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Les groupes terroristes rebelles, Mnla et Hcua, sont, depuis le début, de mèche avec les mouvements terroristes narcotrafiquants pour l’occupation du nord malien. Les preuves ? La feuille de route de l’émir Droukdel, chef d’Aqmi, et les récents événements dans les régions septentrionales.

Selon plusieurs média nationaux et internationaux, Bamako se félicite du retour des groupes armés terroristes dans l’Accord de Ouagadougou. Les nouvelles autorités maliennes, IBK en tête, semblent ne pas avoir tiré toutes les leçons des derniers événements qui se sont déroulés dans les régions du nord du pays : attentat-suicide devant le camp militaire de Tombouctou, attaque contre une banque et des éléments des forces armées et de sécurité à Kidal, lancement aveugle de plusieurs roquettes sur la ville de Gao.

La première leçon à tirer de tout ceci est que l’Accord de Ouagadougou, dénoncé dans ces colonnes déjà au moment de sa signature, est en train de montrer toute sa caducité. Ce qu’il aurait fallu faire dès janvier, début du déclenchement de l’opération française Serval, c’était de mener la traque et une lutte conjointe contre tous les groupes armés non-étatiques qui sévissaient dans ce pays. Mais un traitement spécial a été réservé aux mouvements touareg. Or, selon des informations qui viennent d’être publiées par la presse française, la feuille de route d’Abdel Malek Droukdel, chef d’Aqmi, prévoyait pour les groupes touareg, dans la prise du nord et la propagation du jihadisme, une part beaucoup plus active que celle qu’on fait prévaloir pour les blanchir. Selon ce document, il y a eu une complicité active et criminelle d’Al Qaëda avec le Mnla et Ansar Eddine, les deux groupes touareg sur lesquels les terroristes comptaient dominer le nord du Mali.

Aujourd’hui, des dirigeants et membres actifs d’Ansar Eddine se retrouvent dans ce qu’ils appellent Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (Hcua), une succursale de recyclage des déchets rebelles touareg et islamo-terroristes. Ils sont devenus les interlocuteurs -assez capricieux, d’ailleurs- des autorités maliennes. De même que les éléments du Mnla, soustraits par les forces françaises et onusiennes à la justice malienne et internationale pour les nombreux présumés crimes de guerre, crimes contre l’humanité, exactions diverses.

Des tueurs dans la nature

Pour conjurer les risques de dérapage des forces armées et de sécurité (violation des droits de l’homme) sur les rebelles touareg, ceux-ci sont depuis le début de la guerre de reconquête du nord sous la protection de la France et de la Minusma.

Dernièrement, puisque ce sont eux qui contrôlent la région de Kidal où ils sont intouchables, ils ont pris l’initiative de libérer des combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) qu’ils auraient capturés et gardés prisonniers à Kidal. Selon certaines sources, il s’agirait là d’un échange de prisonniers de guerre. Mais bien que le Mnla lui-même n’ait pas de militaires maliens faits prisonniers, les autorités maliennes ont elles-aussi libéré des combattants touaregs.

Il faut préciser que ces libérations, de part et d’autre, sont intervenues en l’absence de toute procédure judiciaire. Certains doutent même des affirmations des uns et des autres, selon lesquelles il y’aurait eu des enquêtes approfondies qui ont apporté la preuve que les prisonniers libérés par les rebelles terroristes et les autorités maliennes n’ont pas de sang sur les mains. Ce qui est assez surprenant pour des hommes arrêtés, les armes à la main, sur un théâtre des opérations jonché de victimes.
Il faut tout simplement avoir le courage de reconnaitre que les autorités ont relâché dans la nature des rebelles terroristes. Quant au Mnla, en faisant de même avec des islamo-narco-terroristes, il est dans son rôle puisqu’il n’a fait que monnayer la libération de ses complices tout en récupérant ses propres combattants.

