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Financé à coups de milliards de Fcfa par la Fondation Claus (une fondation qui porte le nom du Prince Claus, un Hollandais qui a beaucoup aimé la musique, la danse et la comédie africaine), l’Opéra du Sahel est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Ses administrateurs de premier plan Papa Sène, Coordinateur ; Sirafili Sissoko, Conseiller financier et Alima Bah, secrétaire ont été déférés à la Maison centrale d’arrêt de Bamako le 19 juin, soupçonnés de malversations financières. Après enquêtes, l’affaire a tout l’air d’un règlement de compte politique orchestré par l’actuel ministre de la Culture, Mohamed El Moctar.

En effet, le jeudi dernier (19 juin 2008), aux environs de 16 heures, une information a circulé dans le milieu de la culture au Mali.

« Pape Sène, Sirafili Sissoko, comptable et Alima Bah, secrétaire, tous employés dans l’organisation de l’opéra du Sahel viennent d’être déférés à la maison d’arrêt de Bamako. Sur plainte de la famille royale des Pays-Bas. Le pôle économique con-vaincu qu’ils sont coupables de malversations financières a décidé de les placer sous mandat de dépôt ». C’est en substance ce qui se disait de bouche à oreille.

Après vérification, nous sommes en mesure de dire que les trois administrateurs de l’Opéra du Sahel ont effectivement été déférés à Bollé et à la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako. Si Alima Bah, la secrétaire et Sirafili Sissoko, le conseiller financier l’ont été après une garde à vue de 48 heures au Pôle Econo-mique de Bamako, Pape Sène, le Coordinateur de l’Opéra du Sahel et qui serait le principal accusé y a passé 8 jours avant d’être déféré.

Dès le même jour, des journalistes ont été mis à contribution pour faire croire à l’opinion nationale et internationale que “les poursuites ont été déclenchées suite à une plainte de la famille royale des Pays-Bas qui a dénoncé des malversations dans la gestion de Pape Sène”.

Révélations sur une mascarade judiciaire

De sources judiciaires, la réalité est que la plainte a été initiée par le Ministère de la culture, sous la houlette du Ministre Moha-med El Moctar. C’est ce dernier qui a en effet déclenché l’action publique contre Pape Sène et ses deux collaborateurs.

D’ailleurs, joint au téléphone par nos soins depuis la capitale Hollandaise, Amsterdam, un responsable de la Fondation Claus a regretté que le nom de leur prestigieuse Fonda-tion soit associé à cette affaire.

« Nous n’avions porté plainte contre personne au Mali et nous sommes très surpris de ce qui vient de se passer à Bamako », a déclaré le responsable Hollandais que nous avons eu au téléphone.
Pour des personnes très proches du dossier dont certains travaillent au Département de la culture du Mali, « Pape Sène et ses collaborateurs sont victimes d’une cabale de l’Etat malien à travers le Ministère de la culture ».

Selon une source digne de foi, il y a de cela quelques mois, dès le départ du Ministre Cheick Oumar Sissoko à la tête du département de la culture, la première démarche de son successeur Mohamed El Moctar a été de vouloir faire partir Pape Sène du bureau de l’Opéra du Sahel, « pour la simple raison qu’il ne serait pas malien ». Le ministre Mohamed El Moctar lui préfère un jeune cadre malien qui serait du MPR, le parti dont il porte lui-même les couleurs.

Des sources très proches du dossier sont aujour-d’hui convaincues que le ministre, ayant échoué dans cette tentative, n’a eu d’autre solution que de mettre le service du contrôle général d’Etat aux trousses du bureau de l’Opéra du Sahel à Bamako.

Le rapport fourni par ce service a d’ailleurs surpris plus d’un.
Les Hollandais ont été les premiers à être surpris. Ils avaient en effet mis en place un dispositif qui leur permettait de suivre pas à pas les dépenses effectuées dans le cadre de l’organisation de l’Opé-ra du Sahel, à travers un émissaire qui venait à Bamako pratiquement tous les mois pour des missions d’inspection.

Donc ayant soupçonné le traquenard qui allait se fermer sur les administrateurs du bureau de l’Opéra du Sahel à Bamako, ils ont sollicité et obtenu du ministère de la culture de faire intervenir un cabinet international d’audit.

Et c’est dans l’attente des résultats de ce cabinet que le ministère de la culture est passé à la vitesse supérieure en actionnant la Justice malienne à travers le Pôle Economique de Bamako.

Résultat : Pape Sène et ses proches collaborateurs sont jetés en prison.

Cette affaire, qui ne fait que commencer, risque de faire beaucoup de vagues. Les accusés jetés en prison ont constitué un pool d’Avocats pour se blanchir. Ce sont Me Seydou Maïga Bâtonnier de l’ordre des Avocats du Mali ; Me Yattassaye, Me Kelly, Me Mauricette, entre autres.

Nos sources nous révèlent qu’au début de leur arrestation, on leur reprochait le détournement de la somme de 110 millions de FCFA. Mais, aujourd’hui, cette somme est considérablement revue à la baisse pour ne retenir que la somme de 41 millions de FCFA, somme qui a, du reste, été payée à des artistes avec preuves à l’appui, nous précise-t-on.

Selon toujours les mêmes sources, le flou plane aussi sur la gestion de 32 millions de FCFA qui seraient aujourd’hui logés dans des comptes au niveau du ministère de la culture. Une ponction de 16 à 17 millions de FCFA aurait été faite sur ce compte sans justificatif convaincant.

C’est pour tout cela que depuis l’arrestation de Pape Sène et de ses collaborateurs, des voix se sont élevées pour dénoncer un grand complot ourdi au sommet de l’Etat qui viserait à salir le passage du ministre Cheick Oumar Sissoko à la tête du Ministère de la culture.

Affaire à suivre

Birama Fall

23 Juin 2008