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La loi n°41 du 22 février 1994 fixe les principes fondamentaux de la privatisation des entreprises étatiques. Afin de bien se servir de la chose publique l’ordonnance n°00-67 du 29 février 2000 qui a crée la direction générale de l’administration des biens de l’Etat (DGAB) et le décret n°26 du 02 janvier 2001 fixant les modalités de liquidation des EPIC et sociétés d’Etat ont permis aux princes «démocratiques sincères et convaincus» de faire haro sur les biens de notre pays.

En effet, depuis la dévaluation du franc CFA en Janvier 1994, le Mali fut arrosé par une pluie diluvienne de dollars : prêts d’ajustement structurel, IDA, banque mondiale, Société financière internationale (S.F.I), Fonds monétaire international (FMI), subventions bilatérales et multilatérales et autres filets sociaux. Une générosité et une sollicitude qu’aucun gouvernement malien de 1957 à 2007 n’a connu.

C’est l’adoption des textes juridiques, législatifs et réglementaires cités ci-dessus et leur application qui ont permis d’attirer les capitaux étrangers et qui sont les bases sur lesquelles les «démocrates sincères» ont bâti leur fortune à partir d’une technique basée sur la concession et l’affermage de nos entreprises publiques.

Pire, les offres et leurs conditions étaient faites n’importe comment. La possibilité est donnée à une autorité d’attribuer un marché sur la base de gré à gré alors que cette société n’est pas précisée. Mais il y a plus grave, le compte ad hoc que la loi n°041 du 22 février 1994 outre qu’elle ne s’applique pas à la délégation globale de gestion, la technique utilisée est la concession et l’affermage que les autorités ont inventé sans texte imposé comme préalable aux privatisations n’a jamais existé.

Le décret de l’application de la même loi n’a jamais vu le jour. Il s’est sur le bon vouloir des démocrates rentiers, prébendiers d’Etat. Aujourd’hui, ce sont ces démocrates milliardaires qui ont transformé notre pays en Mali- SA, cédé à vil prix ou sous sous-traitance à des hommes d’affaires étrangers toutes les entreprises étatiques.

Amadou Toumani Touré parachève l’œuvre de privatisation des biens publics. Il n’y a plus de société d’Etat. La privatisation de la CMDT est infaillible puisque toutes les structures affiliées sont déjà privatisées : HUICOMA, SMPC.

Résultat ? C’est l’amplification de la corruption. Les deniers publics et les autres nombreuses aides de développement sont détournés. ATT a gardé les mêmes pratiques que Alpha Oumar Konaré en y ajoutant l’impunité.

Ce qui a fait dire à Dioncounda Traoré : «Si nous n’avions pas soutenu ATT d’autres l’auraient fait à notre place. En plus, nous aurions eu l’administration, la justice et la sécurité d’Etat sur notre dos». Mais aujourd’hui, la délinquance financière risque de ternir l’image du Mali auprès des partenaires.

Combien de milliards de nos francs la Libye a débloqué pour la construction de la cité ministérielle ? Selon nos sources, 25 milliards de FCFA. Fatigués de débourser, les Libyens ont repris les travaux à la cité sous leur propre contrôle.

Brin Coulibaly


Budget de l’Etat


Qui détourne les fonds ?


Pour une fois encore, l’Office de Radio et Télévision du Mali (ORTM) a eu une fois raison de s’en tenir à un reportage sur la conférence de presse à l’occasion du 8 juin animée par Amadou Toumani Touré. Que de boutades lancées à l’endroit du peuple. A ma connaissance, notre pays n’avait jamais eu un président de la République suffisamment, informé des pratiques inadmissibles qui se passent actuellement.

ATT, comme l’appelle ses intimes, est un orateur qui dit tout lorsqu’il parle devant une assistance. Aucun sujet n’est tabou ; aucun secret soit-il étatique n’est épargné. L’homme, dit-on quand il parle, est sans retenue.

C’est ainsi que le président indépendant, démocratiquement élu, pour son second et dernier mandat, a déclaré ouvertement en parlant de l’aide publique au développement et de dettes chaque fois qu’il met 30 milliards de francs FCA au trésor, ils prennent tout et il y a un déficit de 30 milliards de dettes à la fin de l’année.

