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Les paysans maliens et burkinabés qui cultivent le coton bio n’ont plus de soucis à se faire quant à l’écoulement de leur production. Dix ans après le démarrage du programme, la culture du coton bio est en passe de tenir toutes ses promesses. La région Bretagne en France et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) viennent de signer un accord qui prévoit l’exportation jusqu’en 2010 de 3000 tonnes de coton bio-équitable depuis le Mali et le Burkina Faso.

A l’origine de cet accord un double constat : quatre entreprises bretonnes de vêtements éprouvaient de grosses difficultés à s’approvisionner en coton biologique et équitable, alors qu’elles étaient disposées à payer un surcoût pour ce double label.

Parallèlement, de nombreux producteurs de coton africains étaient étranglés par la chute des cours et la hausse des prix des engrais et des pesticides. Pour qu’ils puissent continuer à vivre de leur travail, le passage au coton biologique est apparu comme une solution.

L’ONG suisse Helvetas, spécialisée dans la bio-agriculture, a alors mis les différents partenaires en relation afin de sécuriser la filière entre cotonculteurs africains et industriels bretons. La région Bretagne va financer pendant trois ans la reconversion à l’agriculture bio de 5000 producteurs maliens et burkinabés. Elle va investir pour cela 525 000 euros (plus de 342 millions F CFA), l’Uémoa va apporter de son côté 218 000 euros (142 millions F CFA).

Sont concernés par le projet dix villages de la région de Fada N’Gourma (Burkina Faso) et vingt villages de la zone de la Haute vallée du Niger, au Mali. La culture et l’égrenage de « l’or blanc » se feront en Afrique, le filage à Fès (au Maroc) et à Laval (France). La fabrication des vêtements sera assurée par les quatre entreprises textiles bretonnes à l’origine de l’histoire. « Les pratiques seront celles du commerce équitable, tant du point de vue des conditions de travail que des revenus », insiste le Conseil régional de Bretagne.

L’histoire a donné raison à l’initiateur du coton bio. On se rappelle, la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) avait regardé d’un mauvais œil l’introduction du coton bio au Mali invoquant le risque de la multiplication des insectes sur les champs de coton traditionnel jouxtant les parcelles en bio.

« Nous étions sceptiques au départ. Nous voulions savoir si c’est rentable. Maintenant, on sait que le coton biologique a sa place au Mali » , reconnaît un responsable de la CMDT. Aujourd’hui, les deux structures veulent faire la culture du coton biologique un moyen de lutte contre la pauvreté. Ainsi, un programme triennal 2006-2008 portant sur l’accroissement de la production à travers une augmentation du rendement et l’autonomisation de la filière est en train d’être exécuté.

Le Mobiom, qui regroupe 29 coopératives de producteurs des secteurs CMDT de Yanfolila, Kolondièba et Bougouni, entend par conséquent, faire de la production du coton bio et équitable son cheval de bataille. Plusieurs raisons militent en faveur de cette option.

Primo, le coton bio a un avantage comparatif sur le marché international contrairement au coton conventionnel. Secundo, le marché du coton biologique est porteur du fait de la faiblesse de l’offre par rapport à la demande croissante des firmes. Et tertio, le coton biologique est rémunérateur car il dispose d’un prix minimum garanti qui est de 272 F CFA le kg pour les producteurs.

Au Mali, plus de 4000 producteurs, dont 1583 femmes pour 2595 hectares se sont engagés dans la culture du coton bio. La production prévisionnelle pour la campagne 2008 est de 1200 tonnes. Les producteurs s’en tirent avec 306 F CFA par kilo contre 160 F CFA pour le coton conventionnel.


Sans engrais chimique

La différence entre le coton biologique et les autres labels de coton tient au système de production. L’agriculture biologique est un système qui valorise les ressources naturelles. Elle n’autorise pas l’utilisation d’intrants chimiques de synthèse comme les engrais et les pesticides chimiques. En agriculture biologique, la fertilité du sol est assurée par la rotation culturale, l’utilisation de plantes légumineuses et l’apport d’engrais organiques, tels le fumier et le compost. L’utilisation des semences génétiquement modifiées est formellement interdite dans la culture biologique.


Amadou Sidibé

31 Octobre 2008