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Encore un peu de patience et l’on sera fixé sur la présence ou non de pétrole dans le bassin de Taoudeni. La recherche pétrolière dans cette partie pays avance à grand pas, sans tapage.

Les résultats des recherches dans le bassins n° 1, 2, 3, 4 et 9 sont très prometteurs. Le ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, Ahmed Sow, qui s’est rendu la semaine dernière sur le site de ces cinq blocs en a fait le constat.

C’est dans la commune rurale de Salem située à environ 300 kilomètres au sud de Taoudeni dans la Région de Tombouctou que les recherches battent leur plein. Perdue dans l’immensité du désert, Salem est pourtant la plus grande commune du pays avec 184 000 km2 pour une population estimée à 22 000 habitants. La population composée d’Arabes et de Tamasheqs vit essentiellement d’élevage, de commerce et d’artisanat.

Comme on peut l’imaginer aisément, ici il n’y a pas de végétation. Le relief est dominé par les roches et le sable. Le climat est caractéristique du désert avec des écarts de températures extrêmes. Celles-ci peuvent atteindre 47° en période de chaleur et 8° à certains moments de l’année.

300 EMPLOIES

La commune est très peu connue et si les habitants sont encore pauvres, elle pourrait se positionner dans les années à venir comme un grand pôle d’attraction. Déjà, le paysage a changé avec l’installation de la base du consortium de sociétés composé de ENI (Italie), de la Sonatrach (Algérie) et de Baraka (Australie), qui explore les cinq blocs. Plus d’une centaine de maisons préfabriquées bâties sur des plates-formes mobiles sont installées. Les maisons sont équipées d’eau, d’électricité, de ventilateurs, offrant ainsi beaucoup de commodités aux travailleurs.

Environ 300 personnes dont les 2/3 sont des Maliens travaillent sur le chantier.

C’est en 2003 que la société Baraka signait la première convention de partage sur avec l’État. A travers cette convention, la société australienne qui est à l’origine de la découverte du pétrole en Mauritanie voisine, avait élaboré un planning initial dans lequel elle avait décidé de mener les recherche sur 700 km2 dans les cinq blocs.

Selon ce programme, la campagne sismique devait commencer par des études aéroportées. Celles-ci devraient être suivies par l’installation des premiers forages courant 2008. Mais en 2006, Baraka s’est allié à deux autres entreprises que sont la société italienne ENI, la 6è société mondiale de recherche pétrolière et la Sonatrach l’entreprise publique algérienne qui occupe la première place en Afrique dans le domaine. « Baraka ne s’est pas retirée de la campagne sismique en cours. Il y a eu seulement un changement d’approche. Aujourd’hui Eni détient 50 % des actions du consortium, la Sonatrach 25 % et Baraka les autres 25 %« , explique les responsables du consortium.

LES PREMIERS FORAGES EN 2009

Avec l’arrivée de ces deux géants du pétrole, la superficie sur laquelle devait s’effectuer la recherche a été largement revue à la hausse. Celle-ci grimpe à 6000 km2 au lieu de 700 km2, comme prévu par le planning initial. Par ailleurs le consortium table désormais sur 2009 pour la réalisation des premiers forages.

En attendant, le travail sur l’ensemble des blocs consiste à effectuer des sondages sismiques du terrain. A cet effet, le consortium a mobilisé sur le site, du matériel performant et de dernière génération. Plus d’une dizaine de vibrateurs sont en action. Ces machines sont utilisées pour faire vibrer le sol jusqu’à 7000 m de profondeur. Les informations fournies par ces vibrations sont recueillies par de petits appareils qui sont ensuite transportés dans un laboratoire moderne installé sur le site pour être interprétées.

« C’est sont des appareils de dernière génération utilisés pour le sondage sismique. Ils envoient des ondes élastiques dans le sol pour recueillir des informations sur la nature des couches géologiques. Ces informations sont ensuite transmises pour être interprétées dans un camion-laboratoire installé à quelques kilomètres d’ici. Puis de ce laboratoire, les mêmes informations sont acheminées à notre système informatique à la Base pour une évaluation plus approfondie« , explique Omar Lassal, le président directeur général de l’Entreprise nationale algérienne de géophysique, filiale de la Sonatrach.

« C’est une étape importante de nos recherches. Car c’est à travers elle que nous allons déterminer les endroits qui doivent abriter les forages« , poursuit le responsable algérien.

Sur les 6000 km2, le consortium en a déjà prospecté 4000. « Nous avons prospecté les 4000 km avec des mailles réduites de moins de 100 km. Nous allons davantage resserrer les mailles pour augmenter les chances d’identifier les roches susceptibles de contenir le pétrole« , explique de son côté Fabio Cavanna, le directeur général de Eni.

DÉJÀ DES RETOMBÉES CONCRÈTES

Le ministre Ahmed Sow s’est rendu sur le site où les vibrateurs sont en action. Il a constaté le démarrage effectif du sondage sismique et a surtout été impressionné par la confiance des responsables du consortium. « Nous sommes très optimistes sur les résultats. Nous pensons qu’il doit y avoir quelque chose d’intéressant dans cette zone. Elle partage les mêmes caractéristiques géologiques que les sites pétrolifères de la Mauritanie et de l’Algérie« , confie Omar Lassal en précisant que le consortium va injecter 35 millions de dollars, soit environ 17,5 milliards de Fcfa dans la campagne sismique en cours.

Après la visite de terrain, le ministre a eu une rencontre avec les responsables du consortium, l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière (Aurep) chargée du suivi des opérations, et les représentants des autorités politiques et administratives de la zone. Lors de cette rencontre, les responsables du consortium ont une nouvelle fois fait part de leur espoir de découvrir du pétrole, au regard des résultats obtenus depuis le début des opération. « Nous nous gardons des certitudes. Mais l’espoir est grandement permis« , a dit Fabio Cavanna.

Le maire de la commune de Salem, Mohamed Youssouf Ould El Béchir, a salué des conditions dans lequel les recherches se déroulent. « Les sécheresses des années 68, 73 et 85 ont durement affecté les populations qui ont été contraintes à l’exode. Nous demandons que les projets sociaux soient inclus dans la campagne sismique« , a souhaité le maire.

Déjà les retombées des recherches sont palpables. Outre les emplois crées, le consortium a réalisé deux forages dans cette zone où l’eau est une denrée très rare. Les capacités de certains hôpitaux de la région, notamment celui de Tombouctou, ont été renforcées.

Signalons que le ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Eau était accompagné pour la circonstance du gouverneur de la Région de Tombouctou, le colonel Mamadou Togola, et d’une importante délégation de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière.

Envoyé spécial

Be COULIBALY – L’Essor

26 Février 2008.