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Pas de temps à perdre. Sitôt sa réélection confirmée dans la nuit du vendredi à samedi par la Cour constitutionnelle, avec un score de 50,66% contre 47,24 pour Jean Ping, Ali Bongo Ondimba va s’empresser de prêter serment aujourd’hui pour un nouveau mandat de sept ans à la magistrature suprême.

Ce n’est pas ce qui va mettre fin aux tumultes, mais ce cérémonial ô combien important coupera court à toutes les supputations. N’est-ce pas ainsi qu’ABO recouvrera définitivement son fauteuil, que papa lui a légué à son décès?
Un deuxième mandat présidentiel dans un pays où leur nombre est illimité ou un second, c’est-à-dire le dernier, quand bien même la loi l’autoriserait à poursuivre au-delà de 2023 ?

Vu les circonstances qui ont entouré sa réélection, le locataire du Palais de Bord de Mer devrait avoir la sagesse de mettre à profit les sept prochaines années pour opérer des réformes politiques et institutionnelles de fond avant de s’en aller. Si ça se trouve, Bongo fils doit même être le premier gêné par cette victoire à la Pyrrhus, qui embarrasse bien des pays et d’organisations internationales.
Ceux-ci se contentant, pour la plupart, de «prendre acte» ou de «noter», là où de «sincères et vives félicitations», même diplomatiques, sont souvent de rigueur. Seules exceptions dans cet accueil froid réservé à cette réélection sans panache, les félicitations des présidents Macky Sall du Sénégal, d’Ibrahim Boubacar Kéita du Mali et de Robert Mugabe.
Il est vrai que Papy Bob, littéralement «fossilisé» au pouvoir, est un parangon de démocratie. Et il se félicite d’autant plus chaudement de la tournure des événements au Gabon que les puissances occidentales, dont il a une sainte horreur, se montrent peu chaleureuses, voire même très critiques. Le ministre des Affaires étrangères français n’a-t-il pas regretté que «l’examen des recours n’ait pas permis de lever tous les doutes» ? 
On peut penser ce qu’on veut du dinosaure d’Harare, mais force est de reconnaître qu’il a parfois bien raison au regard de l’indignation sélective des «Blancs» en matière de démocratie et de droits humains.
En effet, le même Coq gaulois qui donne aujourd’hui de violents coups de bec à Ali, à Kabila et autres n’est pas différent de celui qui a rétropédalé il y a quelques mois seulement au sujet du Congo-Brazza où une autre espèce politique en voie de disparition avait violé tout ce qui pouvait l’être pour jouer les prolongations à la tête de son pays. François Hollande lui-même n’avait-il pas d’ailleurs fait part de ses doutes quant à la crédibilité du scrutin avant de donner son blanc-seing à Denis Sassou N’Guesso ?
N’est-ce pas les mêmes puissances occidentales qui pactisent et commercent avec la Chine, vendent des Rafales à l’Egypte et font copains coquins avec Dos Santos et consorts ?  
Alors, qu’elles laissent donc les Gabonais se débrouiller avec la monarchie Bongo, dont ce doit être d’ailleurs le crépuscule. Et ce n’est ni Paris, ni Washington, ni Bruxelles qui viendront les en  délivrer.

 Mohamed Arnaud Ouédraogo
L’Observateur Paalga du 27 Septembre 2016