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Pour une frange importante, la réforme de la Constitution initiée par le président de la République n’a aucun caractère prioritaire. Au contraire, Daba Diarra, professeur de philosophie à la Faculté les lettres, langues, arts et sciences humaines (Flash) croit que la création d’un Sénat ne peut être que budgétivore pour l’économie malienne.

 » Est ce que le Mali a besoin de modifier sa Constitution et combien va nous coûter la création du Sénat alors que les prix des denrées de première nécessité grimpent chaque jour ». Cette interrogation d’un professeur de philosophie au cours d’une conférence débats, organisée le samedi 24 juillet 2010 au Centre Djoliba par l’association les Boucliers de la démocratie, corrobore la réticence de plusieurs de nos compatriotes face au projet de réforme constitutionnelle.

Toujours est-il que M. Diarra est convaincu que la création du Sénat, qui est un des volets de ladite réforme ne sera ni plus ni moins qu’une institution de plus. Il a indiqué que cette future institution ne va rien apporter à la gestion efficiente de l’administration publique qui, selon lui, a plus que jamais besoin de rigueur et d’agents disciplinés et motivés.

Il est conforté dans sa position par son collègue Dr. Cheick Tidiane Cissé, ancien ambassadeur, ex-directeur des études de l’Ecole normale d’administration (ENA), qui soutient qu’on ne change pas une Constitution « en un clin d’œil ».

Dr. Cheick Tidiane Cissé a émis des doutes sur les vraies motivations des autorités à modifier la Constitution. Il est allé jusqu’à insinuer que le changement va nous mener tout droit vers une IVe République.
 » Selon mes expériences, je suis contre la modification de cette Constitution, car ce changement nous mènera vers une IVe République », a-t-il affirmé en présence de nombreux invités de marque dont Ali Nouhoum Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale ainsi qu’une foule d’étudiants venus exprimer leur indignation à propos de la réforme.

La plupart des contributions faites par les étudiants ont invité les autorités à s’attaquer aux vrais problèmes de la nation. Selon eux, ces problèmes ont pour noms : l’école, l’emploi… Ils ont pointé du doigt les députés qui, ont-ils estimé, font depuis un moment la politique de l’autruche en ignorant la question de l’éducation au moment où notre système éducatif bas de l’aile.

 » Nous sommes énervés contre les députés. Pourquoi ne pas appeler les enseignants et les deux ministres de tutelle à l’Assemblée nationale pour trouver des solutions à leurs problèmes ? Au lieu de cela, il nous parle d’une révision de la Constitution. Or nous voulons étudier », s’est insurgé un étudiant qui a invité les élus de la nation à penser à leur avenir.

Le secrétaire général de l’association les Boucliers de la démocratie, Ahmadou Bah, a tenu à indiquer que la conférence vise à rendre un hommage aux martyrs qui ont perdu leurs vies en mettant en place la Constitution du 25 février 1992.

Dans un discours qui a sanctionné la rencontre, Ali Nouhoum Diallo a reconnu que la réforme affaiblirait la démocratie et notre économie.
Pis, a-t-il averti, le changement donnera un « pouvoir absolu » au futur président de la République. « Tout président qui touche à cette Constitution ne doit pas avoir le droit de l’appliquer pendant son mandat », a-t-il proposé.

Amadou Waïgalo

Bacary Sissoko

(stagiaire)

26 Juillet 2010.