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Après le départ de Jean François Jodar, le choix de Malifoot semble porter sur le Nigérian Stephen Keshi. Mais aujourd’hui la question est de savoir s’il est l’homme de la situation, à un moment où le football malien est à la recherche d’un second souffle, après une CAN catastrophique, fruit de l’amateurisme d’un bureau fédéral en train de voir ses ambitions à la baisse.

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le Nigérian Stephen Keshi est fortement pressenti pour remplacer Jean François Jodar. Et que son contrat a été rédigé et déposé sur le bureau du département des Sports qui doit l’entériner. En la matière, il n’est pas souvent aisé de juger un entraîneur avec seulement des “a priori”.

Le meilleur entraîneur ne reproduit pas forcement les mêmes résultats à chaque passage, tout comme un mauvais technicien peut bénéficier des concours de circonstances pour glaner des résultats inespérés.

Toutefois au regard de la qualité individuelle des Aigles du Mali, et surtout du souhait maintes fois affirmé et à différents niveaux de rebâtir une équipe plus dynamique et plus conquérante, l’on est en droit de se demander si le Nigérian est réellement l’homme de la situation.

Tant il ne jouit pas encore de l’expérience et de la personnalité souhaitables. Il est vrai que l’homme peut se flatter d’une qualification historique pour le mondial décrochée avec le Togo, qui reposait sur l’extraordinaire talent d’Emmanuel Adebayor.

Mais en réalité, Keshi a plus à apprendre qu’il n’a véritablement à apporter au football malien. C’est pourquoi son choix traduit justement le manque d’ambitions de nos responsables fédéraux.

Ceux-ci auraient du choisir un technicien à plus forts bagages jouissant d’une grande estime et d’une forte personnalité forgée par ses résultats cumulés. Celui ci forcerait plus facilement le respect des joueurs et des supporters à la différence d’un Stephen Keshi qui sera constamment soumis à la pression du doute.

En plus, son traitement salarial donne à réfléchir, Jodar pour les deux postes (entraîneur et DTN) était payé à onze millions, pendant que le Nigérian demande douze millions pour le seul poste d’entraîneur.

Pourtant notre football a besoin de sortir sa tête de l’eau. Surtout au lendemain d’une CAN catastrophique dont les leçons doivent être tirées rapidement. Chose qu’on attendait impatiemment, mais finalement on assista à une fuite de responsabilité des premiers responsables.

L’entraîneur Jodar a été l’accusé principal. Certes, le technicien français a étalé ses lacunes, et son incapacité à diriger désormais les Aigles du Mali. Mais la question est de savoir la part de responsabilité de la Fédération.

En réalité, elle s’en est lavée les mains, aux motifs que Jodar lui a été imposé par le département des Sports et Malamine Koné. Dans ce cas, c’était bonjour les dégâts, et Dieu seul savait quel était réellement le souhait de certains membres du bureau fédéral.

Le comportement négatif adopté par certains responsables lors de la CAN est la parfaite illustration de ce constat. Après le naufrage de notre équipe nationale, à défaut d’une autoévaluation de Malifoot pour démontrer sa bonne foi, on s’attendait au moins à une réaction des autorités à travers le département des Sports.

Mais avec Hamane Niang, ça ne pouvait pas se passer autrement que la situation d’impasse que vit notre football. Ce ministre ne peut pas faire de mal à une mouche. La conséquence est que les Maliens prendront entretemps leur mal en patience.

Mais ce qui est étonnant et paradoxal, l’arrivée aux commandes de cette équipe de la Fédération avait suscité un espoir, après les émeutes occasionnées par la défaite des Aigles contre le Togo. Cet espoir était pourtant logique.

Car la plupart des membres de Malifoot sont des anciens footballeurs, et des dirigeants sportifs chevronnés. Et en plus, ils étaient censés mesurer la portée de la mission qui leur est confiée. Parce qu’ils sont venus à l’improviste à la suite d’une crise.

Mais hélas, au fil du temps, les Maliens ont vite compris que la montagne a accouché d’une souris. Coup sur coup, on assista à un certain nombre de faits qui ont conclu que Salif Keita et sa troupe sont incapables de donner un second souffle à notre football.

Entre autres, on peut citer : l’affaire FIFA ou Salif Keita a vendu le Mali à cause d’un “Fadenya négatif”, le contrat Ikatel (géré dans la plus grande opacité en ignorant le ministère des Sports), l’élimination aux différents niveaux de toutes les catégories d’âges (une première dans l’histoire du football malien de 1995 à nos jours), et la mauvaise gestion de la CAN 2008.

Bref l’actuel comité exécutif de la Fédération Malienne de Football a échoué sur toute la ligne.

O. Roger Sissoko

25 mars 2008.