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La section syndicale de l’administration de la douane n’a pas la prétention de s’opposer à un recrutement de l’Etat. A condition que les dispositions qui le régissent ne soient pas violées.

En prenant sur lui la responsabilité de recruter en « catimini » 300 contractuels dans l’administration des douanes, le ministre de la Fonction publique, Me Abdoul Wahab Berthé, a délibérément choisi de se mettre au devant de l’actualité.

Aujourd’hui, le gouvernement, à cause de cette expérimentation hasardeuse, a maille à partir avec la section syndicale de la douane qui a déposé un préavis de grève, se réservant le droit d’observer une grève de 48 h les 24 et 25 juillet prochains si jamais la partie gouvernementale ne revoit pas sa copie au sujet du recrutement « abusif et illégal » au sein de l’administration des douanes.

Cette mesure a été arrêtée par le comité syndical mardi au cours d’une conférence de presse qu’il a animée à la Bourse du travail. Certes, reconnaît le syndicat, ce n’est pas la première fois que le gouvernement procède à des recrutements de conventionnaires au sein de la douane mais jamais de mémoire de syndicalistes, le record de cette année (300 agents) n’a été atteint.

Mais ce qui a le plus interloqué le syndicat, c’est la violation des articles 9 et 10 des règles établies par le décret 038/PRM du 27 janvier 2000 relatifs respectivement à la vacance d’emploi constatée et vérifiée et aux modalités d’organisation des tests de recrutement pour des emplois des catégories C, B, et A, etc.

A en croire le secrétaire général du syndicat, Yacouba Katilé, le ministre de la Fonction publique a, au mépris de ces dispositions, recruté des agents de constatation, contrôleurs et inspecteurs journaliers. Pour tout dire, le patron exige du ministre l’abrogation pure et simple de la décision d’intégration des recrues.

Sans concours

« La section syndicale des douanes n’a pas le droit de s’opposer à recrutement étatique. Mais nous ne sommes pas d’accord non plus avec les recrutements illégaux et abusifs. L’Etat es un sujet de droit comme les autres. Il doit respecter le cadre qu’il a lui-même tracé ».

Enfonçant le clou, M. Katilé laisse entendre qu’aucun besoin n’a été exprimé cette année par la direction de la douane relatif aux recrutements de nouveaux agents.

Or, ajoute-t-il, l’organisation d’un concours direct à la Fonction publique obéit à des préalables qui tiennent au fait que les besoins doivent être exprimés par les différents départements ministériels. « Aucune de ces formalités n’a été respectée. Les dispositions du décret ci-dessus citées ont été violées par le ministre », charge le syndicat.

A l’analyse des dossiers, apprend-on de sources syndicales, sur les 300 agents 68 ont été envoyés au niveau des différentes structures de l’administration des douanes et les autres mis à la disposition des gouverneurs de région. Les mêmes sources indiquent que dans le dossier il y a un problème de référence qui se pose pour certaines recrues et un problème d’age pour d’autres.

Le syndicat qui a adressé une lettre de protestation à son ministre de tutelle avec ampliation au ministre de la Fonction publique entend user de tous les moyens légaux pour se faire entendre. « Ils sont en train de recruter comme ils veulent et qui ils veulent alors qu’on a jamais exprimé le besoin ».

Dans un pays où le chômage frappe inexorablement les jeunes, le ministre de la Fonction publique va-t-il revenir sur sa décision au nom du renouveau de l’action publique prôné par le Premier ministre ? Rien n’est sûr quand on sait les « heureux recrutés » peuvent se prévaloir de leurs relations dans un pays aujourd’hui plus que jamais frappé de népotisme.


Mohamed Daou

16 Juillet 2008