler ses comptes aux tombeurs de son mentor ATT. Ce qui fait qu’il a transformé sa résidence en bunker parer à toutes les éventualités, parce qu’il sait que la troupe n’est pas d’accord avec sa stratégie qui consiste à faire revenir les inconditionnels d’ATT à la tête de la hiérarchie militaire.

Quatrième raison, l’ambition programmée de l’homme et son désir ardent d’accéder au pouvoir. Chose qui lui fera dire que Boubeye ne roule pour personne, mais pour lui-même. A titre d’exemple, il citera pêle-mêle sa démission du parti l’ADEMA-Pasj, au seul motif qu’il n’a pas été retenu comme candidat du parti à la présidentielle de juillet 2013. Son refus en 2007 de soutenir le choix de son parti porté sur ATT, suivi de la présentation de sa candidature contre lui, est encore frais dans nos mémoires. S’y ajoutent aussi ses manœuvres en 2002 contre le candidat de l’Adema, Soumaila Cissé, à la présidentielle de la même année avec comme slogan ‘’prenez l’argent de l’Adema et votez pour ATT’’. Ce cadre très proche d’IBK se souvient aussi de la traque lancée par Boubeye, à l’époque patron de la SE d’Alpha Oumar Konaré, contre les cadres qui soutenaient IBK. Un certain Mamoutou Koné, premier malien à mettre en place un club de soutien à IBK, en a fait les frais.

Propos que votre humble serviteur confirme et qui vient de Boubeye lui-même. En meeting, un jour devant ses fans au CICB, le ministre Boubeye n’a-t-il pas martelé que « …le trafic le plus pernicieux au Mali reste le trafic d’influence et que c’est à ce trafic que certains hommes politiques maliens s’adonnent à cœur joie jusqu’à aller dire que le Président ATT respire avec leurs narines. Que le moment venu (présidentielle avril 2012), lui-Boubeye, Alpha et ATT décideront ensemble pour choisir le Président de la République… ». Comme Alpha a été Président, idem pour ATT; qui reste alors ? Très fort en géopolitique et en géostratégie, se plaît-il à soutenir, de surcroît un méga journaliste, il maîtrise l’orientation de la communication et se sert des médias contre ses adversaires et ses détracteurs. Sans oublier qu’il détient tous les secrets du système, y compris ceux relatifs aux mœurs des uns et des autres. Toutes choses qui expliquent sa longévité politique. Il a combattu son mentor ATT et s’est rapproché de lui pour l’anéantir et se retrouve avec le même IBK pour reprendre son élan et son plan machiavélique.

Pour toutes ces raisons, le Président IBK, accusé à tort ou à raison d’avoir été proche de la junte, doit se méfier, car on ne sous-traite pas la sécurité de la République et le FDR n’a pas dit son dernier mot sur l’affaire ATT. Alpha, lui aussi, est aux aguets. Vouloir faire le procès et la purge de l’armée malienne tout en confiant la responsabilité de cette même armée à une personnalité au caractère aussi trempé, peut présager de lendemains très mouvementés. Un juriste, un sociologue ou un historien, sans agenda ni carrière politiques à gérer, serait mieux outillé pour mener à bien les nécessaires réformes structurelles dont l’armée malienne ne peut faire l’économie. Peut-on dores-et-déjà préjuger de la rupture nécessaire entre IBK et son « ami » SBM ? ‘’ That is the question! ‘’

A.B.D

L’Enquêteur du 13 Janvier 2014