Pire ATT ajoute : aucune direction administrative et financière (DAF) n’a reversé son budget restant. Elles font tout pour utiliser tout l’argent sur le papier. Drôle de président suffisamment imprégné des problèmes de déséquilibres budgétaires et de détournements de fonds de l’Etat. C’est la première fois qu’un chef d’Etat malien formule publiquement des griefs contre les financiers. C’est de bonne guerre.

Cette accusation, preuve à l’appui, pose la responsabilité des ministres qui changent de directeur administratif financier une fois nommé. Ces mêmes ministres changent les équipements mobiliers des bureaux, achètent des véhicules, cassent et construisent des bureaux, équipent leurs domiciles. Toutes ces manigances sont bien pensées et exécutées par le DAF qui a la lourde mission de spéculer sur les chapitres financiers.

Le DAF de la présidence de la République a-t-il reversé le restant de son budget de 10 milliards ? Amadou a-t-il renoncé à ses multiples voyages officiels pour manque d’argent ? Peut-il nous faire le bilan des fonds remis aux rebelles touaregs ?

Le président de la République sait aussi que sans l’aval des ministres, des présidents des institutions, des PDG, des directeurs nationaux que le directeur administratif et financier, le chef comptable, le receveur, le caissier, le régisseur ne peuvent seuls utiliser les sous qui sont à leur disposition.

La preuve ? Lorsque l’ancienne ministre de la santé Mme Maïga Zeinab Mint Youba a été épinglée dans le rapport du Vérificateur général 2004 – 2006 pour un détournement de 2 milliards de FCFA, son Directeur Administratif et Financier a animé un point de presse pour se défendre. La suite on la connaît. Le ministre a été limogé. Quand au DAF, il a gardé son fauteuil.

Si le gouvernement ne se ressaisit pas vigoureusement pour modifier radicalement le cap, s’il n’a pas le courage de parler enfin le langage de la vérité à ses ministres qui gaspillent l’argent de l’Etat, le Mali dérivera vers un scénario du 26 Mars 91 dans lequel l’affaiblissement de l’économie se traduira par une meilleure condition de vie pour les ministres.

La situation des finances publiques du Mali est caractérisée par une stabilisation du déficit budgétaire. C’est sous ATT que notre pays accuse de grosses pertes d’argent : 102 milliards de FCFA, CASCA 300 milliards, la faillite des entreprises et sociétés restantes.

Que de boutades et d’humiliations pour le régime. Le Mali-SA, transformé en un marché public a été cédé à vils prix à des hommes d’affaires étrangers.

Corruption

Une administration budgétivore


«On ne développe pas un pays en doublant l’effectif des services administratifs ou en distribuant des sinécures à des amis, mais en mobilisant les bras et les énergies du service d’un idéal fondé sur le bien commun».

La principale industrie des pays pauvres très endettés est actuellement leur administration. Celle-ci est improductive, ce ne sont là que les frais généraux des pays.

Il faudrait les réduire, mais sont au contraire gonflés, au point que les seules dépenses du personnel absorbent 60% des recettes budgétaires. L’administration, telle qu’elle est conçue va mener à la ruine.

Chaque travailleur travaille pour soi-même, sa famille, son parti, son clan et ses amis. L’avenir du Mali ne préoccupe personne. L’administration publique est devenue un centre des affaires.

Le projet de loi 2004 se chiffrait à 699,302 milliards de FCFA en recettes et à 787,198 milliards de FCFA en dépenses.

Cependant la présidence de la République s’est taillée la part du lion avec un budget de 8.076.694.400 FCFA. Reparti comme suit :

achat de mobilier et autres équipements du palais, des résidences d’Etat, des villas des hôtes ;

achat de mobilier et équipements de bureaux ;

prise en charge des besoins nouveaux des services ;

prise en charge des dépenses de communication ;

prise en charge des dépenses de la sécurité d’Etat.

Plus de huit milliards de nos fracs repartis entre cinq chapitres de dépenses pour le 174e pays pauvre classé par le PNUD. Cela relève du gaspillage financier. Les autorités font le mendiant auprès des bailleurs pour ensuite détourner ses fonds. La direction administrative et financière de la présidence de la République n’a jamais été contrôlée par l’Inspection des finances. Le Vérificateur devait commencer à éclaircir la gestion du palais au lieu d’aller dans d’autres structures.

Dépenser chaque année plus de 8 milliards sans justifier les dépenses, il faut être un démocrate pour le faire.

