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Il dérange en France surtout, des gens comme Isabelle Chamla qui oeuvrera de toutes ses énergies pour que le visa lui permettant de se rendre à l’université notre Dame dans l’Indiana lui soit retiré. Il dérange aux USA les animateurs de la Fondation « Show« .

Petit fils du fondateur du Mouvement des frères musulmans en Égypte durant la colonisation anglaise, le professeur Tariq est né le 26 août 1962 à Genève en Suisse. Son grand père qui anima et organisa la vie sociale, culturelle et économique en Egypte durant les années 30 et 40 était un « Non-violent » à l’instar de Ghandi en Inde.

Nous étions en 1947. Les colons britanniques étaient désemparés. La société grondait et grognait. La perte de l’Egypte dans l’immédiat serait une catastrophe synonyme d’une perte en cascade de toutes les autres colonies à travers le monde.

Un complot fut fomenté et monté et… le grand père Tariq fut assassiné ! Des troubles et des tueries en cascade à travers tout le pays ont poussé alors nombre de patriotes égyptiens à émigrer. Sa famille s’installa à Genève parce que après l’arrivée au pouvoir en 1952 du Raïs Gamal Abdel Nasr, les mutations sociales profondes qui s’en suivirent avant et après la nationalisation du Canal de Suez en 1956 furent un levain de crainte et d’insécurité pour beaucoup d’égyptiens et de non égyptiens.

C’est donc dans un tel contexte que, deux petites années après l’accession pléthorique à l’indépendance nominale des pays d’Afrique Occidentale et Centrale, naquit Tariq Ramadan !

Après une maîtrise en lettres, philosophie et littérature française à l’université de Genève, Tariq a accédé au grade de docteur ès lettres en Islamologie-Arabe. Doyen au Collège de Genève de 1988 à 1992, il a approfondi ses études en sciences islamiques au Caire de 1992 à 1993 et enseigne la philosophie et l’islamologie à l’Université de Fribourg en Suisse.

Nommé professeur d’islamologie au Classic Department de l’université Notre Dame dans l’Indiana aux USA et comme Luce Professor au Kroc Institute ; Religion, conflits et Promotion de la Paix, Tariq est engagé depuis des années, dans le débat concernant l’islam en Europe et dans le Monde.

Il participe à divers groupes de travaux internationaux se rapportant à l’islam, au dialogues inter-religieux et plus amplement au développement et aux questions sociales. Actuellement Senior Research Fellow à la Lokahi Fondation, il est professeur invité au St Antony’s Collège de l’Université d’Oxford.

Lors de son séjour à Bamako, la semaine passée, à travers de thèmes multiples, variés et très enrichissants, Ramadan a captivé nos attentions, aiguisé notre envie d’apprendre, suscité en nous un pressant et légitime besoin d’un changement responsable dans l’islam et pour la cause de l’islam ; un goût sincère d’être un résistant utile à la société humaine en général et en particulier à la société humaine de la pauvreté et de la misère profonde.

En islam, la raison nous confirme ce que le coeur nous dicte. A partir des convergences et des divergences inhérentes aux croyances judéo-chrétiennes et l’islam, il apparaît que la source de l’universel ne peut-être qu’humaine à partir de la conjugaison de multiples raisons.

Contrairement aux postulats de certains intellectuels de partis politiques occidentaux qui, pour faire esclaffer la galerie, nous parleront de « valeurs occidentales universelles« , des niaiseries ! De Socrate à Platon en passant par la Bible, le 4è siècle de Constantin, tous les livres divins révélés, les philosophes occidentaux du siècle des lumières jusqu’au physicien Albert Einstein, et Hamid Al Ghazali, Tariq Ramadan nous a édifiés sur des concepts et des postulats tels que : athéisme, agnosticisme, croyance, méthode, responsabilité, droit, devoir, laïcité, immigration, spiritualité, révélation, rationalité, mondialisation et globalisation ; pauvreté et paupérisation.

Tant de mots et de concepts à définir et à redéfinir selon l’espace, l’histoire et le temps ! Cette pauvreté qui fait près de 10 000 morts par jour ; combien sont les maliens qui en sont conscients ? A ces propos, séance tenante dans la rangée, quelqu’un a apporté un témoignage pathétique : « La misère et la pauvreté ; j’en sais grand chose. Vivre avec 1 dollar USA ou sa moitié par jour est l’un des pires chemins de croix sur terre.

