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Réalisme politique ou volonté de courtiser le pouvoir ? Dans tous les cas, les récentes sorties médiatiques des présidents du Rassemblement Pour le Mali (RPM) et du Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA), deux partis de l’opposition à propos de la conduite des affaires publiques au Mali en disent long sur leurs prétentions futures.

Vont-ils être dans le prochain gouvernement ? C’est la rumeur qui court en ce moment dans les salons feutrés de Bamako. Si ces rumeurs se confirment, le RPM et le PARENA diront adieu à l’opposition en laissant le Parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance (SADI).

IBK/ATT : deux bons frères

Dans Aurore n° 1417 du 15 janvier 2009, le confrère rapporte les propos du président du RPM, M. Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en ces termes : “ATT est un bon jeune frère pour lequel j’ai beaucoup de respect et d’admiration… Il me consulte très souvent et je lui fais alors part de mes suggestions dans la gestion des affaires publiques…”. IBK aurait tenu ces propos le 10 janvier dernier à son domicile de Sébénicoro lors de la cérémonie de présentation des vœux du parti.

Ces déclarations du président du RPM s’opposent aux discours qu’il a tenus en 2007 quand il était candidat à l’élection présidentielle. Et pourtant, de 2002 à 2007, le RPM a participé à l’action gouvernementale. Deux de ses valeureux cadres, à savoir Nancoman Keïta et Mme Maïga Zeïnab Mint Youba étaient membres du gouvernement.

En pleine campagne électorale, alors que la réélection du président Amadou Toumani Touré était imminente, le ministre Nancoman Keïta jeta l’éponge sous la pression des caciques du RPM. Quant à Mme Maïga Zeïnab Mint Youba, elle a préféré démissionner de son parti (RPM).

Les élections générales de 2007 ont été une désillusion et un recul pour le RPM qui a perdu sa position de 1ère force politique. De plus d’une quarantaine de députés acquis en 2007, le RPM ne compte aujourd’hui que 10 élus nationaux à l’Hémicycle de Bagadadji. Aujourd’hui, le parti du tisserand, emblème du RPM, n’a aucun ministre dans le gouvernement.

C’est pourquoi le parti d’IBK tire le diable par sa queue. Certains de ses militants qui ne voient aucune porte de sortie sont en train de le fuir. Est-ce cette réalité qui a obligé IBK a changé de stratégie?

Le prétexte de Tiébilé Drame

Le PARENA forme avec le parti SADI un groupe parlementaire de l’opposition à l’Assemblée Nationale. Le député le plus en vu du PARENA Konimba Sidibé, ancien ministre, ne rate aucune occasion pour fustiger la position du gouvernement dans la conduite des affaires publiques. Qu’il s’agisse de la privatisation de la CMDT ou du vote de la loi de finances 2009, l’économiste Konimba Sidibé, doublé de politique, s’est montré percutant dans ses analyses.

Mais il lui a manqué de propositions pertinentes. En bon opposant, il s’est limité aux critiques. A la faveur des négociations entre le Mali et la France sur la gestion des flux migratoires, le président du PARENA, M. Tiébilé Dramé a mis le pied dans le plat. En séjour à Paris dans la capitale française, il accorda une interview le 14 janvier dernier à RFI sur le sujet brûlant de l’immigration.


“J’encourage le gouvernement du Mali à ne pas signer ces accords sur la gestion des flux migratoires, à tenir bon pas seulement pour l’instant, mais à tenir bon durer le durer, à ne pas signer. Et mieux, cette délivrance des documents de voyage au compte-goutte qui est faite maintenant, je pense que le Mali doit la mettre dans les dossiers de la négociation et ne pas délivrer, parce que pendant qu’on négocie, les reconduits continuent
”, a dit Tiébilé Dramé.

Je pense qu’il est bon que les Africains sur cette question mettent la ball à terre, se concertent notamment sur les principaux foyers d’immigration qui sont le Sénégal et le Mali parce que ce sont deux pays qui ont le plus gros contingent d’immigrés en France. Que ces deux pays se concertent. Je ne vois même pas pourquoi ces pays là ne se concertent pas”, a déclaré le président du PARENA.

Tout comme IBK, le président du PARENA a été l’un des grands rivaux d’ATT aux présidentielles de 2007. Tiébilé Dramé a été le plus grand pourfondeur du président ATT alors que son parti est comptable de la gestion du pouvoir de 2002 à 2007. D’ailleurs, le 2ème vice-président du PARENA, Mamadou Dallo Maïga, puis Moussa Balla Diakité, secrétaire au développement, aujourd’hui chargé de l’encadrement des jeunes du parti ont été tous ministres.

Traditionnellement, il est dévolu à l’opposition politique de critiquer la gestion du pouvoir et de faire des propositions constructives sans renoncer à la conquête et à l’exercice du pouvoir. Mais quand l’opposition fait son entrée dans un gouvernement, elle perd certaines de ses prérogatives.

Daba Balla KEITA

22 Janvier 2009