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Pour le recrutement d’enseignants contractuels de l’enseignement secondaire au titre de l’année 2008-2009, la mairie du district de Bamako est accusée d’accepter la candidature des diplômés « non autorisés » au grand dam des spécialistes, qui crient au favoritisme.

L’école malienne est malade. Malade de son système de gouvernance, malade du comportement de ses autorités. Bref, les maux dont elle souffre sont nombreux. Certes, le mal qu’elle endure avec plus d’acuité est d’ordre pédagogique. L’enseignement, qui n’est guère réservé aux gens formés pour les besoins de la cause, demeure aujourd’hui galvaudé du fait des pratiques en cours. En effet, l’enseignement est devenu une porte de sortie ou encore un refuge des jeunes diplômés sans emploi.

Chacun pense à tort ou à raison qu’il peut enseigner. Donc tirer son épingle du jeu. Mais ce qui est grave, c’est le manque de discernement, c’est-à-dire n’importe quoi. Qu’importe l’école ou le profil de l’intéressé. Amateurisme à ciel ouvert !

C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir des ingénieurs chargés d’enseigner les mathématiques au lycée, des psychologues chargés d’enseigner les lettres (français) ou des sociologues dispenser des cours de philosophies. Est-ce cela une école performante ? Cette situation est bien connue de nos autorités qui restent pourtant indifférentes. Comment peut-on parler d’une formation de qualité en encourageant de telles pratiques ? Paradoxe !

Malheureusement, pour l’école malienne, la fin de ces pratiques n’est pas pour demain. Le ridicule ne tue plus dans ce pays. La mairie du district de Bamako vient d’en donner la preuve à l’occasion du recrutement des enseignants contractuels de l’enseignement secondaire. Au titre de l’année scolaire 2008-2009 que s’est-il passé exactement ? Tout d’abord un rappel de taille : pour les besoins de la cause, la mairie du district a organisé un concours du même genre au titre de l’année scolaire écoulée (2007-2008) dans différentes disciplines.

Les postulants ont déposé les dossiers et le dépouillement a été fait mais les résultats sont restés « lettre morte ». Jusqu’à la mi-janvier, les postulants attendaient désespérément les résultats. Dans cette situation de confusion, la mairie à la surprise générale, lance un autre recrutement cette fois-ci sur concours cela sans au préalable faire une note de service relative à l’annulation du recrutement 2007-2008 quand bien même les travaux étaient déjà faits avec les deux Académies.

Alors question : pourquoi une annulation ? Il y a-t-il eu des recrutements « spéciaux » en catimini ? Cette dernière hypothèse n’est pas à exclure car au lieu d’une augmentation des besoins, ils ont plutôt chuté. Par exemple en math, le besoin exprimé était de 12 enseignants contre 3 cette année. En russe, aucun besoin n’est exprimé contrairement à l’année dernière. Il y a anguille sous roche ! Le hic cette année, c’est le non-respect des critères du concours par la mairie.

En effet, pour postuler, il fallait être impérativement un sortant de l’EN Sup. Les diplômes des autres facultés de l’Université de Bamako ont été purement et simplement rejetés. Mais contre toute attente et au grand mépris des critères, les dossiers d’un diplômé en sociologie de la Flash ont été curieusement acceptés. Tout comme cet autre diplômé en psycho-pédogogique de l’EN Sup quand on sait que cette filière n’était pas concernée.

Si le premier est un ancien de l’AEEM de la Flash et non moins « activiste » d’un parti politique ; le second est un proche ami d’un ancien ministre en charge de l’Education nationale. Pourquoi ces deux font exception à la règle ? Sont-ils des « recommandés ? » Autant de questions qui méritent aujourd’hui des réponses claires avant les résultats ? Car la crédibilité et la moralité du concours en dépendent.

Face à cette situation, la mairie du district est plus que jamais interpellée. Elle doit épargner l’école des jeux politiques, car le sort de nos enfants ne doit être donné à n’importe qui pour des intérêts politiques. L’enseignement doit être mérité comme tout autre métier qui traite l’avenir du pays. Enseignants de partout nous devons tous nous dresser contre ces pratiques préjudiciables à notre école. C’est un devoir de patriotisme !

Souleymane Coulibaly

(professeur de philosophie Bamako)

06 Février 2009