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A travers la conférence débats qu’elle a organisée samedi sur le thème « Notre histoire, nos actions » à la Bourse du travail, l’Association des Maliens expulsés (Ame) entendait manifester son existence et dénoncer les expulsions inhumaines et les traitements dégradants que subissent les immigrés aux portes de l’Europe.

Le conférencier, Ousmane Diarra, président de l’Ame, a fait l’historique de la création de l’Association avant de dévoiler sa stratégie de combat dans les jours à venir pour donner aux expulsés toute leur place.
« Nous voulons montrer à l’opinion internationale qu’il y a une association qui combat les lois de nos colonisateurs, les lois racistes de Nicolas Sarkozy. Nous ne voulons pas d’immigration choisie… », a tranché M. Diarra. Il a aussi fustigé le comportement des autorités maliennes qui « ne soutiennent pas, selon lui, les expulsés
».

C’est pourquoi, il a invité les jeunes candidats à l’immigration à « faire attention pour ne pas tomber dans les mêmes pièges que nous. Nous sommes rejetés là-bas et ici nous sommes considérés comme des malpropres », a-t-il lancé.

Offensive

Face à cette situation, l’Ame a décidé de mobiliser ses forces en faveur des expulsés et des sans papiers afin de les rassembler et les soutenir dans la revendication de leurs droits en intervenant auprès des pouvoirs publics « d’ici et là-bas ».

Elle a adopté, aux dires de son président, un mode plus offensif et se donne comme objectifs d’accueillir les expulsés à l’aéroport, assurer leur suivi médical et psychologique, aider au recouvrement des biens, déclencher des poursuites judiciaires auprès des institutions internationales de justice pour les violations des droits de l’Homme par les pays expulseurs, etc.
L’Association a aussi mis en place une assistance juridique en faveur des expulsés afin qu’ils récupèrent leurs biens abandonnés dans les pays de refoulement et qu’ils recouvrent leurs droits.

La conférence débats a été marquée par des témoignages, pathétiques, de nombreux expulsés de divers horizons.
L’Ame est soutenue dans ses actions par le Réseau Kayira, CAD-Mali, l’AMDH, la Jeunesse UA, LJDH, Djigiya Ton et des organisations du Nord comme Droits devant, la Cimade, Migreurop, No Vox, etc. / Sidiki Y. Dembélé


Expulsé après quatorze ans passés a Paname : Les mésaventures d’un « Franceman » qui rêve de retourner

Débarqué à l’aéroport international de Bamako les mains attachées, la bouche scotchée comme un prisonnier de Guantanamo le 20 avril 2005, le jeune Mahamadou Kéita revit encore les durs moments de son expulsion. Il témoigne ici les tristes souvenirs de son expulsion, sa vie de galère à Bamako et son espoir de retourner à Paris pour récupérer tous ses biens (sic).

« Honnêtement j’ai envie de retourner à Paris parce que j’y ai laissé tous mes biens, un boulot et un appart. Ici l’Etat malien ne fait rien pour les expulsés. Cela fait plus d’une année que je me balade dans les rues de Bamako à la recherche d’un boulot. En vain. A 36 ans quel métier pourrais je apprendre encore pour m’insérer dans la vie ? » Ce cri de cœur est de Mahamadou Kéita, un jeune Malien originaire de Kourounikoto dans le cercle de Kita qui broie du noir depuis son expulsion de Paris il y a un an.
Parti de Bamako en 1992 à 18 ans pour Bruxelles par la voie légale, Mahamadou continue ensuite sur Paname (autre appellation de Paris, la capitale française). Là-bas, il décroche son premier job dans une boutique de « prêt-à-porter » qu’il abandonne au bout de trois ans pour la société « Jour de fête événement » où il restera jusqu’en 99.

« Conscient du fait que sans formation, il est difficile de se frayer un chemin, j’ai effectué une formation de 6 mois pour avoir la qualification d’exercer dans la restauration. Cette formation a été couronnée par une attestation et une carte professionnelle. Ce qui m’a permis de trouver un emploi rémunéré entre 600 000 et 800 000 F CFA », explique-t-il. Kéita commence alors les démarches nécessaires en vue d’obtenir des papiers légaux dans la mesure où il payait 200 000 F CFA d’impôts par an et un appartement de 567 euros (plus de 370 000 F CFA), les cotisations sociales.

« J’ai engagé une première demande de réfugié politique qui a été rejetée 9 mois après. La requête suivante a été rejetée parce que je n’ai pas de charge familiale. C’est ma troisième demande introduite dans le cadre de la loi de 10 ans de présence sur le territoire français qui a abouti à une carte de séjour. Mais, comme j’étais sous une interdiction sur la législation de séjour, ils m’ont accordé un récépissé de 3 mois renouvelable tout en me conseillant de prendre un avocat pour annuler mon interdiction de séjour », ajoute-t-il.

Le Malien un loup pour le Malien

C’est ainsi qu’il engagera un premier avocat à 900 euros (près de 600 000 F CFA) et un second à plus d’un million de F CFA. Toutes choses qui n’ont pas empêché son assignation à résidence, le rejet de sa demande parce qu’il n’avait pas de lien familial après 14 ans de vie sur le sol français et sa garde-à-vue dans le centre de rétention de l’aéroport.

C’est dans ce centre où il a passé près d’un mois que Mahamadou sera dépouillé par le représentant du consul malien à Paris qui délivre le laissez-passer. « Je lui ai exposé le problème, je n’avais jamais connu une inconduite à l’encontre de la loi française. Il m’a demandé de payer 500 euros, j’ai avancé les 250 et le mardi suivant je devais payer le reliquat. Malheureusement, je n’ai pas réussi à réunir cette somme. Voilà comment j’ai été expulsé sans droit ni rien », témoigne-t-il amèrement avant de dénoncer les conditions de voyages.

« C’est pire que les vols charters. Quatre policiers étaient sur moi, j’étais sans défense, ligoté, je n’avais rien. Le policier malien qui m’a accueilli à l’aéroport m’a dit de me débrouiller comme je peux. C’est une dame qui a payé mon taxi pour la ville », rapporte-t-il.
M. Kéita ne décolère pas contre l’Etat malien qui, selon lui, ne fait rien pour les expulsés qui débarquent par dizaine tous les jours. « Nous sommes rejetés par notre propre pays et je dis haut et fort que tunka bè danbé don, faso de tè danbé don (contrairement à ce que l’on dit la destination étrangère connaît la dignité mais c’est le pays d’origine qui ne rend pas la dignité) », conclut-il.

Propos recueillis par Sidiki Y. Dembélé

4 juillet 2006