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L’on se rappelle qu’un 22 mars, le capitaine Amadou Haya Sanogo et ses hommes ont mis les pieds dans le plat des barons de la République en décapitant le club à la faveur d’un coup d’Etat. Dès lors, ces dignitaires du régime déchu, regroupés au sein d’un front appelé «Front pour la destruction de la République», excusez- moi Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FRD), n’entendent pas rendre la tâche facile à ceux- là qui ont osé s’en prendre à leur protecteur.

C’est pourquoi, ils ont décidé de ne donner aucune réponse favorable à une tentative de sortie de crise initiée par la junte.
En effet, en renversant le régime corrompu du général fuyard, Amadou Toumani Touré, la junte devrait s’attendre à cette réaction de réticence de la part de ceux-là mêmes qui l’ont aidé à piller l’économie de ce pays. Ils ne sont pas du tout prêt à abdiquer, car voyant leurs privilèges et leur espoir de se maintenir au pouvoir s’effondre comme de la glace au soleil.

Ainsi, dès le lendemain du putsch, le capitaine Sanogo avait appelé à la tenue d’une convention nationale pour décider de la conduite à tenir face à l’avenir du pays. Peine perdue, car se cramponnant dans leur désir de bloquer tout processus de sortie de crise, ils ont tout simplement préféré décliner l’offre du capitaine Sanogo, pour aller s’humilier devant le sanguinaire, le pyromane, le capitaine Blaise Compaoré, président du Burkina Faso.

Le capitaine malien et ses hommes, à travers le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE) ont manifesté leur volonté de gestion concertée du pouvoir en acceptant également toutes les conditions de la médiation qui ont abouti à la signature d’un Accord-Cadre entre le CNRDRE et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Dans lequel accord, il est stipulé le choix d’un Premier ministre avec pleins pouvoirs, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et surtout le choix du président de l’Assemblée nationale comme président par intérim pour un mandat constitutionnel de 40 jours.

Dans le même accord, il est mentionné qu’au terme des 40 jours d’intérim, tous les acteurs de l’accord se retrouveront pour discuter des organes de la transition, sa durée et surtout un président de la transition. Alors, si tous ceux-ci sont écrits noir sur blanc et signés par les parties impliquées, comment expliquer alors le blocage à quelques semaines de la fin de l’intérim ?

La CEDEAO, en signant cet accord, n’était-elle pas de bonne foi ? Ou était-ce un piège tendu au capitaine et ses hommes pour les écarter totalement du pouvoir et rendre caduque leur coup de force ? L’organisation sous régionale serait- elle tombée dans son propre piège ?
Ce second refus du FDR de participer à la convention nationale réitérée par la junte pour trouver une solution malienne à un problème malien, ne traduit- il pas la volonté manifeste du front de vouloir faire payer au capitaine ce mal qu’il leur ait fait ?

Cependant, ce que nos chers membres du FDR doivent savoir, c’est que le coup d’Etat est consommé, malgré le soit disant retour à l’ordre constitutionnel et que la page d’ATT est définitivement tournée. Ils doivent comprendre que le retour à l’ordre constitutionnel n’est pas synonyme de retour à l’ordre ancien. Ils doivent comprendre enfin que notre cher pays, le Mali, est béni et qu’il peut tanguer mais ne chavirera jamais.

Si leur désir voilé est de voir notre pays coulé au fond du gouffre pour jeter la responsabilité sur la junte et à son coup d’Etat, leur attente sera grande. Alors s’ils ne veulent pas passer au ridicule, ils n’ont pas intérêt à se mettre en marge de cette page cruciale de notre histoire.

La roue de l’Histoire tourne, il est temps encore pour nos militants du FDR d’ouvrir les yeux et de prendre le train en marche au lieu de chercher à le bloquer. L’heure n’est plus au calcul d’intérêt égoïste et égocentrique, mais à celle de la construction nationale et de la libération des 2/3 de notre territoire des mains des bandits armés.

Cet éveil de conscience, engendré par le coup d’Etat du 22 mars, nous permet, nous peuple malien, de voir et de comprendre beaucoup de choses.
Nous ne nous laisserons plus entraîner par le bout du nez par qui que ce soit. Plus jamais, rien ne sera comme avant.

Daouda DOUMBIA

L’Inter de Bamako du 21 Mai 2012