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Avant son ascension à la tête du Parti communiste en fin 2012 et de ce fait à la magistrature suprême de la Chine, l’actuel vice-président de l’Empire du Milieu était en visite aux États-Unis en début de semaine. Une occasion pour Xi Jinping de prendre la température de la scène internationale et de mesurer les attentes de l’un des sérieux concurrents de son pays que sont les États-Unis.

Quand les relations ne sont pas au beau fixe entre deux grandes puissances, l’humanité peut le ressentir. La crise économique mondiale est une preuve éloquente de cet état de fait. Pendant que les économies nationales peinent à se relever, les géants du monde sont rarement parvenus à s’entendre autour d’un plan de sauvetage, le protectionnisme et l’ego ayant pris le dessus sur les véritables enjeux.

Les États-Unis et la Chine sont deux grandes nations aux intérêts croisés, qui se livrent le plus souvent des batailles de leadership sur la scène internationale. En témoignent les guerres indirectes au Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (ONU). La visite en début de semaine du vice-président chinois et futur n°1 de son pays, Xi Jinping, ne pouvait donc pas rester inaperçue.

Les analystes et les observateurs politiques avaient commencé à analyser les contours de cette arrivée impromptue d’un dirigeant chinois de premier rang aux États-Unis. A l’issue d’un entretien plus long que prévu à la Maison Blanche avec le président Barack Obama, le très probable successeur de Hu Jintao s’est fait une idée claire de ce que les États-Unis attendent de leur coopération avec l’Empire du Milieu.

Xi Jinping a surtout noté que l’objet de sa visite était de construire avec les Etats-Unis « un partenariat fécond basé sur le respect et les intérêts mutuels« . Un discours dont s’est beaucoup félicité Barack Obama. Comme les deux puissances jouent un rôle prépondérant dans la marche de l’économie mondiale, à travers non seulement les échanges commerciaux entre elles mais aussi avec d’autres nations, l’économie a été l’un des sujets phares des discussions entre Obama et Jinping.

« Nous voulons travailler avec la Chine pour nous assurer que chacun se conforme aux mêmes principes régissant le système économique mondial« , a déclaré Obama. Une allusion de taille qui a certainement été comprise par les leaders chinois, jusque-là accusés de protectionnisme et de violation des conventions internationales dans le domaine du commerce.

Sous la pression d’un taux de chômage croissant en une année électorale, l’administration Obama a déjà pris des mesures visant à faire face au rôle de la Chine dans le commerce mondial.

Dénonciations

Obama a même promis le mois dernier dans son discours sur l’Etat de la nation au Congrès qu’il créerait une structure dont l’objectif sera de suivre de près certaines nations dans leurs décisions concernant l’économie, notamment la dévaluation du « renminbi, la monnaie locale chinoise. Les autorités chinoises sont conscientes des préoccupations américaines, mais doivent intelligemment gérer, selon des économistes, la situation de milliers de Chinois, qui voient petit à petit le bout du tunnel avec une croissance économique lente mais certaine dans ce pays.

L’économie est certes importante, mais les oppositions constantes entre les deux géants au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas de nature à donner plus de poids et de valeur aux décisions internationales. Ancien président de la commission chargée des relations internationales au Sénat américain, le vice-président des États-Unis, Joe Biden, ne s’est pas empêché de relever ces désaccords en prenant l’exemple sur un cas actuellement houleux. « Dans les débats récents sur la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine et la Russie ont opposé leur veto à une résolution concernant les violences perpétrées par le régime Assad« , a regretté M. Biden.

Qui parle de la Chine se souvient forcément des violations flagrantes des droits de l’Homme dans l’Empire du Milieu. Le président Obama en a évoqué longuement avec le vice-président chinois. Pour Obama, rappeler la Chine « à l’ordre« est d’autant plus nécessaire que ce pays doit « faire face à ses responsabilités au regard de sa croissance économique ces deux dernières décennies et la puissance qu’elle représente dans le concert des nations« .

Si Obama s’est adressé à son hôte sur un ton diplomatique, les manifestants réclamant l’indépendance du Tibet semblent avoir beaucoup embarrassé le futur président de l’Etat communiste. Réclamant la « libération du Tibet« , les protestants ont brandi mardi à Washington des drapeaux, des signes et ont utilisé des appareils de sonorisation pour se faire entendre. L’on sait que ces dernières semaines, Beijing s’est efforcé de contenir la colère de certains Tibétains dans la province occidentale de Sichuan.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

17 Février 2012