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La situation à Kidal continue de faire des vagues. L’État doit se ressaisir et sonner le glas de la cacophonie en revoyant ses stratégies de recouvrement de la localité, au grand bonheur des Maliens excédés par tant d’humiliation.

La débâcle de l’armée malienne la semaine dernière à Kidal a fini par convaincre nos compatriotes que le bout du tunnel n’est pas pour maintenant. La reconquête de la 7e région est un long processus dont le dénouement passera inéluctablement par une gouvernance de référence. Les autorités doivent changer les méthodes utilisées jusqu’ici. C’est à cette condition que la nation relèvera la tête politiquement et militairement.

La remise du pays sur orbite est le minimum que les Maliens attendent du président de la République, lui qui a été conduit à Koulouba avec les espoirs et les bénédictions de tout un peuple. Inutile de dire donc qu’Ibrahim Boubacar Keita n’a pas droit à l’erreur et que ses concitoyens sont impatients de le voir concrétiser ses promesses électorales, particulièrement sur la reprise de Kidal. Pour y parvenir, IBK doit revoir ses copies à plusieurs niveaux. Les origines des difficultés actuelles du pays sont connues et ne sont pas irrémédiables.

Les récents combats à Kidal entre l’armée malienne et les groupes rebelles ont secoué la nation. Ils semblent même avoir mis à nu les incohérences au sommet de l’Etat. Dans un pays en « état de guerre », il est inconcevable, voire troublant que le premier ministre déclare que « l’attaque lancée par l’armée malienne à Kidal n’est pas venue de l’autorité politique »

Une affirmation confirmée plus tard le ministre de la Communication, selon qui, « IBK n’était pas au courant » de l’offensive sur Kidal. Qui a donc donné l’ordre d’attaquer les positions des rebelles ? Une question restée sans réponse, mais qui pourrait être à l’ origine de la « démission » du ministre de la Défense et des Anciens combattants. Quoi qu’il en soit, Soumeylou Boubèye Maïga a dignement et fièrement rendu le tablier en attendant que l’histoire ne révèle la vérité aux Maliens.

Bouc émissaire?

Au demeurant, un État est un ensemble dont toutes les composantes doivent fonctionner ensemble. Cependant, quand le président de la République et son Premier ministre se détachent d’une décision si importante d’engager les combats contre l’ennemi, il y a lieu de s’inquiéter. Car ce sont eux les premiers responsables de la nation et à ce titre ils sont garants de la sécurité des personnes et des biens en ces moments tumultueux.

Idem, le gouvernement doit revoir sa stratégie de communication. Cela est indispensable si l’on ne veut pas que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et ses associés continuent de nous damer les pions sur ce plan. Pendant que nos ennemis lancent avec fracas leurs « propagandes », le gouvernement se contente de répliquer. La communication étant primordiale en période de crise, Bamako doit être le premier à diffuser les informations et éviter que les sécessionnistes créent la psychose avec leurs « propagandes ».

Ce qui est d’autant plus important qu’en période de crise, celui qui remporte la bataille de la communication a un avantage psychologique non-négligeable sur son adversaire. Aussi, le gouvernement devra-t-il designer un relayeur unique de l’information auprès de l’opinion étant donné que la déroute de Kidal a révélé l’impréparation de l’État à ce niveau. C’était le grand désordre avec le porte-parole du gouvernement à gauche, le ministre de la communication à droite, et leur collègue de la Défense qui fut très sollicité par la presse. Même des membres de la commission défense de l’Assemblée nationale ont été des sources d’informations par moments. Qui était donc habilité à donner la bonne information?

Si le mal est déjà fait, le plus difficile reste à venir. L’État a décidé de tirer les enseignements de la déroute de Kidal. A en croire le PM, le départ du ministre de la Défense fait partie des « mesures de redressement » prises par le gouvernement. Il reste maintenant à savoir si ce réajustement va répondre aux attentes. Le nouveau ministre de la Défense a fait valoir ses droits à la retraite, il y a deux ans.

De ce fait, pendant ce temps, il n’a pas été en contact permanent avec l’armée. Ce qui risque d’être un handicap majeur pour lui. Comme chaque remaniement ministériel au Mali est synonyme d’éternel recommencement, il est à craindre que le nouveau promu ne prenne non seulement du temps à prendre la température des événements mais aussi que ses collaborateurs qu’il désignera ne soient pas à la hauteur des attentes au moment où notre pays n’a plus de temps à perdre. Le Mali n’est donc pas encore loti et semble coincé entre deux feux : la surenchère des mouvements séparatistes au Nord suite à leur victoire militaire à Kidal et la possibilité d’une reprise totale des efforts de reconstruction et de reforme de l’armée déployés depuis bientôt 9 mois.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

30 Mai 2014