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C’est en zone de production rizicole de Niono que le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga s’était rendu en 2004 pour décanter la situation. Cette zone est située dans la Région de Ségou (4ème Région du Mali). Elle est limitée au Nord par la zone de N’Débougou, au Sud par le barrage de Markala, à l’Est pas la zone sèche et à l’Ouest par la zone de Molodo.

La loi N°94-004 AN-RM du 9 mars 1994 portant création de l’Office du Niger et le décret N°94-142 du 31 mars 1994 fixant l’organisation et les modalités de fonctionnement de l’Office du Niger, ont confié à la zone de production rizicole de Niono, quatre missions principales : la gestion des eaux, la maintenance des aménagements, la vulgarisation des techniques culturales et l’encadrement et la formation des paysans.

A l’Office du Niger, c’est la gestion concertée. C’est à dire, une gestion commune des terres entre Etat et Paysans. Depuis un certain temps, les paysans, encore appelés les exploitants, se sont organisés en syndicats pour mieux défendre leurs intérêts. C’est ainsi qu’en zone de production rizicole de Niono, on a deux syndicats : le Syndicat des Exploitants Agricoles de l’Office du Niger (SEXAGON) et le Syndicat des Agriculteurs du Delta Central de l’Office du Niger (SYNADEC).

Le système de production utilisé dans cette zone est la maîtrise totale de l’eau par gravité : un système qui permet une meilleure production du riz. Il existe particulièrement à l’Office du Niger (Barrage de Markala), à Baguinéda et en aval du barrage de Sélingué. Plus de 70.000 ha de riz sont cultivés dans ce système par an. Il est équipé de façon à permettre à l’exploitant, l’irrigation et le drainage individuel de chaque parcelle. L’irrigation est possible en principe durant toute l’année.

Le riz est planté en pépinière et ensuite transplanté. Grâce aux engrais utilisés (l’urée et le phosphate), les rendements moyens peuvent dépasser les quatre tonnes de paddy par ha. La gestion des périmètres (maintenance, gestion, aménagement) est centralisée dans les offices.

Depuis un certain temps, les autorités du pays ont entamé en zone Office du Niger, une politique d’extension du domaine aménagé et la professionnalisation des producteurs. L’objectif visé est de maintenir l’autosuffisance alimentaire du riz et son exportation vers les autres pays de la sous-région. Mais cette politique ne va pas sans heurt avec les paysans exploitants.

Le problème, c’est la redevance eau et le coût sans cesse grimpant des intrants agricoles. En 2004, ce problème a failli dégénérer. Pour rappel, les paysans exploitants de l’Office du Niger avaient “marché” sur Bamako pour rencontrer les premiers responsables du pays.

Une mission dirigée par le Premier ministre en personne s’était rendue, par la suite, sur le terrain pour constater, discuter et faire des propositions de sortie de crise.

Que s’est-il réellement passé ?

La campagne 2004 a été particulièrement désastreuse, selon les paysans de l’Office du Niger. Une mauvaise campagne due à l’excès des eaux, des chenilles qui ont envahi les champs, etc. Toutes choses qui ont fait que certains paysans, beaucoup d’ailleurs, n’ont pas pu payer leur redevance eau. La raison, selon eux, c’est le faible rendement de leur champ.

Ils ont demandé par conséquent, la remise de cette redevance. Or la redevance, selon les autorités administratives de l’Office du Niger, n’est pas due en fonction du rendement du champ. Chaque exploitant, selon les textes, est tenu de s’acquitter chaque année en fin de campagne de sa redevance eau. A défaut, il perd le droit d’exploitation de ses terres.

Ce qu’a voulu faire appliquer la Direction de l’Office du Niger. Le délai du 31 mars a été donné à ceux qui n’ont pas pu payer leur redevance eau, de le faire. Délai prorogé jusqu’en juin dernier.
Que pensent les deux syndicats sur le problème de l’office du Niger ?

Le problème de redevance eau a provoqué un soulèvement des paysans qui se sont même déplacés à Bamako pour rencontrer le Président de la République. Jamais un problème à l’Office du Niger n’a autant préoccupé les autorités du pays, selon les observateurs.

Le Président de la République, ainsi que son Premier ministre et autres responsables chargés de la question, se sont relayés dans la zone Office du Niger dans le but de trouver des solutions.

Le SEXAGON et le SYNADEC, deux syndicats que nous venons de rencontrer à l’Office du Niger, ont accepté, chacun de livrer ses impressions sur la situation globale de la zone.

Le Syndicat des Exploitants Agricoles de l’Office du Niger (SEXAGON) a été créé en 1997. Selon son vice-Président Yacouba Touré, le syndicat a été créé pour faire face aux difficultés quotidiennes que vivent les paysans exploitants de l’Office du Niger.

Ces difficultés sont liées à l’approvisionnement en intrants, la commercialisation et le foncier. Ces difficultés, selon le vice-Président du SEXAGON, existent depuis longtemps et s’empirent d’année en année. Les exploitants ont voulu donc s’organiser pour mieux défendre leurs intérêts.

C’est à ce titre que le syndicat, selon ses responsables, a exprimé le désir de dialoguer avec le gouvernement afin de trouver des solutions aux différents problèmes et principalement la redevance eau pour la campagne 2004. Ainsi, le SEXAGON avait demandé une subvention face aux difficultés de paiement de la redevance.

Un point de vue mal interprété par les autorités, selon le vice-Président du SEXAGON Yacouba Touré. Ce qui a provoqué un <> entre les exploitants et la Direction de l’Office du Niger. Plus de 4000 familles ont été expropriées. Toute chose qui entraîna le soulèvement des paysans dans cette zone.

