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Plus d’une trentaine d’arrestations, un important dégât matériel, des maisons saccagées, de nombreux blessés, c’est le triste bilan d’une journée d’échauffourée qui a eu lieu, hier 2 avril 2009, entre les forces de sécurité et des jeunes des quartiers de Niaréla, sans fil, N’Golonina, Bozola. Ces derniers protestaient contre la démolition du marché dit «Bomboli Sougouni» de Niaréla inscrit dans le cadre d’un projet de réhabilitation de la Commune II du District de Bamako.

Les populations des quartiers de Niaréla, Sans fil, N’Golonina, Bozola ont passé une journée chaude hier. Et pour cause, la réhabilitation du marché dénommé «Bomboli Sougouni» a provoqué un vif émoi chez les occupants du marché qui ont opposé une résistance énergique à leur évacuation. Le mardi dernier, un bulldozer, réquisitionné par la mairie de la Commune II du District de Bamako, a procédé à la démolition du vieux marché dit «Bomboli sougouni» de Niaréla.

Cette opération qui entre dans le cadre de la réhabilitation dudit marché restera longtemps gravé dans la mémoire des habitants et des autorités de la commune. Très tôt le matin des jeunes ont pris d’asseau ce marché. Par des jeux de pierres et de barricades sur le goudron passant près du marché, ils ont été poursuivis par les forces de l’ordre. Jusqu’à 18 heures, la tension était montée.

La scène était horrible. Les forces de l’ordre ont poursuivi les manifestants jusque dans les concessions en tabassant les gens sans distinction aucune, même l’âge n’a pas exempté certaines personnes âgées de la bastonnade. Les échauffourées ont provoqué nombreux blessés de la part de la population ainsi que des forces de l’ordre.

Plusieurs familles ont été saccagées et les arrestations, selon des sources civiles, s’élèvent à plus de 30 personnes dont le président du comité de gestion du marché, Mamadou Doucouré.

D’importants dégâts matériels ont été enregistrés.
L’indignation était grande dans une chaîne de solidarité au niveau de la population, des délégations ont été formées pour rencontrer les autorités à différent niveau.

De leur côté, les autorités communales soutiennent ne rien comprendre à l’attitude de la population. Aux environs de 12 heures, des conseillers de la commune, particulièrement du secteur en question, ont provoqué une réunion d’urgence avec le maire pour une issue immédiate estimant que la période (électorale) était inopportune pour un bras de fer avec la population.

De sources proches de la mairie de la Commune II, l’ancien maire du District Moussa Badoulaye Traoré a requis le principe de financement d’un marché dans le district de Bamako de la part des «partenaires français» d’une valeur de plus de 200 millions de F Cfa. A l’époque, il avait fait l’offre à la Commune II qui a choisi le marché pour la réalisation du dit projet.

Il y a deux ans, selon notre source, le conseil communal a adopté le principe d’exécution de ce projet. Les démarches ont été entreprises et une commission de réhabilition qui regroupe toutes les parties concernées, y compris le comité de gestion du marché, a été mis en place. La mairie soutient que la commission a travaillé d’arrache pied avec les l’ensemble des acteurs notamment le comité de gestion du marché pour l’élaboration des dossiers technique du projet.

Le projet a pris du retard et les partenaires financiers auraient menacé de résilier leur engagement de financement. C’est à ce moment que le gouvernorat du District et le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales ont été appelés à la rescousse pour une médiation entraînant un sursis de la décision de résiliation du financement. Le marché d’appel d’offre de réhabilitation aurait été attribué il y a deux mois.

Une incompréhension stérile ?

Selon le président de la commission d’assainissement de la mairie, Dandy Sow dit Baco, le Comité de gestion du marché et le syndicat national des commerçants détaillants du Mali (Synacodem) ont été associés à l’élaboration et à l’attribution de tous les dossiers concernant ce problème. «Nous voulons la modernisation de ce marché et nous demandons à la population de nous comprendre» a souligné Dandy Sow.

Selon lui, tous les occupants du marché ont été recensés et devront, au terme de l’exécution des travaux, avoir prioritairement leur place. «Tous ceux qui sont déjà au marché seront prioritaire pendant la réinstallation» a-t-il assuré. Les autorités communales ont construit d’autres hangars à 20 mètres du dit marché pour servir de place provisoire aux occupants où près de 3 millions auraient été investis.

L’exécution des travaux doit durer 90 jours et les entreprises se sentent sous la pression des banques auprès desquelles elles ont emprunté l’argent.
Les populations ont, à tort ou à raison, des motifs d’inquiétudes sur l’issue de ce projet. Selon certains, la question de réhabilitation du marché n’est qu’un argument voilé.

Ils soutiennent que le terrain a été cédé à l’opérateur pétrolier «San Zou». Ils indiquent par ailleurs qu’ils n’ont jamais vu le plan théorique de réhabilitation. Les autorités communales rejettent ces raisons arguant que le projet a été minutieusement préparé en collaboration avec le comité de gestion du marché. En effet, cet opérateur économique avait un titre de propriété foncier sur la partie.

Ce titre qui a été attribué à l’insu des occupants du marché a été au centre d’une polémique entre l’opérateur et la population soutenu par la mairie. Mais le gouvernement lui aurait proposé un autre lot en échange. Aussi, selon des témoignages, la place provisoire accordée par la mairie appartiendrait à un autre opérateur économique qui a fait savoir son opposition à leur installation. Ce que la mairie réfute catégoriquement.


Seydou Coulibaly

Nouhoum Dicko

03 Avril 2009