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Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra s’est rendu à Ségou pour rencontrer les militaires de la zone de défense n° 2 et les galvaniser. Constat rassurant : les troupes ont désormais le moral pour combattre

Le Premier ministre, Dr Cheick Modibo Diarra, s’est rendu vendredi à Ségou, où il a visité le camp Amadou Cheickou Tall de la zone de défense n°2. Le chef du gouvernement portait un treillis militaire vert-olive. Tout un symbole ! Dr Cheick Modibo Diarra était venu s’enquérir des conditions de vie et de travail des soldats, de leur moral et discuter avec eux des missions du gouvernement. La priorité des priorités reste bien entendu la reconquête de l’intégrité du territoire national, le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du pays par les forces armées et de sécurité et la mise en place d’une administration centrale. Ces trois points sont négociables.

Dans une intervention aux accents très offensifs, le chef du gouvernement n’a pas mâché ses mots. « Il n’est pas question de renoncer à un seul centimètre carré de notre territoire », a martelé Cheick Modibo Diarra. Evidemment, des accords peuvent êtres obtenus sur toute autre question, dans le cadre de la décentralisation ou d’autres types de négociations.

La zone de défense n°2 est placée sous le commandement du colonel Takini, un officier issu de la communauté touarègue. À la différence de la première région militaire, actuellement sous occupation de groupes armés (les rebelles indépendantistes du MNLA et les salafistes d’Ançardine et d’AQMI), la situation sécuritaire y est calme, a expliqué l’adjoint au commandant de la zone, le lieutenant-colonel, Cheïbou Doumbia.

Il a assuré que le moral des troupes est très bon et que la discipline et la rigueur de la vie militaire, qui sont les socles de toute armée sont également de retour dans les rangs. La nouvelle dynamique est sous-tendue par la formation continue des hommes pour une meilleure maîtrise de l’outil de travail. L’officier a assuré que les militaires sont de plus en plus motivés depuis l’instauration d’une nouvelle prime, dite « prime d’opération » payée uniquement aux hommes engagés sur le champ des opérations.

L’armée, a-t-il garanti est décidée à se battre pour laver l’affront qu’elle a subi et mettre fin à l’humiliation de notre peuple. Le ministre de la Défense et des Anciens combattants, le colonel-major Yamoussa Camara faisait partie de la délégation du Premier ministre. Lui, a surtout insisté sur l’importance de la discipline au sein d’une armée. Le colonel-major a promis qu’aucune indiscipline ne sera désormais tolérée. Finis également les traitements de faveur et l’injustice, des mauvaises pratiques qui sont à l’origine des frustrations, et qui mettent en mal la cohésion au sein des troupes.

Des cas de désertions à l’examen.

Les recrutements arrangés contre l’avis du médecin ou avec des diplômes falsifiés ne seront plus acceptés. Idem, pour les désertions récidivistes. A ce propos, Yamoussa Camara a annoncé que des cas désertion sont en train d’être examinés. Ceux qui seraient reconnus coupables de ce comportement antimilitaire seront rayés des effectifs de l’armée.

Car la vie militaire a des exigences qui s’imposent à toute personne qui opte pour la carrière militaire. Ceux qui ne peuvent pas se soumettre à ces contraintes sont libres de partir. Sinon c’est la hiérarchie qui va sévir et sans ménagement, a encore averti le colonel-major Yamoussa Camara. « Désormais tout cas d’indiscipline sera sévèrement puni », a-t-il promis, en précisant que les sanctions peuvent aller du blâme à la radiation pure et simple des effectifs de l’armée.

D’ores et déjà, une première mesure vient de tomber à l’Ecole militaire inter-armes (EMIA) de Koulikoro, où plusieurs élèves officiers viennent d’être remerciés pour usages des faux diplômes au recrutement. Et l’assainissement va se poursuivre, a garanti le ministre avec un ton ferme. Il a par ailleurs indiqué qu’il est évident que l’Armée est une institution placée sous les ordres du politique qui définit ses missions et les objectifs à atteindre. Ce principe étant admis, le politique doit se garder de toute interférence dans la gestion quotidienne de l’Armée.

Celle-ci relève de la hiérarchie militaire. Si chacun restait dans son rôle, les choses iraient mieux, a-t-il ajouté, avant d’assurer les hommes sur le terrain que des mesures sont prises pour les mettre dans des bonnes conditions matérielles et psychologiques en vue de leur permettre d’accomplir leurs futures missions. Par exemple, les commandes pour l’acquisition de nouveaux équipements, lancées depuis quelques mois attendent d’être livrées. D’autres mesures sont en cours d’examen.

En attendant, le ministre demande aux troupes de la patience en restant concentrés sur les objectifs. Il a également demandé aux responsables militaires de poursuivre la formation des hommes, de maintenir l’ordre et la discipline et la cohésion au sein des rangs.

Car sans ces principes élémentaires, rien ne marche dans une armée. Yamoussa Camara a assuré que désormais, tous les avancements seront basés exclusivement sur le mérite. « Il faut que chaque chef militaire, à quelque niveau que ce soit, puisse défendre avec objectivité les notes attribuées aux subordonnés placés sous son autorité. C’est la seule condition de lutter contre le favoritisme, afin de rétablir la confiance et la cohésion au sein de nos forces », a-t-il conclu, avant de promettre qu’il y veillera personnellement. Le Premier ministre a saisi l’opportunité pour inviter les militaires à réécrire une nouvelle page de notre histoire, dont les générations futures se souviendront longtemps. Cheick Modibo Diarra a ensuite esquissé les contours de la future armée qui sera bâtie après la réalisation de cet objectif.

Une fois la reconquête du territoire faite, le Premier ministre ambitionne de mettre les hommes dans de meilleures conditions de vie (des bâtiments dignes de leur rang), de bâtir une armée robuste, une armée moderne, une armée efficiente et efficace, une armée qui fait peur et au finish, une armée qui apporte la paix. « Et si Dieu me donne le temps et la force de libérer ce pays, je vous promets que mon gouvernement n’épargnera aucun effort pour une créer une telle armée afin que ce que nous vivons aujourd’hui, ne se répète plus jamais. » a t-il promis.

Cheick Modibo Diarra a dit qu’il n’aime pas la guerre, parce que c’est la guerre qui fait de l’enfant un orphelin, de la femme une veuve. Mais il est aussi convaincu que lorsque l’on aime sa patrie, on se doit d’aimer la guerre. « On devient amoureux de la guerre, mais cette fois-ci de la guerre qui met fin à la guerre, la guerre qui ouvre la voie à la paix et la sécurité. Parce que sans la paix, il ne peut y avoir de sécurité et sans sécurité il n’y aura pas de prospérité pour une nation », a martelé Cheick Modibo Diarra qui a promis que son gouvernement n’épargnera aucun effort, aucun moyen pour libérer le pays et le mettre à la disposition de ses filles et de ses fils, qui ont trop souffert.

Auparavant, le Premier ministre et sa délégation avaient pris part à la grande prière du vendredi à la Grande mosquée de Sokalakono au centre de la ville. A la fin de la prière, les fidèles ont prié pour le retour de la paix et la stabilité dans notre pays.

Envoyés spéciaux

A. O. DIALLO et O. DIALLO

Essor du 04 Juin 2012