Mais, le SEXAGON tout comme le SYNADEC, l’autre syndicat qui a été créé en 1999, reconnaissent le bien-fondé de la redevance eau. <>, déclare le secrétaire administratif du SYNADEC Salif Mariko. Le problème n’est pas aussi le coût de la redevance.

En classe I, la redevance est de 67.000 Fcfa ; 2è classe 56.700 ; 3è classe 43.000 Fcfa. Ce qui n’est pas chèrement payé pour un paysan si la campagne est bonne. Un hectare peut produire 80 à 90 sacs de riz paddy. Le problème se pose surtout lorsque la campagne est mauvaise.

A l’Office du Niger, le problème n’est pas seulement un problème de redevance eau. Il y a aussi les intrants agricoles (urée et phosphate) dont Le coût est jugé trop élevé par les exploitants. Le sac d’urée est vendu, selon Amadou Traoré trésorier du SEXAGON à 12.750 Fcfa et le phosphate à 13.000 Fcfa.

Dans le temps (en1992 par exemple) il était vendu, le sac d’urée, entre 4.000 et 5.000 Fcfa tandis que le phosphate était vendu à 5000 Fcfa, selon Salif Mariko secrétaire général du SYNADEC.

Tous ces problèmes, grevés à l’inondation des champs et l’invasion des chenilles… ont rendu la campagne 2004 particulièrement désastreuse aux yeux des paysans.

Le passage du Premier ministre décante une situation assez pourrissante

Aujourd’hui, on parle encore de cette campagne 2004 à l’Office du Niger. La Direction qui a appliqué les textes, a fait exproprier plusieurs paysans de leurs parcelles. Le ministre de l’Agriculture s’était, à plusieurs reprises, déplacé dans la zone pour concilier les protagonistes.

Une situation explosive y régnait et qui a obligé tout le gouvernement, avec en tête le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, à s’y rendre.

En effet, Ousmane Issoufi Maïga a effectué une tournée dans toute la zone Office du Niger où il a rencontré et discuté avec responsables administratifs et exploitants. L’objectif de cette tournée a été de trouver une solution consensuelle à la crise. Ce qui fut fait.

En effet, le Premier ministre, lors de cette tournée, a accordé un délai de grâce à tous ceux qui n’avaient pas payé leur redevance eau, mais qui étaient en mesure de le faire.

Ainsi, la date butoir du 31 mars avait été fixée. Un délai qui sera plus tard repoussé jusqu’en juin. Entre temps, beaucoup de paysans ont pu payer leur redevance et rentrer de nouveau en possession de leurs terres.

Ceux qui n’ont pas pu totalement payer, mais évincés de leurs parcelles devront être recasés ailleurs. Mais au-delà du report des délais, le Premier ministre aurait surtout tenu un “langage de vérité” qui a fini par convaincre bon nombre de paysans et a permis le retour de l’accalmie dans la zone.

Aujourd’hui encore, à l’Office du Niger, on parle de “passage salutaire” du chef du gouvernement. Bonne appréciation du SYNADEC à travers son secrétaire administratif Salif Mariko qui reconnaît qu’ « il (le Premier ministre) a fait toutes les zones pour voir et constater. Ce qui est une bonne chose ».

Mais certaines personnes, avertit-il, n’ont pas apprécié les délais de grâce du Premier ministre. Ce sont surtout, dit-il, ceux-là qui se sont déployés beaucoup pour pouvoir payer à temps leur redevance.

Certains ont dû vendre leur bétail, d’autres les boucles d’or de leur femme et qui jalousent ceux qui ont bénéficié des délais de grâce.

Au SEXAGON, on a salué également le passage du Premier ministre. « C’est un effort important que nous reconnaissons au gouvernement », déclare aujourd’hui son vice-Président Yacouba Touré qui ajoute que cela a permis de décanter la situation.

« Il a donné la parole à tout le monde et les gens ont pu dire haut et fort ce qu’ils pensaient tout bas. Cela aussi a permis au Premier ministre de comprendre beaucoup de choses qui étaient certainement méconnues par lui ou mal interprétées », dit-il.

Mais ce que déplore surtout le SEXAGON, c’est le fait que le « Premier ministre n’a pas cherché à rencontrer les syndicats, mais les paysans isolément. Or on dit de tout temps que les paysans ne sont pas organisés ».

Toute chose qui pousse Faliry Boly secrétaire général du SEXAGON à dire : “ le Premier ministre a pris une décision unilatérale, bien que salutaire, sans nous concerter ”.

Car, selon lui, “les syndicats pouvaient mieux contribuer à la prise de cette décision” avant d’ajouter que ce n’est pas dans l’intention délibérée de critiquer quelqu’un, mais l’objectif c’est de critiquer un système qui ne fonctionne pas bien.

Les rapports entre paysans et responsables de l’Office du Niger, faut-il le rappeler, n’étaient pas, durant une certaine période au beau fixe.

Selon le SEXAGON, il y a toujours des responsables qui aiment ramer à contre courant des intérêts des paysans, et ce, malgré l’effort et la bonne volonté des autres.

Aujourd’hui, ces rapports se sont améliorés et permettent aux deux parties de mieux travailler.

Quant à la Direction de l’Office du Niger, ses dirigeants restent imperturbables sur un point : l’application stricte des textes. « Sans cela, il y aura du désordre et aucun investisseur étranger ne viendra s’y installer » dit-on.

Aimé RODRIGUE envoyé spécial

20 juillet 2005