Ses plans d’ajustement structurel permettent à certains pays de vivre sous respiration artificielle.

Le scénario est toujours le même. Quand les finances publiques d’un pays se transforment en toboggan, il arrive un moment où le chef comprend que la caisse est réellement vide, et que plus personne ne veut lui prêter. Seul recours : le F.M.I. qui accepte d’étudier la possibilité de mettre au point, avec l’appui de la Banque mondiale, un programme d’ «ajustement structurel», série de mesures d’ «assainissement» budgétaire et monétaire destinée à légitimer l’octroi de nouvelles facilités financières.

Echantillon de mesures exigibles : modification de prix à la production (condition imposée à Houphouët), fermeture ou vente d’entreprises publiques, baisse des salaires des fonctionnaires, libéralisation des importations, relèvement des taux d’intérêts, encadrement du crédit, dévaluation…

Le chef de l’Etat finit toujours, tôt ou tard, par céder, parce que le tampon du FMI (assorti d’un prêt de stabilisation) sert de signal pour tous les bailleurs de fonds : Banque mondiale, pays riches, banque… La France elle-même si jalouse de son autonomie, tend à y subordonner une part croissante de son aide.

Bientôt, dans le cadre de la nouvelle convention de Lomé, la CEE fera de même.

L’action du FMI n’est pas inutile. Ses coups de force sont aussi des coups d’avertisseur sonores qui alertent les consciences endormies sur des points sensibles. En outre, le flot d’argent frais qui suit la signature d’un accord d’ajustement structurel permet de remettre le pays en selle, au moins pour quelques temps. La question est de savoir si les critiques inévitablement suscitée par cet intervention alisme massif son ou non justifiées.

La Banque mondiale a fait récemment valoir que les pays ou un plan d’ajustement structurel avait été imposé se sont, en moyenne, mieux comportés que les autres. Ce point de vue est fortement contesté par la commission économique de l’ONU pour l’Afrique et par la CNUCED (Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement).

L’argumentaire de la Banque mondiale, il faut l’admettre, n’emporte pas la conviction. On peut malgré tout plaider qu’il est un peu tôt pour faire une opinion. Certes, une bonne partie des pays qui sont passés sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale sont dans un état de délabrement effroyable. Mais certains vont plutôt mieux, ou plutôt moins mal.

Les critiques apportées aux méthodes du FMI ne sont elles- mêmes pas toujours convaincantes. Il lui est ainsi reproché de faire essentiellement de l’aide à la balance des paiements, de l’aide conjoncturelle et non de l’aide structurelle.

Ce n’est pas tout à fait exact, comme en témoignent les mesures prises contre l’inflation du secteur public. Surtout, on peut rétorquer que le FMI s’attaque bel et bien aux structures mentales. Les vérités exprimées à l’oral et à l’écrit lors de chaque plan d’ajustement sont dures et bonnes à entendre. La baisse forcée du cacao en Côte d’Ivoire ne peut manquer de faire réfléchir.


Deuxième reproche :
le FMI est composé de «libéraux à tout crin», qui misent sur les lois du marché pour permettre à l’Afrique de trouver les conditions d’un décollage.

Alors que l’homme africain aurait, au contraire, besoin de mesures de protection renforcées. Ainsi le FMI voudrait en finir avec la zone franc, considérer par d’autres comme un bon gilet de sauvetage. Vieux débat, vaste sujet… On peut cependant noter que le FMI ne s’oppose nullement aux accords commerciaux préférentiels ou aux programmes d’aide massive, qui sont autant d’entorses au libéralisme pur et dur.

Troisième type de critique : selon l’expression du responsable Afrique d’une grande banque parisienne, le FMI est en train d’organiser la «colonisation financière» du continent noir. Il tente de faire accoucher l’Afrique aux forceps. Il n’est pas dit que celle-ci acceptera de jouer le jeu très longtemps.

Les sentiments irrationnels peuvent l’emporter. En outre, jusqu’ici, les plans d’ajustement structurel ont surtout accouché de souris.
Une fois que l’argent est arrivé, les bonnes résolutions s’estompent. Et le gros bébé africain reste solidement bloqué dans l’utérus, coincé entre une population explosive, la destruction du monde rural, le système monarchique, la corruption, etc.


Safounè KOUMBA

16 Juin 2008