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Depuis l’instauration du pluralisme politique au Mali le 31 mars 1991 par acte constitutionnel n°1 du Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) alors présidé par le Lieutenant-Colonel Amadou Toumani Touré (ATT), le paysage politique est en perpétuel changement. Des partis politiques naissent, grandissent et se meurent. Des regroupements politiques se fondent et se défont au gré des circonstances.

A part la Constitution, la loi électorale et la charte des partis politiques qui régissent le jeu démocratique ont été modifiés à plusieurs reprises. Aujourd’hui encore, à quelques encablures des élections communales de 2009, on évoque de plus en plus une recomposition du paysage politique.

A la faveur de l’émission “Débats de cité” sur l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Mali (ORTM) du 22 juin 2008, les invités de Salif Sanogo, qui animait ledit débat, ont étalé sur la place publique toute leurs divergences d’opinions et de vues.


Les invités

Les invités pour débattre du thème de recomposition du paysage politique étaient : M. Nancoman Keïta, secrétaire politique du Rassemblement Pour le Mali (RPM), Boubacar Bah dit Bill, secrétaire aux relations extérieures de l’Alliance pour la Démocratie au Mali-parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), M. Modibo Camara, secrétaire à la communication et aux nouvelles technologies de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), Me Hassane Barry,

président de l’Union pour la Démocratie et le Développement (UDD), M. Modibo Doumbia, secrétaire politique du Parti Citoyen pour le Renouveau (PCR) et enfin M. Abdoul Aziz Aguissa Maïga, représentant l’Association Malienne de Droit Constitutionnel.

Le débat a été long et houleux. Au début de l’émission, Salif Sanogo, le modérateur a précisé qu’il doit durer 90 minutes, soit 1 heure 30 minutes, mais le débat a excédé ce temps d’antenne. Il a débuté à 21 heures 41 minutes pour s’achever à 23 heures 18 mn, soit 2 heures 17 mn de temps d’antenne.


La mission prémière des partis politiques

Traditionnellement, le rôle premier dédié à un parti politique est la conquête et l’exercice du pouvoir politique par la voie des urnes. En plus de cela, les partis politiques jouent un rôle de formation, d’éducation, de sensibilisation de leurs militants en plus de leur participation au vote.

Est-ce que tous les partis politiques au Mali remplissent leurs rôles ? Si l’on jette un regard critique sur la participation des partis politiques aux différents scrutins (présidentiel, législatif et communal), il est facile de répondre à cette question par la négation. Sur la centaine de formations politiques à qui on a délivré un récépissé, seulement 39 ont présenté des candidats aux élections communales de mai 2004.

Parmi ces formations politiques, les moins représentatives sur l’échiquier sont: l’UPR, le RDR, le CADDI qui n’ont obtenu chacun qu’un seul conseiller communal sur 10 777 issus des 703 communes du pays. Le RDP et le MPDD ont chacun 2 conseillers et l’URD 3. Le MPUS/RAMATA a 4 conseillers et le FAMA 5. L’UFDP, le PPP, le PDP, le PDJ et la COPP ont chacun 7 conseillers communaux.

Seulement 15 partis politiques à l’Assemblée Nationale

L’Assemblée Nationale du Mali compte 147 députés élus pour cinq ans renouvellables. Parmi la centaine de partis politiques, seulement 15 sont représentés à l’Assemblée Nationale. Ce sont : le PCR, le RND, l’US-RDA, le BDIA, le MIRIA, le PSP, le BARICA et l’UDD soit 8 partis politiques qui forment le groupe parlementaire (ACM) composé de 13 députés.

L’ADEMA avec 46 députés est le parti qui a le plus grand nombre d’élus à l’Assemblée Nationale. Il est suivi de l’URD qui a 29 député, du RPM 11, le groupe parlementaire SADI/PARENA 9 élus, le MPR 8 et le CNID 7.


Des indépendants plus forts que des partis politiques

Depuis l’élection de Amadou Toumani Touré en tant que Candidat indépendant à la Magistrature Suprême du Mali en 2002, les indépendants ont le vent en poupe. Lors des élections communales de 2004, soit deux ans plus tard, les indépendants sont arrivés en 4ème position avec 1003 conseillers sur 10 777 derrière l’ADEMA, l’URD et le RPM.

Lors de l’élection présidentielle de 2007, plus de 43 partis politiques regroupés au sein de l’ADP ont soutenu une fois de plus la candidature de l’indépendant Amadou Toumani Touré pour un deuxième mandat à la tête du pays.

A la faveur des élections législatives qui ont lieu 3 mois après la réélection d’ATT, les indépendants sont encore arrivés 3ème avec 24 députés derrière l’ADEMA et l’URD. Est-ce pourquoi le secrétaire politique du RPM a dit qu’il y a plus fort que les partis politiques sur l’échiquier politique ?

Me Hassane Barry, président de l’UDD soutient également que les partis politiques ont démissionné depuis la réélection d’ATT le 29 avril 2007. En tout état de cause, la venue d’un indépendant au devant de la scène peut être interprétée comme l’échec des partis politiques.

Entre la base et sommet

Dans le jeu démocratique au sein des partis politiques, les décisions se prennent du sommet vers la base ou de la base vers le sommet. Tout dépend de la position où on se trouve. La pyramide peut être renversée, en ce moment, c’est du sommet à la base. Dans la dynamique de fusions auxquelles on assiste actuellement au sein du paysage politique, nombreux sont les Maliens qui disent que la base n’est pas consultée.

Seuls quelques individus se réunissent au sommet pour prendre des décisions au nom de tous. D’aucuns estiment que les adhésions, fusions, alliances ont toujours existé, ce qui est nouveau, c’est la médiatisation à outrance qui fausse les données.

Comme on le voit, la tension politique commence à monter à l’approche des élections communales de 2009. A combien de degré la tension va monter d’ici 2012, année des élections présidentielles et législatives ?


Daba Balla KEITA

24 Juin 2008