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La situation actuelle du Mali requiert de grands remèdes à un pas d’élections capitales pour notre pays. Visiblement en panne d’inspiration pendant une période décisive, le président ATT et sa bande doivent mettre tous les atouts du côté de la nation malienne afin de faire de la paix une réalité en amont à des élections apaisées et acceptables.

Par la faute de gouvernants qui ne se sont jamais assumés, la psychose a gagné les esprits des Maliens. Évoquer la question de la rébellion et des élections présidentielles d’avril prochain équivaut à faire un grand saut dans l’inconnu. Tant ces deux sujets de préoccupation nationale demeurent aussi ambigus qu’incompréhensibles.

Les citoyens y vont de leurs propres commentaires en l’absence d’un cadre d’information de référence. Les autorités prouvent qu’ils n’ont pas le don d’insuffler une dynamique de confiance et de messages à une situation bien redoutable. Certaines personnes ont le courage de dire qu’il vaudrait mieux se taire en pareilles circonstances.

Mais les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ont démontré toute l’importance de la communication avec leur propagande qui a t trouvé des échos favorables au plan international, notamment auprès de la France d’un Nicolas Sarkozy aux idées impérialistes.

La rébellion au nord a fini de dévoiler au grand jour toutes les tares communicationnelles du régime dont les citoyens appréhendaient les effets. La vie de l’armée est certes particulière, mais la communication en période de crise requiert une certaine revue des dispositifs avec des mesures toutes spéciales pour ne pas laisser les ennemis de la nation prendre tout un pays en otage. C’est justement ce que le régime des généraux maliens a échoué à faire en continuant avec les vieilles méthodes inadaptées à la situation actuelle.

Même la permutation entre le ministre de la Défense et son homologue de la Sécurité intérieure n’a pas fait l’objet d’explications claires. La seule chose qu’on a retenue depuis l’arrivée du général de division Sadio Gassama à la tête du département de la Défense est sa sortie médiatique inopportune avec son collègue de la Communication pour demander aux journalistes de ne pas relayer certaines informations jugées « sensibles ».
Un président mal inspiré

Et pour ne rien arranger, le président ATT a tenté de se blanchir des accusations de ses compatriotes et de nos pays voisins dans un entretien récent avec nos confrères de RFI. ATT avait déjà failli dans ce même exercice devant la furia des femmes de Kati du camp et des proches des militaires engagés sur le front. Comme pour illustrer que dans la gouvernance ATT, il n’y a pas d’autoévaluation.

Il serait donc judicieux, pour le gouvernement, de mettre en place un mécanisme de communication à la fois fiable et actualisé sur le conflit au nord. Cela aurait le mérite de calmer non seulement les ardeurs parmi la population mais aussi de préparer les Maliens à toute éventualité.

En tout cas, le contexte préélectoral dans le pays l’impose. Dans cette atmosphère de précampagne, l’on remarque que de potentiels candidats à la présidence parlent de la question du Septentrion avec à la clé des promesses de rêve sans savoir ses enjeux réels pour le Mali. A quoi faudrait-il s’attendre si le hasard des choses propulsent de tels individus à Koulouba à l’issue de la présidentielle ?

Il serait cependant difficile de reprocher quoi que ce soit à ces probables successeurs d’ATT dans la mesure où la vraie information sur les combats avec le MNLA semble être seulement diffusée dans le cercle restreint du président de la République. C’est pourquoi, beaucoup d’observateurs suspectent le commando parachutiste d’orchestrer toute cette confusion à un moment crucial pour le Mali en vue de prolonger son séjour à Koulouba.

En tout état de cause, la situation au nord suscite des interrogations sur la réunion de conditions à l’organisation d’un scrutin valable à tous égards. Le délégué général aux élections, le général de brigade aérienne Siaka Toumani Sangaré a beau tenter d’assurer sur la tenue des élections à date échue et sur la possibilité de faire voter les déplacés à partir de leurs lieux de refuge, les doutes persistent.

Des incertitudes d’autant plus justifiées que c’est la première fois que le Mali vit un tel chaos à la veille d’élections capitales. Et l’expérimentation de quelque système électoral que ce soit pourrait être un désastre. Conscients de l’importance de ces élections présidentielles au Mali, les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, à l’exception du parti Sadi, ont proposé au président de la République un plan de sortie de crise dont le but n’est autre que la bonne organisation des élections du 29 avril prochain.

Et le président de l’AN et candidat du parti de l’Abeille à la présidentielle, Dioncounda Traoré de promettre que « les partis politiques se battront pour que les élections aient lieu ».

Seront-ils entendus ? Rien n’est sûr avec ATT, qui pour se donner bonne conscience a toujours sorti de son chapeau magique des solutions sans lendemain. Au mépris des craintes de ses compatriotes, ATT a adoubé les accords d’Alger et ri au nez d’hommes politiques comme Tiébilé Dramé, pourtant auteur d’une rencontre pertinente sur le Septentrion malien. Que Dieu sauve le Mali !

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Échos du 09 Mars 2012