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* Le Fdr monte au créneau

A la suite d’une réunion tenue, hier, à l’Hôtel Nord-Sud, par le Front pour la sauvegarde de la démocratie et de la République, Amadou Koïta, secrétaire politique du Fdr nous a accordé un entretien.

A propos du gouvernement de transition Au sein du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République, nous avons appris la formation du gouvernement, malheureusement, nous constatons une violation flagrante de l’Accord cadre signé entre le Cnrdre et la Cedeao en son article 6 alinéa 2 qui dit que pour la mise en place des organes de la transition, il faut un gouvernement d’union nationale composé de personnalités consensuelles. Le front, depuis la nomination du Premier ministre, n’a pas été consulté par le Premier ministre Cheik Modibo Diarra, aucun parti du front n’a été associé à la mise en place de ce gouvernement, ce que nous regrettons aujourd’hui, parce que nous pensons qu’avec la crise institutionnelle, la crise du Nord, il faut la conjugaison, sinon l’effort de toutes les forces vives de la Nation.

Les missions

Nous avons demandé le retour à l’ordre constitutionnel pour que les fondamentaux de l’Etat soient mis en place, le gouvernement constitue un instrument indispensable pour que le Mali puisse recouvrir les 2/3 de son territoire occupé depuis un mois. Nous n’allons pas poser des actes contre le gouvernement, mais nous serons vigilants quant à l’applicabilité des missions qui lui sont confiées, entre autres, la défense de l’intégrité territoriale, le retour à l’ordre constitutionnel. Hier, dans sa déclaration, les Nations unies recommandaient le retour effectif des militaires dans les casernes. Or, nous constatons que dans ce gouvernement les militaires occupent des postes de souveraineté, toutes choses qui ne correspondent pas au retour à l’ordre constitutionnel.

Gouvernement d’union nationale ?

Un gouvernement d’union nationale veut dire consultations préalables des acteurs politiques. Le front regroupe les partis politiques les plus représentatifs au Mali, la société civile la plus représentative. Malheureusement, le Premier ministre n’a pas consulté le Fdr pour la mise en place du gouvernement. Donc ce n’est pas un gouvernement d’union nationale. D’ailleurs pour ceux qui connaissent la scène politique malienne, ce gouvernement n’est composé d’aucun acteur politique ni de la société civile. Pour nous, l’essentiel, n’est pas de participer ou non au gouvernement, c’est de faire en sorte que tous les enfants du pays puissent se donner la main pour aller libérer Gao, Tombouctou, Kidal Mopti.

Les perspectives

Nous allons rester vigilants par rapport au retour effectif à l’ordre constitutionnel, au retour effectif des militaires dans les casernes, que le gouvernement puisse travailler pour l’intérêt supérieur du peuple malien qu’il puisse s’atteler à la première mission qui est celle d’aller libérer les régions du Nord. La mobilisation va continuer, nous irons à l’intérieur du pays pour expliquer la vision du front.

* Dr Abdoulaye Amadou Sy : Président du MPlus-Ramata

C’est un gouvernement de mission qui a pour objectif la libération du nord de notre pays. Nous pensons qu’il faut le faire par le dialogue si cela est possible. Compte tenu du contexte, je pense qu’il faut faire taire les guerres de procès et soutenir ce nouveau gouvernement. Nous avons tous apprécié l’accord cadre et la nomination d’un premier ministre de plein pouvoir. Après cela, je pense que nous avons tous le devoir de soutenir les actions de ce premier Ministre. Il est clair qu’on ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Mais je vous apprend que notre coalition Convergence pour sauver le Mali(CSM) va se retrouver pour faire une déclaration commune.

* Le Professeur Ali Nouhoun Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale

Je n’ai pas encore fini mon décryptage du nouveau gouvernement. J’attends, il faut certes agir le cœur chaud, mais la tête froide.

