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Une ceinture sécuritaire faite de populations civiles s’est érigée autour de la ville de Tombouctou, annoncent certaines sources. Et, beaucoup de localités expriment le besoin de se constituer en groupe d’autodéfense armée. Voilà le constat qui se dégage sur le terrain dans le nord du Mali. L’objectif est de s’ériger en bouclier contre le MNLA qui pillerait les biens de la population. Mais la gestion de ce problème risque d’installer le Mali dans un chaos sécuritaire et social aux conséquences dramatiques.

jpg_une-616.jpg En tenant son assemblée générale, le 26 février, le collectif des ressortissants du nord (Coren) du Mali à Bamako exigeait un «démantèlement des milices d’autodéfense» qui se seraient constituées dans de nombreuses localités des régions nord du pays. Mais les débats qui ont suivi l’exposition du document-cadre semblent prouver un consensus de façade autour du texte.

«Moi, j’encourage la création de groupe d’autodéfense dans mon village. En 2002, des bandits armés ont tué dix personnes à Bitégoumbou, c’est une semaine après que l’armée est arrivée dans la localité» a insisté Hama Aba Cissé. Tout au long du Faguibine, où se situe ce village, il n’y a pas de camp militaire. «Les populations sont laissées à elles mêmes», rapporte Cissé, qui dirige ici à Bamako un syndicat de commerçants détaillants.

Ce message tranche avec la vision de la population à Hombori. «Nous ne voulons pas de milices chez nous» a souligné Mme Fatoumata Oumar Maïga. Mais la population de cette localité dont le chef de village a été récemment abattu par des assaillants a un message clair à l’endroit de l’administration et du gouvernement : sécuriser et respecter la population. «Dans l’ancienne rébellion, nous avons perdu 12 milles têtes de troupeaux», rapporte Amadou Abdoulaye Dicko.

La stratégie de défense de l’armée, couronnée par le «manque de fermeté et d’autorité de l’Etat», selon le collectif, reste largement incomprise de la population. «Je ne peux même pas aller dans mon village ou si j’y vais, c’est à mes risques et périls» a déclaré un ressortissant de Léré, Youba Dicko. Cette localité située dans la région de Tombouctou à la frontière mauritanienne est sous contrôle des rebelles depuis le 26 janvier, reprise brièvement par l’armée.

Pour Moussa Abdoul Karim Maïga, la situation exige de méditer sur l’hymne national et que chacun se serve de rempart contre «l’ennemi», tout en évitant de faire l’amalgame. «Gamou est un tamasheq (touareg) mais il n’a pas cherché d’indépendance. Ce que Gamou a fait, beaucoup de généraux ne l’on pas fait», a-t-il apprécié. Selon le Dr. Almoza Maïga, il est nécessaire d’évaluer les accords de 1990 à nos jours afin de relever le bon grain de l’ivraie. Selon lui, la résurgence de ce problème touareg a manqué d’anticipation de la part des autorités.

L’éventualité d’un accord avec la rébellion actuelle n’ira certainement pas sans problème puisque le Coren appelle le gouvernement à ne pas transformer la «majorité démocratique» en «minorité démocratique», une manière diplomatique de dire que les précédents accords se opérés au détriment des autres communautés du nord. Ces populations constitué de peulhs, de sonraï, d’arabes, etc., estime que le MNLA n’a pas besoin d’indépendance pour combattre Aqmi. L’organisation terroriste utilise de jeunes maliens, des touaregs essentiellement, pour tuer le tourisme dans le pays.

«L’interdiction des milices et leur démantèlement sont une bonne chose si la population est sécurisée», a souligné Abdoulaye Dicko, originaire du Gourma. Le problème, précise-il, est qu’aujourd’hui il n’y a aucune force de l’ordre dans la zone, vaste de centaines de milliers de kilomètres carrés. Cette situation provient notamment des accords de Tamrasset de 1992 et d’Alger de 2006. «Il nous faut des moyens qui protègent nos biens, nos femmes, nos enfants, nos troupeaux», souligne Dicko.

Seydou Coulibaly

28 Février 2012

©AFRIBONE