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Les constats : le terme de remaniement est soigneusement évité au profit de celui de réaménagement. Ensuite, c’est un gouvernement de 29 membres dont un ministre délégué et un secrétaire d’Etat ; deux départs, cinq arrivées, une permutation. Le nombre de femmes n’a pas changé mais le ratio hommes-femmes se creuse avec quatre hommes parmi les entrants.

Un léger gain de position est noté pour les partis avec l’arrivée d’un membre de comité directeur de parti (le second en nombre d’élus) dans un département stratégique. L’opposition finalement n’est pas entrée, malgré les rumeurs.

Enfin le président Touré n’ a pas dérogé à sa tradition de confier le secteur de l’éducation à des enseignants du supérieur. Pour l’analyse maintenant. S’agit t-il d’un remaniement ou d’un réaménagement. C’est un remaniement mineur pour ceux qui attendaient un carnage avec Modibo Sidibé pour toute première victime.

Mais c’est un réaménagement majeur pour ceux qui s’attendaient, au plus, au remplacement des ministres les plus défaillants. Le résultat est le même : l’impact du changement ne sera pas superficiel. Ceux qui voulaient sa tête s’appuyaient sur la thèse des turbulences à l’horizon que Modibo Sidibé n’aurait pu gérer et ils invoquaient, comme preuve « l’échec de l’initiative riz ». Or le départ de Modibo Sidibé a-t-il été à l’ordre du jour ?

Pas selon le communiqué de la présidence qui précise même que le réaménagement a été proposé par le Premier ministre. Donc Modibo Sidibé est plus fort qu’on ne l’a imaginé. C’est moins simple. Pour un président, un Premier ministre ne peut pas être intouchable, surtout s’il n’est pas celui d’une cohabitation. Mais un remaniement plus profond avec changement de Premier ministre aurait confirmé que le Chef de l’Etat s’était lourdement trompé, dix-huit mois plus tôt avec cet attelage gouvernemental qui, chemin faisant s’était, tout de même, séparé de deux ministres.

Et puis en maintenant sa confiance en Modibo Sidibé, le président s’épargne trois embarras. Un, le remplacement du partant, car c’est moins évident qu’on ne le pense, pas pour des raisons de capacité du nouveau venu mais pour le signal envoyé, les noms avancés pouvant chacun être une « solution à problèmes ».

Ensuite, le Chef de l’Etat préserve l’avenir pour « celui qui porte le même maillot que lui ». En sortant Sidibé sur le motif de l’initiative riz, ATT faisait plus que le sanctionner, il le détruisait. C’est le genre de décision qu’un président évite. On se souvient qu’en pleine crise électorale de 1997 muée en crise politique, Konaré s’était gardé, également, de faire sauter le fusible IBK.

Troisième embarras économisé : prouver l’échec de l’initiative riz par le seul facteur du prix pendant que les importations peuvent ne pas faire de différence sur ce plan. Enfin, dans un souci de cohérence, le Président aurait été obligé de se séparer aussi du ministre de l’Agriculture sortant. Or, Tiemoko Sangaré a simplement permuté.

Au moment où l’URD renforce sa présence dans un département qu’ATT a toujours confié à des partis-sigles, le limogeage de cet apparatchik du parti majoritaire du pays, en pleine communale et législative partielle aurait pu être interprété comme une tentative de déstabilisation de l’Adema.


Fin mot de l’histoire
: le président a plus que fait confiance à Modibo Sidibé : il l’a renforcé, avec l’arrivée de Sanoussi Touré à l’Economie et Finances remembré, et en confiant à Aboubacar Traoré le ministère nouveau mais très stratégique des mines.

Mais attention, c’est peut-être maintenant que les défis du Premier ministre sont les plus importants : il a plus de leviers et moins de droits à l’erreur. Il lui faudra surtout veiller à ne pas laisser s’installer de bicéphalisme dans les départements des finances et de l’agriculture. Il lui faudra aussi accélérer la traduction dans les faits de l’esprit du Forum national sur l’Education. Et donc confronter les papiers à la réalité.

L’ancien président de ce Forum maintenant membre de l’équipe gouvernementale devrait avoir le physique de l’emploi. Une manière de dire qu’ ATT n’a pas fait plaisir qu’à Modibo Sidibé. Et Soumaila Cissé ne nous démentira pas.


Adam Thiam

14 Avril 2009