* Boubacar Touré, Secrétaire à l’information du RPM

Ce gouvernement traduit l’exclusion des Maliens de l’intérieur, le retour à la fois des 23 années de Moussa Traoré, égale sa revanche sur les mouvements démocratiques et attendons voir. C’est la mainmise de la CEDEAO à travers un conseiller de Blaise Compaoré, le médiateur ; la mise sous tutelle de notre cher Mali. Cela s’accentue avec Hamadoun Touré qui fut longtemps à l’Onuci à Abidjan auprès d’Alassane Ouattara. Une récompense pour service rendu à Alassane ? Je m’interroge et cette déclaration n’engage pas mon parti, elle est faite en mon nom personnel. Je m’interroge si un gouvernement de transition comme le nôtre doit être l’occasion de service rendu. A regarder ce gouvernement, on sent le médiateur et les militaires satisfaits, et le troisième est le bras armé pour la revanche de 23 années de dictature sur le mouvement démocratique. Le Premier ministre est de la famille de Moussa Traoré [gendre de l’ex Président Moussa Traoré], la caisse nationale est à l’ancien caissier de Moussa Traoré, et le ministre de l’Agriculture est le dernier PDG de l’Office du Niger de l’ère Moussa Traoré. Ils conduiront le bateau Mali au port de leur souhait. L’heure est aux grandes interrogations, au bilan du mouvement démocratique : le fait que certains se sont regardés en chiens de faïence, le règne du consensus mou, l’opposition qu’on n’a jamais voulue dans son rôle avec les moyens. Les conséquences sont là, beaucoup de partis ont composé avec ATT en espérant qu’il évitera ce sort au mouvement démocratique. Aujourd’hui, symbole sur symbole, qu’à Dieu ne plaise, le mouvement démocratique coule avec le général qui a été le président de la transition pour l’avènement de la démocratisation du Mali. Qu’avons-nous fait de notre démocratie multipartiste, pour qu’aujourd’hui l’anathème soit jeté sur la classe politique traditionnelle, pour que le territoire soit occupé, l’armée n’ait pas les moyens, qu’ATT s’en sorte avec l’impunité totale ? Malgré tout cela, la politique revient aux politiques, les technocrates reviennent à appliquer un programme politique. Il faut un réveil, aller vers l’essentiel qui va nous réunir.

* Oumar Kanouté, secrétaire général du MPR (Mouvement patriotique pour le renouveau)

Il est vrai que le nouveau gouvernement s’est fait un peu attendre. Le résultat, on peut dire à première vue, que c’est un gouvernement assez équilibré. Les personnalités qui le composent, de façon générale, sont connues pour leur compétence, pour leur expérience, et pour leur sérieux. Ce qui est sûr, c’est un gouvernement de transition, et tous ceux qui acceptent d’y figurer ne doivent avoir qu’un seul objectif : la réussite de l’action menée qui est comme vous le savez de libérer le Nord, de retourner à l’intégrité territoriale et de préparer des élections libres, transparentes et crédibles.

Je pense que pour l’équipe, pour un début, nous leur faisons confiance. Ils vont avec un capital de confiance assez grand. Et nous souhaitons tout simplement qu’ils se mettent rapidement à la tâche, et qu’ils répondent à l’attente du peuple tout entier.

* Adama Diakité, président du Forum des organisations de la société civile (FOSC)

Mon constat c’est que c’est un gouvernement de technocrates. Au niveau du forum, beaucoup de personnes m’avaient demandé si nous avons été consultés par rapport à la constitution de ce gouvernement de transition. Nous n’avons pas été consultés. Je crois que la constitution du gouvernement les amènera à nous faire confiance. Il (nouveau gouvernement) confirme aussi ce que beaucoup de regroupements disaient : de ne pas avoir été consulté. Mais le plus important est que les personnes retenues travaillent pour récupérer vite le Nord du pays, élaborer un fichier électoral fiable, et organiser des élections libres, transparentes et crédibles. Cela, pour le bonheur du peuple malien. A partir de maintenant, nous devons transcender nos différents pour réussir ces défis.

Un dossier de la rédaction

Le Républicain du 26 avril 2012