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L’ancien député du Rassemblement pour le Mali, Ibrahim Bomboté, avait vivement critiqué la candidature de sa rivale, Mme Touré Safiatou Traoré, lors des dernières élections législatives.

M. Bomboté pensait qu’elle n’était pas inscrite sur les listes électorales. Après avoir fait le tour des bureaux de vote de la commune III, nous nous sommes rendus compte que Mme Touré n’avait pas voté en commune III. En fait, c’est en début de soirée que nous l’avons joint au Badialan pour qu’elle nous montre sa carte d’électeur et les indications qui révélaient qu’elle était inscrite sur les listes électorales en commune IV et que, par conséquent, elle avait voté dans cette commune. Or, Mme Touré Safiatou Traoré était candidate en commune III du district de Bamako.

Toutes choses qui ont révolté l’ancien député Ibrahim Bomboté qui estimait que Mme Touré ne devrait pas être éligible en commune III. En somme, l’article 62 de la loi électorale stipule que : “est éligible tout citoyen de l’un ou l’autre sexe ressortissant de la République du Mali inscrit sur les listes électorales”.

La députée était bel et bien éligible parce qu’elle figurait sur les listes électorales, mais pas dans celle de la commune où elle a présenté sa candidature. Ce qui était sûrement compliqué pour certains qui nous ont révélé, le jour du vote que cette pratique n’était pas conforme aux règles démocratiques. Un cadre du ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales avait regretté cette situation qui pourrait être sujette à confusion dans la mesure où même la candidate avait tenu secret le lieu de son vote, dans la journée, sûrement, pour ne pas perturber ses électeurs.

Concernant les conditions d’éligibilité et d’inéligibilité des candidats, Daba Diawara et son équipe devraient certainement se pencher sur le cas des candidatures faites en dehors des circonscriptions d’inscription des candidats sur la liste électorale. En fait, ce cas, plutôt controversé, avait spécifiquement relancé le débat sur la fronde menée contre les militants du Rassemblement pour le Mali.

Il convient de rappeler que de 46 députés, au cours de la législature précédente, le RPM s’est finalement retrouvé avec 11 députés à l’Assemblée nationale. Selon nos informations, les acteurs haut perchés à Koulouba avaient promis la cassure du parti dirigé par Ibrahim Boubacar Kéita. Le RPM ayant brisé l’incantation du consensus, en se positionnant dans l’opposition parlementaire, avait contrecarré les désirs de légitimer la toute puissance d’ATT et de ses alliés.

Il fallait donc faire payer les militants du RPM, en l’occurrence leurs différents candidats, pour leur audace. C’était, aussi, une épée de Damoclès brandie sur la tête de tous ceux qui seraient tentés d’imiter le parti du Tisserand. Le consensus, version ATT, devait être le refrain de la chanson de tout un peuple. La candidature de Mme Touré Safiatou Traoré en commune III a donc été très suspecte pour les observateurs de la scène politique.

Pourquoi ne s’est-elle pas inscrite sur les listes de la commune III puisqu’elle fréquentait assidûment les lieux où se trouve le domicile de ses parents, au Badialan, d’autant plus qu’elle était candidate dans cette commune ? Certains en ont conclu qu’elle était chargée de barrer la route au RPM dont Ibrahim Bomboté était le député élu et candidat dans cette circonscription.

En tout cas, les obstacles qui ont fait échouer la plupart des candidats du RPM aux dernières élections législatives, notamment le débauchage de ses cadres par le pouvoir et la grande distribution d’argent aux électeurs, sont les signes de subtiles manœuvres électorales.

Si la loi permet de contourner certaines dispositions pour se positionner en candidat de “barrage électoral”, il reste évident que, dans ce cas, les textes sont mal rédigés.

La commission chargée de la relecture des textes a donc du pain sur la planche puisqu’elle se trouve devant des textes confus où les candidats inscrits dans une commune peuvent, à souhait, choisir d’autres communes pour se faire élire.


Baba Dembélé

14 août 2008