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Tourner la page du passé. Tel est le leitmotiv des chefs d’Etat rwandais et congolais qui se sont retrouvés à la frontière des deux pays, le week-end écoulé, pour sceller de nouveaux accords et une nouvelle alliance censés les faire entrer dans une nouvelle ère de coopération. C’est dans ce sens que le président Kagame a exhorté les populations des deux pays,  lors d’une conférence de presse conjointe tenue le 27 juin dernier avec son homologue Tshisékédi, à faire table rase du passé pour regarder vers l’avenir,  dans un esprit de concorde retrouvée. La question que l’on se pose est de savoir si l’homme mince de Kigali sera entendu. La question est d’autant plus fondée que certains Congolais semblent en avoir gros sur le cœur contre le président rwandais qui s’est récemment laissé aller à des commentaires qui frisent le négationnisme dans le contentieux des massacres de l’Est congolais où le Rwanda est soupçonné d’avoir joué un rôle majeur.  Des accusations renforcées par le rapport Mapping des Nations unies dans lequel les forces armées rwandaises ont été mises en cause dans de nombreuses violations graves des droits humains répertoriées en RDC  et commises entre 1993 et 2003.  

Avant Fashi, ce n’était pas véritablement le parfait amour entre Joseph Kabila et Paul Kagame

De là à voir dans cette volonté de rapprochement, une sorte de contrition ou de repentance du maître de Kigali qui,  non content de contester la crédibilité dudit Rapport onusien, était récemment allé jusqu’à nier, dans une sortie médiatique, les massacres commis en RDC,  il y a un pas que certains Congolais pourraient se garder de franchir. D’autant qu’avant Fashi, ce n’était pas véritablement le parfait amour entre Joseph Kabila et Paul Kagame qui se regardaient en chiens de faïence.  Surtout que l’ex-président congolais n’a rien fait pour améliorer ses relations avec son voisin, ni même avec les autres. C’est pourquoi l’on est tenté de dire que la nouvelle dynamique que les deux dirigeants rwandais et congolais veulent impulser  aux relations de leurs deux pays, est un rapprochement de raison. Car, il intervient à un moment où l’insécurité reste persistante dans la région frontalière, malgré les mesures prises par le chef de l’Etat congolais, Félix Tshisékédi, qui a décrété, le 30 avril dernier, l’Etat de siège dans les provinces orientales de l’Ituri et du Nord-Kivu. Avec les mesures draconiennes qui vont avec en termes de remplacement de l’administration civile par une administration militaire, pour essayer d’endiguer le mal. Pire, cette insécurité déjà inquiétante est en train de prendre des proportions beaucoup plus préoccupantes avec les récentes attaques ciblées à l’engin explosif par des groupes armés se réclamant de l’Etat islamique. Même si une telle connexion avec les fondamentalistes islamistes est, pour le moment, loin d’être vérifiée, la prudence  commande, des deux côtés, de garder l’arme au pied et de rester vigilant, d’autant que ces rebelles qui se réclament de l’Etat islamique (EI) ne connaissent pas de frontières et ne se fixent pas de limites dans leurs incursions meurtrières destinées à créer l’émoi et à semer la terreur au sein des populations. C’est pourquoi il y a lieu de penser que ces deux pays voisins d’Afrique centrale ont tout à gagner de relations apaisées et cordiales. 

Si le Rwanda a pu aplanir ses divergences avec la France, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas le faire avec son voisin RD congolais

Non seulement,  cela pourrait permettre de donner un nouveau souffle à la coopération bilatérale et aux relations entre populations, mais aussi et surtout cela pourrait permettre de trouver une solution plus ou moins durable à   l’insécurité qui sévit dans  la zone frontalière du Kivu, surtout pour la RDC qui en subit le plus les contrecoups meurtriers. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le président Tshisékédi avait fait du retour de la paix dans cette partie orientale du pays, une promesse de campagne. Une promesse qui, à en juger par la situation sur le terrain, est malheureusement encore loin d’être tenue. C’est dire si le chef de l’Etat congolais joue, quelque part, sa réélection dans cette question sécuritaire dans son pays, principalement dans sa partie orientale qui reste un nid d’individus peu recommandables, où l’on dénombre plus d’une centaine de groupes armés.  En tout état de cause, si le Rwanda de Paul Kagame a pu aplanir ses divergences avec un pays comme la France dans la ô combien difficile et sensible question du génocide au point d’en arriver aujourd’hui à un réchauffement des relations, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse pas le faire avec son voisin RD congolais pour des questions qui n’ont pas a priori la même envergure. C’est une question de sincérité et de volonté politique qui a besoin, au-delà des paroles, de se traduire en actes concrets sur le terrain.  Reste maintenant à espérer que cela puisse produire les effets escomptés. 

« Le Pays »