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Rappel : le 11 février dernier, l’ex-colonel Fagaga à la tête de plusieurs autres bandits – déserteurs de l’armée ou ex-combattants non intégrés – quittent la ville de Kidal pour se retrancher dans les montagnes situées non loin de la localité. Début d’une rébellion armée ? Acte de banditisme sur fond de chantage et de menace ? Tentative de rançonner l’Etat ?

Mécontentement suite à l’ouverture du Consulat libyen à Kidal ? Au fil des jours, ces interrogations, en l’absence de réponses nettes et précises, prennent des allures de spéculations dans certains milieux officiels de la capitale. Les réponses à ces questions varient tout simplement d’une source à l’autre.

Cependant, une certitude : le colonel Fagaga et ses hommes, par le biais d’un messager anonyme, ont demandé le paiement d’une forte somme d’argent aux autorités maliennes et surtout libyennes. A défaut, ils s’attaqueraient au Consulat de Libye et à tous les projets que ce pays s’apprêterait à financer dans le septentrion.

La menace d’un affrontement entre l’armée et les bandits était réelle jusqu’en fin de semaine dernière. Le chef d’Etat-major général des armées, le Général Seydou Traoré, accompagné de plusieurs chefs militaires, est allé à Kidal pour mesurer l’ampleur de la situation.

Au même moment, les autorités, de concert avec certaines notabilités des régions du Nord, tentaient de minimiser la situation.
Ainsi, selon plusieurs sources, des négociations ont déjà débuté pour faire revenir le colonel Fagaga et ses hommes à de meilleurs sentiments.

En clair, certaines notabilités de Kidal espèrent ramener la meute de bandits à la raison et éviter ainsi toute effusion de sang. Et tout porte à croire que les autorités ont, de leur côté, emprunté une dynamique de négociation.

En effet, selon nos sources, une notabilité de Kidal, Intallah (il est régulièrement sollicité dans ce genre de situation) a tenté en fin de semaine dernière d’entrer en contact avec la bande à Fagaga.

Pour l’instant, le seul acquis à mettre au compte de Intallah est qu’il aurait réussi à faire ramener à Kidal un des enfants qui était parti avec le groupe armé. Outre le fils d’Intallah, d’autres membres du groupe, sentant les risques de l’aventure, auraient déjà déposé les armes et regagné Kidal.

En plus d’Intallah, d’autres médiateurs sont sur le terrain, apprend-on de bonnes sources. Il s’agit, entre autres, de Ag Chérif, Conseiller à la Présidence de la République et de Iyad Ag Ghaly qui est à l’origine de la rébellion déclenchée au Nord dans les années 1990. Aujourd’hui, on le soupçonne d’avoir sa propre « armée » et son nom revient sans cesse dans beaucoup d’affaires obscures.

Où est donc l’autorité de l’Etat ?

Ce sont donc ces médiateurs (dont de forts soupçons pèsent sur certains) qui tentent actuellement de ramener les bandits à Kidal.
A Bamako, cette voie (celle de la négociation) n’est pas bien accueillie par certains milieux militaires. En effet, ces milieux penchent plutôt vers une solution militaire pour régler cette affaire. Et pour cause. Deux raisons l’expliquent.

Premièrement : pour certains le colonel Hassane Fagaga n’est pas à son premier coup. Récidiviste notoire, aventurier de première classe, il s’était déjà signalé en 1997 dans une sanglante prise d’otages à Kidal.
A l’époque, il aurait mérité le peloton d’exécution. Au lieu de cela, il aurait amassé une fortune qui en réalité n’était qu’une rançon offerte (par les autorités du pays) à lui et son complice de l’époque, Ibrahim Bahanga.
Cet argent fini, le colonel Fagaga remet ça, en espérant obtenir encore de l’Etat une nouvelle manne financière. En réalité, ce terroriste continuera à faire pression sur l’Etat à chaque fois que besoin sera: se faire la poche, estiment certains visiblement dépités.

Deuxièmement, le passé du déserteur ne plaide ni en sa propre faveur ni en faveur des autorités qui donnent l’impression de cautionner ses agissements. Déserteur des rangs de l’armée, le colonel Fagaga, en tant que Malien, devrait être soumis aux lois de la République et à la réglementation militaire relative aux désertions. Rien n’y fit.
Le déserteur se la coulait douce à Kidal. Pis, il se livrait à des actes répréhensibles jusqu’au au 11 février dernier. Où est donc l’autorité de l’Etat.

En empruntant la voie de la négociation, l’Etat malien donne l’impression de se soumettre aux diktats des bandits qui sont entrés ouvertement en rébellion contre son autorité. De tels actes sont condamnés ailleurs, pourquoi pas au Nord ? Voilà une question qui revient sur les lèvres.

Au moment où nous bouclions cette édition, hier soir, nous avons appris que l’ensemble des chefs de fractions se sont réunis ce week-end à Kidal.

A l’unanimité, ils ont condamné l’action de l’ex-colonel et se sont désolidarisés du groupe qu’il conduit.

C.H Sylla

Nord-Mali ou le Far-west ?

Cette affaire Fagaga intervient après d’autres du genre depuis la signature en 1992 du pacte national entre le gouvernement et les Mouvements rebelles.

Cependant, le Nord du pays depuis quelque temps est en passe de se transformer en Far-west, où ex-chefs de la rébellion, ex-combattants, sectes religieuses, dissidents de pays limitrophes, se livrent à toutes sortes d’activités répréhensibles.

L’on a encore en mémoire, l’affaire des otages européens kidnappés en Algérie puis détenus dans les montagnes de Kidal. L’année dernière, ce sont deux ressortissants Quatari qui ont été pris en otage, avant d’être libérés, suite à une intervention de l’armée.

Aussi, l’on signale de fréquents braquages, d’enlèvements de véhicules et l’implantation d’un vaste réseau de trafic d’armes, de cigarettes et de drogue, entre notre pays et ceux voisins du Nord.

Ce n’est pas tout. Le Nord est devenu le refuge d’un redoutable chef de bande algérien, Mocktar Ben Mocktar, spécialiste dans le trafic d’armes, de devises et d’autres stupéfiants.

Redouté dans cette partie saharienne du Niger à la Mauritanie et évidemment en Algérie, Ben Mocktar, un véritable dur à cuire, est arrivé à tisser dans notre pays une longue chaîne de complicités au niveau des populations et même des notabilités.

C’est dire qu’au-delà de la révolte de Hassane Fagaga, l’Etat est fortement interpellé pour éviter que cette partie du territoire national ne sombre dans la terreur.

Car tous les ingrédients semblent réunis pour faire du septentrion malien un territoire à la solde de bandits et autres terroristes de la sous-région.

C.H S.

20 février 2006.