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La plate-forme ADP, signée par 14 partis politiques le 8 décembre 2006 en vue de faire « élire le président ATT pour un second mandat et de lui apporter une majorité stable au sein des institutions » bat-elle déjà de l’aile ? Toujours est-il que depuis sa signature, de nombreux militants de partis politiques n’ont cessé de critiquer ouvertement le comportement des présidents signataires du document et se réservent le droit de faire le bon choix le moment venu.

La position du Parena face à la plate-forme ADP est claire depuis en fin de semaine dernière. Dans un communiqué déposé à notre rédaction, le parti de Tiébilé Dramé a fait savoir qu’il ne signerait pas la plate-forme ADP. Il indique par ailleurs qu’il ne participerait pas à un gouvernement « dans les circonstances actuelles ».
Ces différentes décisions, selon le communiqué, ont été prises après des consultations menées tous azimuts par le Bélier blanc. La position de la formation de Tiébilé Dramé ne souffre donc plus d’aucune ambiguïté. Toutefois, il y a lieu de s’interroger sur ce que le Parena entend par « circonstances actuelles ».

S’agit-il du dossier de Tiébile sur la gestion du Sommet Afrique-France pendant devant la justice ? De la discorde autour de la composition du bureau de la Commission électorale nationale indépendante ? De la crise qui perdure au nord ? Du piétinement des partis politiques par le pouvoir ? Les interrogations ne sont pas exhaustives.

Cependant, la surprise aurait été que le Parena adopte une autre position que celle du choix d’un candidat issu de ses rangs, du moins au 1er tour de la présidentielle du 29 avril. En effet, tous ceux qui ont assisté à l’ouverture des travaux du congrès extraordinaire du Parena, le 15 décembre, auront vu Me Amidou, Diabaté secrétaire général du Parena, faire le bilan d’ATT.

La tête de proue sur le front du refus

L’ancien ministre de la Justice sous le président Alpha Oumar Konaré avait, sans ambages, affirmé que les espoirs ont été déçus alors que le président ATT disposait de tous les atouts pour s’attaquer aux maux réels du pays.
L’insatisfaction du Parena, expliquait alors Me Diabaté, résidait dans le manque de volonté des pouvoirs publics à mener des réformes sur les droits humains, à transformer le HCC en Sénat, à résoudre la crise de l’école, sans oublier la corruption et le favoritisme, qui ont gangrené l’administration, et la cohabitation difficile des partis politiques et le Mouvement citoyen entre autres.
Si Me Diabaté a eu l’honnêteté de reconnaître que ce bilan était aussi le leur, les décisions du parti rendues publiques, en fin de semaine dernière, nous inclinent à penser que le Parena s’est décidé et ne veut plus renouveler une autre expérience avec le général ATT.

Les jeunes du parti, par la voix de leur président Moussa Balla Diakité, avaient d’ailleurs soutenu un principe de candidature de Tiébilé Dramé en 2007. Selon notre confrère « Le Républicain » daté de lundi 8 janvier, le comité directeur est en voie de faire l’unanimité autour de Tiébilé Dramé et le fera savoir dans les jours à venir.
Tête de proue des partis qui ont soutenu le candidat Amadou Toumani Touré en 2002, la défection aujourd’hui du Parena aurait dû servir de leçon aux signataires de la plate-forme ADP. Mais subjugués par l’appât du gain facile, des dirigeants de partis politiques respectables ont décidé de livrer la démocratie pieds et mains liés à un homme qui, probablement, n’en demandait pas tant.

Il faut espérer que les vrais militants de la démocratie, soucieux de l’ancrage du processus en cours depuis plus de quinze ans, refusent d’être du bétail et votent, en l’absence de leurs partis au scrutin présidentiel, en leurs âmes et consciences.

Denis Koné

10 janv 07