Partager

Règlement de comptes ou sanctions disciplinaires ? En tout cas le malaise couve de nouveau, si tant est qu’il se fût dissipé, au sein de l’armée malienne. Dernière manifestation en date de ce climat délétère dans la grande muette : l’arrestation, mardi dernier, du colonel Youssouf Traoré. Sans qu’on ne sache, jusque-là, les raison précise de cette mise aux arrêts qui concernera bien d’autres soldats. La hiérarchie militaire se contentant d’évoquer une «faute grave».

Mais pour bien d’autres sources, l’affaire sent précisément une forte odeur de complot contre l’ex-chef de la junte militaire, le capitaine Amadou Sanogo, propulsé récemment au grade de général de corps d’armée.

En effet, ancien chef des opérations du CNRDRE, l’organe dirigeant mis en place après le coup d’Etat du 22 mars 2012, le colonel Traoré n’a pas fait mystère de son opposition à la promotion à grande vitesse du tombeur d’ATT. tout comme une partie de l’opinion nationale, qui estime imméritée une telle récompense à un putschiste dans le collimateur d’organisations de défense des droits de l’homme, comme Human Rights Watch, à ses trousses.

A l’initiative de l’association «Appel du Mali», dont serait proche le colonel embastillé, il y a eu une marche de protestation contre le parachutage de l’obscur capitaine dans le cercle très retreint des généraux quatre étoiles du pays. Avec cette promotion, le Mali compte désormais 71 généraux dont maintenant 3 de corps d’armée.

Bien avant l’arrestation de l’officier supérieur Youssouf Traoré, un décret présidentiel, portant radiation des effectifs de l’armée malienne, frappait cinq bérets rouges dont le lieutenant-colonel Seydou Moussa Diallo. Une mesure de représailles par suite de la dénonciation, par les parachutistes, de la non-satisfaction de leurs droits.

L’armée malienne est malade.

Malade de cette guéguerre entre bérets rouges et bérets verts, les uns proches du président déchu, ATT, les autres à la solde de l’ex-chef de la junte militaire.

Malade de cette macrocéphalie, c’est-à-dire de cette pléthore de hauts gradés. Environ 1 général pour seulement 400 soldats. Un ratio trop élevé, qui, loin de traduire un quelconque haut niveau de professionnalisme, trahit plutôt l’esprit de complaisance et de coterie dans la promotion des hommes.

A tout cela viennent s’ajouter bien d’autres maux tels le manque d’équipements et d’encadrement, le délitement de la discipline, la corruption et les passe-droits, déplorés par plusieurs instructeurs occidentaux en charge de la réforme de la grande muette.

Sans aucun doute, la question de l’armée est l’un des grands dossiers brûlants qui attendent le nouveau président malien, Ibrahim Boubacar Kéita. Saura-t-il ou pourra-t-il administrer la thérapeutique appropriée à ce grand corps malade ?

De la place et du rôle que jouera le général d’opérette, Amadou Sanogo, dans le nécessaire nouvel organigramme de l’armée dépendra la mission d’IBK. Autrement, il doit s’affranchir de cette allégeance qu’il semble avoir faite au trublion de Kati, aveuglé par les brumes de ses rêves de grandeur.

Alain Saint Robespierre

Mise à jour le Mercredi, 21 Août 2013 19:49

Source : Lefaso.net