Des obus sur le nord

Des criminels relâchés, les conséquences n’ont pas tardé à se faire sentir avec ces attentats et attaques. Et elles vont continuer. D’autant plus que les terroristes sont plus que jamais présents dans une région qu’ils n’avaient pas véritablement quittée disséminés au sein des populations locales, bénéficiant de la complicité de parents et amis. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, leur retour ou présence avaient été signalés aux autorités, meetings et marches de protestation à l’appui. Les autorités, toujours sous pression de la communauté internationale, et les forces étrangères, qui craignent des règlements de comptes, ont fait la sourde oreille.
Lorsqu’il y a eu les premiers attentats, toutes ont affirmé qu’il s’agirait de poches de résistance. Aujourd’hui encore, on continue à nier l’évidence, à savoir que les terroristes n’ont pas quitté Tombouctou, Gao et Kidal, qu’ils sont mêlés à la population, qu’ils sont connus de celle-ci. Qu’ils bénéficient maintenant des renforts gracieusement et judicieusement mis à leur disposition par les autorités maliennes et le Mnla. Alors, normal qu’il pleuve des obus.

Cheick TANDINA

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Recrudescence de la violence dans le nord : l’Etat malien doit enfin s’assumer

Pendant que le Mali se croit exclusivement à cheval sur l’Accord préliminaire de Ouagadougou, du 18 juin dernier (qui n’a nullement été appliqué dans sa composante du redéploiement de l’armée malienne à Kidal), et libère des prisonniers de guerre, les alliés fédérés des indépendantistes du Mnla, les terroristes du Mujao refont cruellement surface à Gao. Il est temps que l’Etat malien prenne son destin en main et emploie la méthode radicale contre quiconque qui s’attaque à son intégrité territoriale.

A la lecture des dernières évolutions, il est déplorable de voir que l’on persiste encore à faire la différence entre le Mnla et les autres bandits armés. Le fait de dire que le Mali a été trop permissif avec les différentes rébellions du Nord n’est pas du tout exagéré. Sans pour autant dire que dialoguer équivaut à l’impuissance, le Mali se doit, à partir du moment où il a décidé sa refondation, de donner une correction inflexible à tous fauteurs de troubles. Force est de reconnaitre qu’aucun Etat souverain, digne de ce nom, ne saurait tolérer être attaqué par des fils ingrats soutenus permanemment par des terroristes.

Aucune vraie démocratie qui se révère ne dialogue avec les ennemis tueurs et violeurs, fussent-ils des concitoyens. Puisque la diplomatie a du mal à ramener ces bandits à la raison et vue l’étape que le Mali vient de franchir avec brio, sous les acclamations du monde entier, il est temps qu’il se démarque des démocraties bananières de l’impunité et de l’injustice. Pour ce, le Mali doit d’abord et avant tout s’attaquer à la remise en route de son armée.

Puisque cette inaptitude permanente de la hiérarchie militaire malienne à sécuriser les endroits stratégiques est une énorme meurtrissure, qui a largement contribué à la déstabilisation de sa partie septentrionale. Cette incapacité de l’armée malienne à défendre le territoire national continue. Voyez-vous un peu les circonstances de la dernière attaque d’un pont de Gao (Bentia). Mardi, les combattants du Mujao ont dynamité un pont à Gao, près de la frontière nigérienne, au lendemain de tirs à l’arme lourde sur cette même ville. Des hommes à moto posent, en plein jour, des bombes artisanales au pied d’un pont. Comment peut-on laisser les ponts sans aucune surveillance, dans une zone aussi sensible ?

Les hésitations de l’Etat et l’indulgence de la communauté internationale face aux bandits armés du Mnla ne font qu’encourager la multiplication des opérations de déstabilisation et de résurrection d’Aqmi au Nord du Mali. L’on ne doit aucunement porter des doutes sur les accointances entre le Mnla et Aqmi. On en veut pour preuve les récentes révélations faites par RFI et Libération sur la stratégie d’Aqmi pour avoir la main mise sur le Nord du Mali. En réalité, Aqmi, Mnla, Ansar dine et Mujao ne font qu’un et doivent être traités au pied d’égalité.

Rokia DIABATE

Le Prétoire du 10 Octobre 2013