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La rébellion que vit le Mali depuis mi-janvier 2012 marquée par les attaques des villes du Nord ne date pas de nos jours. Elle est la résultante d’une gestion approximative d’une part par les régimes qui se sont succédé et d’autre part une volonté d’irrédentistes qui rêvent d’un État de l’Organisation commune des régions sahariennes promis naguère par l’Occident.

La première fronde ou rébellion des Touaregs du Mali remonte à 1963, soit trois ans après l’indépendance du pays. Cependant, les trois régimes qui se sont succédé depuis 1960, ceux de Modibo Kéita et de Moussa Traoré, et présentement du président Amadou Toumani Touré ont, chacun à sa façon, occulté le problème.

Ils n’ont donc pas cru bon examiner en profondeur les causes qui sont aussi bien endogènes qu’exogènes, selon Ki Doulaye Corenthin, un politologue et diplomate du Burkina Faso dans un de ses textes « Comprendre la rébellion touareg », publié le 21 mai 2009 sur le site Temous.

Les solutions, du moins la gestion de la première rébellion touarègue au Mali fut totalement militaire avec un appui fort considérable des pays voisins en l’occurrence l’Algérie et le Maroc.

« Les lendemains d’indépendance voient une centralisation excessive du pouvoir et un parti unique à vocation intégrationniste. C’est donc logiquement que la réponse de l’armée malienne de l’époque fut l’utilisation disproportionnée de la force (bombardement sévère des positions rebelles avec ce que cela comporte de morts et de blessés). Les auteurs de ces actes de rébellion sont alors qualifiés de bandits armés par les autorités qui voulaient minimiser ainsi le problème », souligne le politologue.

A côté de cette solution militaire engagée sur le terrain par les autorités de l’époque du Mali, celles-ci ont bénéficié de l’aide de pays amis en l’occurrence l’Algérie et le Maroc. Les rebelles de 1963 espéraient faire de l’Algérie une de leur base de repli.

Les autorités algériennes de l’époque sous Ahmed Ben Bella, n’entendirent pas les choses de cette oreille. L’auteur de « Comprendre la rébellion touarègue », nous apprend qu’« une délégation envoyée par le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad) en Algérie pour solliciter l’aide du gouvernement algérien a vu ses membres arrêtés par le président algérien de l’époque, Ahmed Ben Bella, pour les remettre aux autorités maliennes ».

C’est dire donc que la coopération entre Bamako et Alger était au beau fixe. De la même manière, les principaux responsables de cette fronde qui espéraient trouver refuge au Maroc ont été livrés au Mali. Accusé d’avoir dirigé la rébellion, Mohamed Ali Ag Attaher de Kel Ansar, est livré par le Maroc dès 1963 et sera détenu à Bamako jusqu’en 1977. Il repartira en exil au Maroc où il mourra en 1994.

Zeyd Ag Attaher des Ifoghas, lui aussi est livré par l’Algérie le 1er novembre 1963. Condamné à mort, il ne sera pas cependant exécuté, mais passera 14 ans dans la prison de Gao. Là-bas, il y est rejoint par Elladi Ag Alla, un autre chef de la rébellion. Capturé en mars 1964, ce dernier réussira à s’évader de sa geôle et s’exilera à Tamanrasset.

Sid Alamin Ag Echer un autre chef de cette rébellion de 1963 est tué lors d’un dernier grand combat, le 16 juillet 1964, dans l’Adrar Timtaghen. La rébellion apparaissait vaincue, décapitée, ses chefs étant tués ou emprisonnés. Mais les autorités à Bamako ne s’en félicitent point et déclarent la zone située entre Kidal et l’Algérie interdite aux étrangers.

Denis Koné

24 Février 2012