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La situation présente du Mali, de l’Afrique peut interpeller le même contexte et la même nécessité, au sortir des récentes luttes politiques et sociales pour le multipartisme et la démocratie. Nous avons tous crû que les libertés fondamentales formellement reconnues, les fruits porteraient, ipso facto, la promesse des fleurs.

Nous n’avons pas pris garde que partout, les conférences nationales qui présidèrent à cet accouchement dissertaient uniquement de la forme de l’Etat, et non du devenir des sociétés. Nous avons acheté le cheval à l’empreinte de ses sabots.

Il apparaît clairement aujourd’hui que l’urgence, pour nos peuples et nos Etat n’est pas d’abord politique, mais existentielle.

Au sens de la définition préalable de nos identités dans le monde, fondatrices des opinions d’un humanisme africain, d’où seraient définies nos priorités, nos options et nos méthodes. D’où serait identifié notre destin en tant que peuple du monde.

Situation des plus malaisés, du poids de notre image dans l’histoire ; du poids de notre position économique et culturelle dans le monde.
Mais surtout, me semble- t’il, du poids de notre présence intellectuelle et éthique, incapable de dresser le moindre barrage aux théories et concepts traçant, en tout, le destin de l’Afrique à sa place.

Les intellectuels de notre génération sont subjugués, au sens littéral du terme « mis sous le joug », contrairement à nos devancières qui, malgré le désavantage du nombre ont fait face.

La bonne gouvernance, parce qu’elle préside à l’identité de l’Etat et, par voie de conséquence, a la satisfaction ou non des besoins et désirs fondamentaux des individus et des collectivités.

En tant que décideur des opinions de la communauté nationale et gestionnaire de ses fonds, représentant de son image et de ses intérêts au plan international, l’Etat doit faire l’objet d’une surveillance constante, non pas de ses seules institutions où pactes et alliances peuvent aboutir à des déviance graves, mais aussi et surtout de l’ensemble des citoyens par divers moyens d’échanges, de contrôles et même de pressions.

Mais il convient surtout de se poser la question de savoir si la nature et la mutabilité des attentes de la communauté nationale et africaine sont prises en compte par des politiques attentives et imaginatives.

L’éducation et l’emploi, parce que la première est le lieu de sécrétion des modèles de formation appliqués à une société particulière, presque à l’exclusion de toute autre, et que la seconde en est son aboutissement des talents et des compétences.

L’élaboration constante de modèles d’éducation adoptés est certes importante, mais au rythme (il y en eu au moins six au Mali depuis l’indépendance), il importe d’interroger leurs contenus, mais aussi et surtout les moyens, les procédés et les résultats de leur mise en application. Ce travail en amont se prolonge naturellement par la question en aval de savoir si les modèles d’éducation épousent ou épuisent les modèles d’emploi dont le pays a besoin.

Là où il n’y pas de débat, là est le danger.

Le danger des certitudes trompeuses, de la facilité, Africanistes et partenaires au développement se trouvent à nouveau, les démocraties installées, dans l’éternelle impasse : celle de devoir réviser, pour la énième fois des outils d’analyse et d’intervention toujours improbables, dès qu’il s’agit de l’Afrique. A cela, rien d’étonnant.

Les modèles de sociétés occidentaux que l’on s’obstine à imposer à l’Afrique, comme au plus beau temps de l’évolutionnisme triomphant, sont fils des sciences sociales occidentales nées au 19ème siècle.

Ecoles après écoles, théories après théories, elles ont observé, analysé, disséqué l’individu et la société, l’Etat et la communauté, montrant aux décideurs, les stratégies applicables à chaque cas, à chaque contexte, à chaque époque.

Moustapha Guitteye

05 mars 2007.