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La campagne cotonnière 2012-2013 a été lancée sous de bons auspices avec le souci de replacer le Mali en tête de peloton des pays producteurs de coton. Mais cette option repose sur des schémas qu’il faut appliquer et respecter. A mi-parcours de la campagne, la filière redoute une nouvelle difficulté et pas du moindre : celle de l’engrais subventionné.

Le Mali est l’un des premiers producteurs de coton de l’Afrique au sud du Sahara qui a pu surmonter la crise précédente. Le secteur est vital pour l’économie. Entre 3 à 3,5 millions de personnes vivent du coton dans le pays. Avec une production de 406 000 tonnes pendant la saison 2011-2012, la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) devrait être à l’équilibre sur l’exercice 2012-2013, après plusieurs années de déficit et une véritable cure d’austérité, qui a fait passer les effectifs de 2000 personnes à moins de 1100 aujourd’hui.

Les réformes entreprises par la CMDT sont de nature à renforcer durablement la filière malienne, l’utilisation de graines « classiques » n’a pas empêché le pays de regagner sa place de premier cotonnier subsaharien, avec des rendements compris entre 800 et 900 kg à l’hectare.

La privatisation de la CMDT est toujours d’actualité. Déjà quatre filiales ont été créées en fonction d’un découpage géographique. Au final, l’Etat gardera 17 % dans chacune d’elles, aux côtés des producteurs et des salariés (22 %). Les 61 % restants seront partagés entre plusieurs prétendants. Autant de réformes qui encouragent la relance du coton.

Fronde

A ce jour, la situation pluviométrique laisse présager une bonne campagne. Tel est le souhait des acteurs. Dans le constat des choses à mi-parcours de la campagne il se pose dans la région CMDT de Sikasso le problème d’engrais subventionné par l’Etat, à une période cruciale de la montée de la plante. Les coopératives et associations ont pu avoir les premiers lots d’engrais subventionnés au prix de 12 500 F CFA le sac de 50 kg pour les cultures du coton, et certaines céréales.

La rupture a été causée par certains commerçants très malins soi-disant paysans qui se sont procurés illicitement de l’engrais subventionnés qu’ils revendent sur le marché à hauteur de 19 500 F à 20 000 F CFA le sac de 50 kg, ce qui altère le calcul des cotonculteurs qui cultivent le maïs, le mil et le sorgho à côté du coton. Comment ce jeu d’opportunité est-il arrivé ?

Les producteurs en colère accusent les autorités de la CMDT et du département de l’Agriculture de « les rouler dans de la farine » puisque toute la demande n’est pas satisfaite et cela pourrait avoir des répercutions sur la production. La fronde des cotonculteurs s’amplifie face à cette pratique et à la cherté du prix de l’engrais sur le marché et aucune solution à l’heure actuelle n’est envisageable.

Après des années d’abandon, le retour des paysans à la culture cotonnière reste donc un défi majeur.

B. Y. Cissé

(correspondant régional)

Les Echos du 26 Juillet 2012