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Jugé homme de poigne, Ibrahim Boubacar Keïta doit confirmer tout le bien dont on parle de lui, au risque de faire basculer le pays dans l’incertitude.

L’opinion publique malienne attend impatiemment de voir la question du nord gérée définitivement. Et le nouveau président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta aura la lourde et redoutable mission de ramener sur la table de négociations, des acteurs qui, jusque-là, revendiquent un territoire, la République de l’Azawad

Alors Premier ministre, Ibk avait traité la question du nord, avec à la clé des faveurs importantes accordées, (l’insertion massive des ex-combattants dans l’administration et dans les forces ramées et de sécurité). Aujourd’hui président de la République, il inventera quelle stratégie pour une asseoir une paix durable ? La question reste posée.

Toujours est-il que les Maliens demeurent intraitables sur la question de l’intégrité du territoire et, dans leur écrasante majorité, ne souhaitent plus des intégrés et des réintégrés dans les rangs des forces armées et de sécurité. Le sujet est donc délicat, mais il mérite une attention particulière dans la mesure où il sera question de mettre ensemble des acteurs dont les enjeux diffèrent fondamentalement.

Une chose est sûre, l’existence des revendications territoriales qui, à un moment a permis aux Mnla d’avoir une mainmise sur le nord qu’ils appellent abusivement «Azawad», est toujours d’actualité. En son temps, le mouvement touareg avait gagné la bataille de la communication, mais la seule chose qui lui a manqué, c’était une assise populaire qui ne pouvait se matérialiser qu’avec l’adhésion des autres communautés du Nord.

C’est pourquoi, si le nouveau président de la République prendra langue avec les groupes armés, mais que cela se fasse dans un cadre ouvert et inclusif. Les sédentaires et arabes ont été on ne plus clairs sur cet aspect lors des pourparlers de Ouagadougou en juin dernier. Aussi, l’opinion se demande quel va être le contenu des revendications de ces groupes armés, d’autant plus que toute idée d’indépendance est unanimement rejetée.

Depuis un moment, on parle de large autonomie qui sera accordée, en théorie, à toutes les régions du pays, mais en pratique, c’est seule la région de Kidal qui en bénéficiera. Et les arguments ne manquent pas pour soutenir cette thèse. Ce qui fera dire à un responsable du Mnla que sur les 28 candidats en lice, seul Ibk a reconnu que des problèmes existaient dans la gouvernance au nord. Est-ce à dire donc que cela va changer la donne ?

Pour l’heure, il s’agit de mettre en application le désarmement, la démobilisation et de la réinsertion (Ddr) et cela suppose que les ex-combattants seront insérés dans la vie active. Une mauvaise application de cette question jettera de l’huile sur le feu. D’où l’impérieuse nécessité de faire appel à toutes les composantes du nord afin de ramener tout le monde dans la même logique de paix.

Et au sein de l’opinion nationale, l’on suppose qu’Ibk sera à la hauteur des attentes du peuple malien qui ne tôlera plus la légèreté et de la complaisance dans la gestion de cette question.

Alpha Mahamane CISSE

Notre Printemps du 19 Août 2013

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IBK et l’accord d’Alger : Il est bel et bien signataire

Contrairement à la croyance populaire d’ailleurs savamment entretenue par ses proches, Ibrahim Boubacar Keïta a bel et bien cautionné l’Accord l’Alger en 2006 et a même personnellement transmis le document adopté par son Institution, au président déchu, Amadou Toumani Touré qu’il a d’ailleurs félicité mission accomplie. Lire document !

«Je dis non !» ; «Le Mali d’abord !»; «L’honneur des Maliens »… Des slogans de campagnes qui ne sont certainement pas étrangers à la victoire du candidat Ibrahim Boubacar Keïta et ayant trait à son prétendu refus de cautionner l’Accord d’Alger signé en 2006 entre Bamako et les groupes d’insurgés. La vérité est tout autre. Le «KANKÉLETIGUI» a bien paraphé le document en question. Mais, bien entendu, entre 2006 et 2013, beaucoup d’eau a coulé sous le «Pont des Martyrs».

Signalons que l’Accord dont il est question a été bien accueilli par l’Assemblée Nationale laquelle d’ailleurs, «note avec satisfaction la prise en charge par le Gouvernement de son souci d’aboutir à un règlement par la voix du dialogue et de la concertation des problèmes survenus au nord de notre pays le 23 mai 2006». En clair, l’Institution dirigée par Ibrahim Boubacar Keïta au moment des faits approuve la démarche du président de la République qu’elle félicite d’ailleurs pour la signature dudit accord. «Dialogue et concertation», ce sont bien les maîtres-mots dudit accord accepté par toutes les parties prenantes dont le président de l’Assemblée Nationale au moment des faits, mais plus tard dénoncé par le candidat Ibrahim Boubacar Keïta au motif qu’un Etat sérieux ne négocie guère avec des bandits armés et autres terroristes. Un argument, certes bien fondé, cependant en flagrante contradiction avec l’acte antérieur. Par ailleurs, le document paraphé par Monsieur le président de l’Assemblée «estime que les mesures préconisées par l’Accord d’Alger constituent une suite logique de l’application du Pacte National». Une manière de légitimer cet autre traité signé en 1992 et faisans en outre, un clin d’œil à «l’Alliance du 23 mai», ce groupe d’insurgés Touaregs signataire de cet autre accord de Tripoli en 2006.

Signalons enfin que c’est le Pacte national dont se réfère l’Accord D’Alger qui est à l’origine de la démilitarisation des régions du Nord. Et le point 9 du document (la Résolution N° 06-05/AN-RM relative à l’Accor d’Alger) «charge Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale de transmettre la présente résolution à Son Excellence le Président de la République, Chef de l’Etat…».

Et enfin, la résolution ainsi adoptée par le parlement malien a été bel et bien signé par Monsieur «El hadj Ibrahim Boubacar KEITA, Grand Officier de l’Ordre National, Commandeur de la Légion d’Honneur» à la date du «20 juillet 2006».

Alors, « j’ai dit… Oui !», Monsieur le Président de la République du Mali !

B.S. Diarra

Maliba Info du 19 Août 2013