Surtout lorsqu’il nous est interdit ou impossible de tendre la main ! Malgré votre niveau intellectuel et vos valeurs intrinsèques, vos employeurs se refusent à vous donner le minimum vital. Ponctionnant sans cesse le peu promis ou retardant jusqu’au trimestre, le retard de la paie.

Des esclavagistes quoi ! Les contritions et douleurs corporelles, les faiblesses physiques, les vertiges, la vision brumeuse, le regard livide et terne, de la constipation chronique provoquant des selles en forme de crottins de brebis, les lèvres asséchées. Chaque jour qui vient, vous fait croire au dernier jour terrestre.

Voici une toute petite description de la misère quotidienne de nombre de « travailleurs« , paludéens en permanences dans notre pays ; jamais inscrits à la sécurité sociale » ! C’est cette pauvreté sans cesse croissante à travers le monde que le frère Ramadan fustige dans toutes ses tournées et au cours de toutes ses conférences.

Ce qui explique cette animosité de certains intellectuels européens et même souvent, africains à son encontre. Sinon comment peut-on expliquer cet acharnement à dénigrer, à vouloir dénigrer quelqu’un qui ne parle que d’Allah et qui soutient et défend : « Si les Pétro-monarchies avaient soutenu les pays africains lors du premier choc pétrolier de 1973 au lieu de déposer leurs pétrodollars dans les banques occidentales ; les P.A.S ne seraient jamais« .

Bien sûr, ne rejetons pas tous nos maux sur les autres. Il y a, du sommet à la base dans nos sociétés, de la fuite en avant :

1°) la trahison des hommes et des femmes de l’élite politique qui refusent les relations Sud-Sud, augmentant leur dépendance en allant en ordre dispersé et en rangs divisés se fondre dans les bras de l’occident.

2°) la réalité de la corruption à tous les échelons des strates sociales. Il faut y mettre un terme pour que s’enclenche un développement réel du continent.

3°) l’élite intellectuelle sans vision d’ensemble des réalités du continent qui importe les discours du Nord sans analyse responsable.

Par ailleurs, si une autre vision de la Mondialisation est nécessaire, les alter-Mondialistes sont-ils tous sincères tous innocents ? L’autre monde vers lequel on se dirige est-il meilleur à celui auquel on a tourné le dos ?

En réalité, nous savons tous que des mots sont utilisés quand des faits sont inexistants ! Pour notre frère Tariq Ramadan : « une société qui ignore superbement une partie de sa population (la déscolarisation des filles), est une société qui travaille contre elle-même« . « Le pire qui puisse arriver à l’Afrique ; c’est de sombrer dans la paresse intellectuelle en plus de sombrer dans la crise économique« . « La consommation (alimentaire et vestimentaire) est étonnante en Afrique car, les gens s’illusionnent par et pour ce qui illusionne l’occident« . « Il y a des idéologues de la haine et du mensonge« . « Il faut tout faire pour capitaliser l’énergie de la jeunesse africaine » !

Voici, l’homme, l’intellectuel, le critique, le résistant, le jeune Professeur d’Université Tariq Ramadan que nous avons pu observer, écouter, approcher, scruter enfin adorer et aimer du samedi 19 août 2006 à « l’amphi 2000 » pleine à craquer de plus de 1500 places sur la colline du savoir de l’Université du Mali ; jusqu’au Centre Muntada de l’ACI 2000 Hamdalaye le mardi 22 août durant la conférence de presse clôturant ses échanges dans Bamako, la capitale. Franc, sincère, courtois, disponible est Tariq.

Enfin, nous oublions de vous dire qu’un officier malien a donné le nom du frère Tariq Ramadan à son nouveau né, le dimanche 20 août à Kati et qu’un poème acrostiche intitulé : « Colombe de l’islam » lui est dédié par un poète malien pour célébrer son anniversaire du 26 août.

Tariq Ramadan l’égyptien, le malien, l’africain, le suisse, l’européen, l’Universel ; ne mérite-t-il pas mieux ?

Teddy de Sotbar

28 août 2006.