Partager

Monsieur le Ministre, la création au Mali d’un département ministériel en charge des Affaires Religieuses et du Culte a été, en son temps, diversement interprétée par les Maliens. Et depuis, chacun s’est fait une raison compte tenu de l’engagement sincère du pays dans un processus de réel changement aux polarités diverses. Il convient, en toute civilité, de vous féliciter pour votre nomination, vous exprimer mon soutien et vous souhaiter bonne chance !

Pour le moment, je présume que votre futur programme de préservation, de promotion et de rayonnement des Affaires religieuses et du Culte de notre pays passera indubitablement par votre capacité à vous assumer par rapport à nos cultes anciens qui sont laissés pour compte. Ceci n’est un secret pour aucun Malien confronté aux vrais questionnements de notre réelle appartenance identitaire…

Chacun sait aujourd’hui que l’étranger a occupé la case de son hôte qui vit dans la clandestinité ! Autant dire que votre département « des Affaires Religieuses et du Culte », en ayant droit de cité, se doit désormais de « corriger les iniquités, les inégalités et les injustices dont souffrent nos cultes anciens et autochtones » en remettant chaque religion et chaque culte du pays dans ses droits légitimes.

En parlant de « légitimité » en la matière, je ne peux m’empêcher de constater l’opposition entre « une légitimité de fait » imposée par les religions et cultes venus d’ailleurs et « une légitimité de droit » que nul ne devrait pouvoir contester aux cultes anciens et traditionnels. Il faut noter qu’avec des années d’occupation du terrain spirituel, de colonisation spirituelle et religieuse, les cultes anciens, faute de pouvoir s’exprimer en toute lé-gi-ti-mi-té, ont fait profil bas et se sont retirés dans les bois sacrés non encore profanés ou brûlés.

Cette tradition, cette croyance ancienne ou religion du terroir avec ses cultes est pourtant bel et bien vivante. N’en déplaise aux intégristes de tout bord ! Mais, pendant que les rares serviteurs de nos cultes patrimoniaux croupissent dans un dénuement matériel sans nom, le pouvoir public n’a d’égard et d’attention que pour les servants de cultes nouveaux et étrangers sur nos terres africaines du Mali. Quelle indépendance culturelle, mentale, spirituelle et religieuse, Monsieur le Ministre !

Que d’humiliations et de souffrances psychologiques et morales infligées à ceux qui sont restés eux-mêmes, depuis la nuit des temps, c’est-à-dire d’autochtones Kakolo, Soninké, Malinké, Bamanan, Peulh, Senoufo, Bobo, Songhoï, Minianka, etc.… Alors, que ne prenez-vous pas, dans l’exercice de vos hautes fonctions, la mesure réelle de ces souffrances, de cette frustration et de toutes les frustrations consécutives à l’impérialisme culturel, religieux, cultuel et spirituel savamment entretenu et conforté par nos gouvernants depuis des dizaines d’années !

C’est aussi cela le fondement du changement véritable. Sinon, quand les uns peuvent à peine organiser leurs sacrifices annuels pour rafraichir les mannes de nos ancêtres communs, les autres, avec la bienveillance, l’assistance, l’ostentation requise et la magnanimité des pouvoirs publics, en imposent à l’administration d’État qui leur assure toutes les commodités, du nécessaire au superflu.

Cependant, Monsieur le Ministre, il me revient que l’équipe à laquelle vous appartenez est celle-là qui doit poser les premières briques angulaires du Mali nouveau réclamé par les Maliens et incarné par Monsieur le Président de la République Ibrahim Boubacar Kéita.

Je subodore que ce Mali nouveau ne saurait voir le jour tant que les premiers responsables continueront à maintenir, à renforcer et à promouvoir des formes éhontées de discrimination larvée ou ouverte. Ce Mali Nouveau-là ne devra, sous aucune pression intérieure ou extérieure, ignorer et bafouer les fondamentaux traditionnels, culturels, religieux, spirituels et existentiels d’une frange de sa population, si petite soit-elle.

Il est grand temps de comprendre que si les Fidèles de notre Tradition authentique doivent continuer à accepter des compromis, ceux-ci ne pourront être que des compromis honorables. Jamais ils ne friseront la compromission. Alors, il est grand temps de mettre un terme définitif aux discriminations larvées et ouvertes dont notre Tradition est la victime désignée, notre Tradition non encore jamais égalée en Grandeur, en Sagesse, en Humanisme. Plus personne, en ce pays, ne devrait prendre des ballons pour des lanternes. Et pour cause !

Pour ma part, je pense qu’il y a là une question de justice et d’équité des pouvoirs publics, que vous incarnez, à l’égard des religions et de tous les cultes de notre pays. Il ne doit plus jamais être permis de jeter l’opprobre, l’anathème et l’ostracisme sur quelque religion, culte ou croyance que ce soit. Quid des prêches incendiaires dans les médias d’Etat !

Il nous faut comprendre et accepter, tout simplement, que les cultes anciens et autochtones, ceux de nos ancêtres, ceux de notre véritable identité de négro-africains, de Kamites et de Maliens aspirent, de plein droit, à l’existence à travers les actes forts que votre département se doit de poser. Ces cultes-là, qu’ils soient dits agraires, pastoraux ou cynégétiques souhaitent exister et rayonner avec le Mali Nouveau de la République démocratique et laïque. Que plus jamais, la chèvre ne morde le chien ! Que plus jamais, les chats ne se mettent à hennir !

C’est en cela, Monsieur le Ministre, que je compte sur votre bonne compréhension pour une franche collaboration entre votre Ministère et notre association « Rassemblement pour la Réhabilitation de la Religion Négro-Africaine – 3RNA – MAAYA ».
En toute équité pour le Mali Nouveau !

Dr Fodé Moussa Sidibé
Donsokalanden
Vice Président de 3RNA- MAAYA

23 Octobre 2013