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Dans la commune de Niéna région de Sikasso, rien ne va plus entre les responsables politiques, administratifs et les populations, au point que de nombreux villageois ont pris… la clé des champs. Au centre de cette discorde : le paiement des impôts et taxes.

Il y a de cela une dizaine de jours, de nombreux villageois de la commune ont été réveillés par les bruits de botte des pelotons de gendarmes : leur objectif est d’appréhender, manu militairi, tous les chefs de famille redevables d’impôts envers l’Etat et la Collectivité. Le maire de Niéna, Abou Diallo, aurait reçu un ordre dans ce sens émanant du Sous-préfet de la zone.

Le maire, qui y trouve son compte-car le recouvrement, en plus des impôts, concernerait aussi laTaxe sur le Développement Régional et Local- aurait déployé de grands moyens.

Cette façon de recouvrer les impôts et taxes, digne d’une autre époque, a encore malheureusement cours, dans nos villages et campagnes. Et personne n’aurait rien su de ces injustices subies par les populations des villages de la commune de Niéna, si un chef de famille ne s’était vu obligé de venir à Bamako pour échapper à la… prison.

Selon ce ressortissant de Sorokoroba, les gendarmes mobilisés pour la cause auraient “raflé” tous les chefs de famille redevables Lui-même n’a du son salut qu’en la faveur d’un concours de circonstance.

En effet, resté au champ pour quelques derniers réglages, il n’a pu cacher sa surprise en ne trouvant, à son retour, que des femmes au village. Tous les hommes avaient été embarqués par les gendarmes. Sachant qu’on retournerait le chercher après, le vieux a vite fait de fuir pour se retrouver chez un neveu à Bamako.

L’homme, qui avait déjà vendu ses boeufs pour se tirer d’affaire, il y a juste quelques mois, a du faire recours à son neveu qui lui a donné de l’argent pour qu’il retourne auprès des siens.

A-t-on, de nos jours, besoin de telles méthodes pour recouvrer les impôts et taxes, d’autant plus que les populations ne sont pas opposées à leur paiement? Mieux, elles ont maintes fois exprimé le désir de voir le paiement se faire par tempérament.

Mais les responsables politiques et administratifs ne l’entendent pas de cette oreille. Comment peut-on alors contraindre des chefs de famille, de payer, d’un coup, des sommes colossales qui vont souvent au-delà de 5.000.000 F CFA ?

A cause de ces expéditions humiliantes et incessantes, les habitants de la commune de Niéna ne parviennent plus à envoyer leurs enfants à l’école. Ils préfèrent les laisser faire le berger auprès des peulhs plutôt que de les envoyer étudier.

Le service de ces enfants est ainsi rétribué par les propriétaires de boeufs par un agneau moyen, chaque 6 mois. Et c’est avec l’argent de la vente de ces agneaux que certains chefs de famille tentent toujours d’éponger leurs dettes d’impôts, mais en vain.

Or on a l’impression que les montants des impôts et taxes augmentent de jour en jour. Et face à la répression policière, les populations des villages- comme Sorokoroba, Kalifabougou, Dougoukolobougou, Bazana…, sont aujourd’hui réduites à l’exode forcé.

Ainsi, beaucoup de chefs de famille ont abandonné leurs foyers, histoire d’éviter la honte à laquelle ils sont quotidiennement exposés.

Les plus hautes autorités sont donc interpellées. Car le paiement d’impôts et taxes ne rime pas avec des dérives totalitaires.

Adama S. DIALLO

29 août 2007.