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D’abord cette séance qui a été diffusée en direct par la télévision nationale du Mali a permis aux téléspectateurs de suivre un débat contradictoire permettant de se faire une religion sur la rébellion éclatée à Kidal et sur l’accord d’Alger.

En deuxième lieu, le Rpm de El Hadj Ibrahim Boubacar Kéïta, un parti opposé à l’Accord d’Alger s’est donné l’occasion d’exposer ses points de vue sur la gestion des rébellions du Nord de la première République à la troisième. L’opposition du Rpm à l’accord d’Alger du 24 juillet a eu une notoriété publique à travers un communiqué du parti signé par le président Ibrahim Boubacar Kéïta lui-même.

Lors du huis clos sur cet accord, les députés du parti du tisserand ont tout simplement quitté la salle et n’ont donc pas participé au vote de la résolution de l’Assemblée sur la question. Seul le président du Rpm, Ibrahim Boubacar Kéïta, était resté dans la salle en sa qualité de président de l’Assemblée nationale.

Les députés du Rpm n’étaient pas à leur première édition de jouer la politique de la chaise vide. Le groupe parlementaire Rpm est en effet dans l’opposition depuis le dernier renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale.

Concernant cette deuxième édition du boycottage, les députés Rpm ne sont pas restés là. Estimant qu’il serait plus payant politiquement de revenir à la charge, le député Boubacar Touré élu à Niono a adressé des questions orales au ministre.

Enfin le troisième mérite de cette forme d’interpellation a été de donner l’occasion au ministre Kafougouna Koné, un général de l’armée malienne, signataire de l’accord d’Alger, de se soumettre à cet exercice démocratique de l’expression plurielle, du débat contradictoire face à la Nation attentive.

Depuis la signature de l’accord d’Alger, Kafougouna Koné n’a pas quitté ce front d’explication orale. A la question du député de savoir le coût de la mise en oeuvre du Pacte national, le ministre est d’accord avec lui qu’il faut une évaluation. Le général Kafougouna Koné a précisé que la seule réinsertion a coûté 9 milliards de F Cfa.

Le ministre a dégagé des similitudes de forme et de fond entre l’accord d’Alger et le Pacte national, tout en précisant que l’un n’est pas l’autre. Dans les deux cas, le médiateur est l’Algérie et c’est le même lieu de rencontre, Alger.

Mais la similitude de fond est que dans chaque cas, les parties tiennent à l’unité nationale, l’intégrité du territoire, la IIIe République et la démocratie. Pour Kafougouna, il n’y a rien à cacher, l’objectif recherché étant la paix, la stabilité et le développement de l’ensemble du pays.

Au cours de son développement exposé face aux élus du peuple et à la Nation malienne, Boubacar Touré a évoqué le mérite à nul autre pareil de l’ancien Président de la République Alpha Oumar Konaré dans la résolution de la rébellion au Nord.

Il a tiré de longues citations dans les discours du Président Alpha Oumar Konaré pour expliquer sa philosophie sur la question au Nord. Des questions pertinentes ont été posées par le député. Où sont passées les armes redoutables amassées par les insurgés du 23 mai 2006 ?

Quel est le statut juridique de l’accord d’Alger quand on sait que le médiateur algérien y a apposé sa signature et que l’Algérie intervient dans le suivi de la mise en oeuvre ? L’Accord d’Alger est-il une garantie pour enterrer définitivement la rébellion du Nord ?

Selon le ministre Kafougouna Koné, une question interpelle tous et qu’on doit se poser en tant qu’intellectuel malien : pourquoi il y a eu quatre à cinq rébellions dans le septentrion malien et qu’elles partent toujours de Kidal ?

Ce n’est qu’en ayant la réponse à cette question qu’on pourra éviter à nos petits enfants de connaître la rébellion, selon Kafougouna Koné. Si la première rébellion a été matée sous la première République, la seconde a été réglée par la négociation. Mais la réalité est que la rébellion est toujours là, malgré l’usage de différents moyens de résolution des conflits.

Alors la question fondamentale qui demeure est : pourquoi la rébellion éclate chaque fois à Kidal ?

La séance de questions orales à l’Assemblée nationale ce 14 août 2006 a donné lieu à un « débat civil et civilisé », selon le président de l’Assemblée nationale, El Hadj Ibrahim Boubacar Kéïta.

Dans les montagnes de Teghargat à quelques miles de Kidal, la civilité prendra-t-elle le pas sur l’élan insurrectionnel ?

Boukary Daou

16 août 2006.