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Réflexion sur le développement urbain durable.

François Tirot : « Les grandes villes sont les premières actrices de leur développement… »

En prélude au prochain Sommet France-Afrique qui se tiendra à Bordeaux du 04 au 06 juin 2020, l’Institut Français a initié un mois de réflexion sur le développement durable des villes africaines. Ce programme qui a débuté avec les expositions des jeunes de Badialan 1 le 11 Octobre dernier, s’est achevé le samedi 26 Octobre 2019 avec une journée de conférences, de débats et de présentations d’initiatives citoyennes, animés par Ramata Diaouré journaliste et présidente de la section malienne de l’Union internationale de la presse francophone (UPF). C’était en présence de son Excellence Joel Meyer Ambassadeur de France au Mali, d’Hama Ould Sidi Mohamed Arbi, Ministre de l’habitat de l’Urbanisme et du logement social, de madame Djiré Mariam Diallo, Maire de la commune 3, des chefs d’entreprises et de plusieurs invités.

C’est donc la grande salle de l’Institut français qui a servi de cadre à cette journée de débats et de présentations d’initiatives sur les grands enjeux du développement durable dans les villes d’Afrique en général et du Mali en particulier.

Dans son allocution SEM Joël Meyer a félicité l’institut français et ses partenaires pour cette initiative.

M. Hama Ould Sidi Mohamed Arbi quant à lui, a estimé que malgré les difficultés que connait le Mali, le gouvernement essaie de tout mettre en œuvre pour respecter l’agenda 2063 de l’Union Africaine, dont les domaines prioritaires sont les suivants : la démocratie et la bonne gouvernance les droits de l’homme et l’état de droit, les revenus, emplois et travail décent , la pauvreté, lutter contre les inégalités et la faim, la sécurité sociale et protection des personnes et des biens, des institutions compétentes et un leadership transformateur à tous les niveaux, parvenir à l’égalité des genres et autonomiser toutes les femmes et les filles, garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable, l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable, construire les habitats modernes, abordables et habitables, lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions, préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité etc.

Les grands enjeux du développement durable

Concernant la table ronde sur les grands enjeux du développement durable en Afrique et au Mali, elle a connu la participation de madame Monique Bertrand, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), de Moussa Diarra, chef de la division Développement Durable de l’Agence de l’Environnement et du Développement Durable (AEDD), François Tirot, directeur de l’Agence Française de Développement au Mali.

Dans son intervention Mme Monique Bertrand dira : « qu’il faut d’abord une bonne politique de décentralisation et des données, en même temps lutter contre la discrimination économique qui commence à gagner les maliens et à cela s’ajoute une cartographie des besoins : l’assainissement, l’accessibilité à l’emploi, au logement, à l’éducation, à l’eau.»

A l’en croire, le développement n’est possible que lorsque toutes ces conditions sont réunies.

Pour sa part, M. Moussa Diarra a expliqué les missions de l’AEDD par rapport à cette problématique de développement durable.

Selon lui, il faut une bonne politique de protection de l’environnement, revoir le système de transport public, l’électricité, les services de santé publique, garantir la sécurité des personnes et des biens, résoudre les problèmes de pollution de l’air, prévenir contre les risques d’inondations ce sont entre autres les défis qui se posent et qu’il faut relever.

Outre ces aspects, M. Moussa Diarra estime qu’il y a la question de la mobilisation des ressources financières, sans lesquelles le gouvernement ou l’AEDD ne peut apporter aucune réforme dans les différents secteurs cités.

Mais, d’après François Tirot, le développement urbain durable, est une approche globale qui exige un nombre de prérequis en particulier d’avoir une bonne vision politique du territoire, un engagement politique et une volonté de faire les choses.

Pour lui, « les grandes villes sont les premières actrices de leur développement, elles doivent créer leurs propres ressources pour ne pas dépendre intégralement des ressources de l’Etat. Il faut donc promouvoir la fiscalité locale pour augmenter les ressources, adopter une bonne politique de décentralisation qui prend en compte la croissance démographique», a-t-il recommandé.

« 0n ne peut pas faire de l’assainissement dans un quartier précaire, sans se préoccuper du nombre des populations qui y vivent. Qu’en est-il de leurs conditions de vie ? Quelles sont les activités menées dans cet endroit ? Quels sont les services essentiels disponibles dans ce quartier ? Ce sont des questions qu’il faut préalablement se poser », a-t-il précisé.

Par ailleurs, M. Tirot a dénoncé le manque de perspective des autorités locales quant à la mise en œuvre d’une approche globale de développement urbain durable, malgré les atouts que présente Bamako, et sa vision de 2030, force est de constater que l’Etat peine à mettre en place une approche globale de développement durable.

Parmi les projets emblématiques qu’entend réaliser l’Agence France de Développement au Mali : la construction de la station service d’eau potable de Kabala, elle permettra de doubler la capacité de production d’eau potable dans la ville et la construction de 100000 logements sociaux etc.

Les projets innovants en matière de développement durable

S’agissant des projets innovants en matière de développement durable, le Mali pourrait compter sur l’appui des différents partenaires : startups et ONG qui interviennent dans les domaines de l’environnement , de l’énergie, de l’agriculture et autres .

C’est le cas pour le Groupe Energies Renouvelables, Environnement et Solidarité (GERES) qui intervient depuis 2007 au Mali, il contribue à préserver l’environnement, à lutter contre les changements climatiques et leurs conséquences, à réduire la précarité énergétiques et améliorer les conditions des vies des populations.

Le Teriya Bugu, une ONG spécialisée dans les énergies renouvelables, elle est dotée d’un dispositif de centrale énergétique du biogaz à partir des déchets agricoles.

La Map Action , une application mobile de recensement des zones polluées au Mali alimentée par chaque citoyen.

Le Raincell, un outil numérique de pluviométrie et d’anticipation des risques liés aux inondations ou aux sécheresses. Ce projet est mené en partenariat avec l’Université des Sciences Sociales et de Gestion de Bamako (USSGB) et avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD)

Super Moundy, est un outil d’éducation et de sensibilisation sur les enjeux de développement durable chez les enfants de 7 à 15 ans, initié par Georges Foly, auteur de bandes dessinées.

RESPAC (Réseau solidaire en Agro écologie Paysanne et Citoyenne), il regroupe les producteurs, transformateurs et consommateurs pour produire et manger bio dans le respect de l’environnement.

Teliman, une jeune start-up qui s’est engagée à simplifier et faciliter le transport au quotidien en apportant des nouvelles solutions pratiques et innovantes aux problèmes de déplacement dans la ville de Bamako.

Save fleuve Niger, un collectif des jeunes maliens qui œuvrent à la préservation , la protection et la valorisation des espaces naturels aux abords du fleuve Niger.

Les projets des jeunes de Badialan 1 dans la commune 3, qui disposent d’un laboratoire citoyen pour développement durable, pour réfléchir sur le futur de leur quartier.

Tout compte fait, « on ne peut parler du développement durable sans évoquer la culture , qui est le quatrième pilier de développement durable », a rappelé Ibrahim Djikiné, Secrétaire des jeunes de Badialan 1 .

Cette journée de réflexion s’est donc achevée par une prestation chorégraphique offerte par les jeunes de Badialan 1.

Darcia
Bamako, le 28 Octobre 2019
©AFRIBONE